
Un panneau a été posé mercredi dernier en fin de journée à l’embouchure de l’Eau Froide. Par mesure de précaution, un autre a été installé à l’Ouchettaz toute proche. | L. de Senarclens – 24 heures
Installé sur le port en face du club de voile par la Commune de Villeneuve, un panneau indique d’emblée la couleur: «La baignade est interdite». Le même a été posé à l’Ouchettaz, grand parc tout proche et très prisé des habitants de l’Est vaudois.
Cette injonction fait suite à une communication envoyée par le Canton, faisant état de la présence d’une espèce de cyanobactéries à l’embouchure de la rivière Eau Froide qui se jette dans le Léman. «Nous ne savons pas encore jusqu’à quand la baignade sera interdite, nous attendons des informations du Canton», informe le municipal Léonard Studer.
Micro-organismes photosynthétiques présentant des propriétés communes aux bactéries et aux microalgues, les cyanobactéries sont potentiellement toxiques en cas d’absorption pour l’homme, et encore plus pour l’animal. Un chien en est d’ailleurs mort la semaine dernière, amenant l’État à procéder à des prélèvements à des fins d’analyse.
Justement, Christine sort de sa voiture près du camping attenant au port pour promener son chiot femelle Cali. La Bellerine a entendu parler de ce problème, notamment sur les réseaux sociaux. «Je trouve ça quand même inquiétant. Nous allons donc nous promener aux Grangettes.»
Retour au port où une chienne boit dans le Léman à quelques longueurs du canal de l’Eau Froide. Sa patronne, très étonnée par notre intervention, «n’est pas au courant» de la présence de la bactérie tueuse de canidés. La quadragénaire, qui vit à la montagne, descend au lac, où est amarré son bateau. «On va désormais faire attention. Cela questionne sur la pollution de manière générale, l’état du Léman et la gestion des eaux usées.»
«On ne boira pas la tasse»
À quelques encablures, Sarah et Drin, couple de la région lausannoise, s’apprêtent à armer leur Laser – dériveur monotype –, pour aller naviguer sous un vent léger. «Nous avons lu l’info sur Instagram. Cela nous interroge, mais pas suffisamment pour annuler notre petite sortie», s’amuse Sarah. «De toute manière, nous n’avions pas prévu de nous baigner là. Vraisemblablement au milieu du lac, là où le vent nous mènera. On essaiera de ne pas boire la tasse», renchérit Drin.
Au bout de la jetée, Igor et son fils Tymofii, casquette vissée sur le cap, dressent leurs cannes à pêche. Ils sont originaires d’Odessa, en Ukraine. Le père est au courant pour les cyanobactéries; il ne s’inquiète pas outre mesure. «Vous savez, je viens pour Tymofii qui aime pêcher. On ne prend jamais rien. Et quand par miracle, on attrape un poisson, on le relâche. Quand on veut du poisson, on va à la Migros», plaisante-t-il.
À l’entrée du camping des Horizons Bleus, Paul ne se marre pas, mais «ne veut pas peindre le diable sur la muraille». Résidant dans le Chablais vaudois, ce trentenaire vient se baigner quotidiennement avec son chien dans le canal de l’Eau Froide. «Mais pas ces trois ou quatre derniers jours.» Quelqu’un lui a dit que des rumeurs couraient sur la présence de cyanobactéries dans l’embouchure. Paul a donc décidé de faire preuve de prudence. «Je vais attendre quelques jours avant de replonger dans l’Eau Froide, et je me tiendrai au courant dans les médias ou en appelant la Commune.» Son compagnon à quatre pattes consigné pour l’heure à la maison, et lui, feront trempette ailleurs.
À l’apéro sous l’auvent de sa caravane, un retraité vaudois reste de marbre. «Je me baigne tôt le matin, très souvent. Évidemment pas depuis l’annonce de possibles bactéries. Mais depuis des années, je scrute l’état de la rivière et me baigne si je la trouve propre. Cela dépend de la chaleur et surtout du type de vent. Quand la bise passe, c’est nickel après. Pas de panique, on se baignera un autre jour. On est là tout l’été.»

«Ces micro-organismes photosynthétiques - il en existe des centaines différentes – retrouvés ces jours dans le canal de l’Eau Froide à Villeneuve sont de même nature que ceux connus depuis des années dans le lit de l’Areuse, dans le canton de Neuchâtel. Les analyses, menées justement à Neuchâtel, l’ont confirmé», explique Florence Dapples.
Pour la cheffe de la division Protection des eaux de la Direction générale de l’environnement de l’État de Vaud, «si pour l’heure, le cas villeneuvois est unique dans le canton, il faudra s’habituer à vivre avec les cyanobactéries et adapter son comportement».
À l’heure actuelle, aucun autre foyer n’est mentionné dans le canton et aucune Commune n’a avisé l’État d’une possible présence de cyanobactéries dans ses rivières.
Florence Dapples indique que 98% des cyanobactéries ne sont pas dangereuses pour l’être humain. «Elles se décollent du fond, puis flottent en surface. On les reconnaît à leur masse spongieuse et malodorante. Ce n’est pas un problème pour l’homme, mais plutôt pour le chien qui peut être attiré par ces dernières.»
Quant à savoir jusqu’à quand la baignade restera interdite, il est trop tôt pour le dire. «À ce stade, on ne sait pas encore. Mais cela pourrait durer quelques semaines. Nous tiendrons la Commune de Villeneuve au courant dès que nous le pourrons», indique Florence Dapples, avant de préciser que son service va prochainement remonter le cours de l’Eau Froide afin de trouver l’origine de la souche de cyanobactéries relevée dans son embouchure.
