Quand la sortie au restaurant vire au drame

Justice
Une quinquagénaire est jugée pour homicide par négligence. Elle est accusée d’avoir provoqué le décès d’une dame âgée dont elle s’occupait.

C’est une tradition qu’elles entretenaient chaque fin d’année: une virée au restaurant pour partager un repas et admirer les décorations de Noël. Mais en décembre 2022, le rituel a connu une fin tragique. Alors qu’elle venait chercher à sa résidence de la Riviera la nonagénaire dont elle s’occupait depuis plusieurs années, une femme de 53 ans est accusée d’être à l’origine d’un accident fatal. 

Lorsqu’elles sont arrivées au rez-de-chaussée de cet immeuble d’appartements protégés, la prévenue a entrepris de déplacer l’aînée installée sur l’assise de son déambulateur à roues, relate le Ministère public de l’Est vaudois dans son acte d’accusation. Un appareil «destiné à permettre aux personnes âgées de se reposer à l’arrêt, mais en aucun cas de se faire transporter, ce que la prévenue savait.»        

Au passage de la porte coulissante, le déambulateur a été stoppé par la différence de niveaux entre le sol du sas d’entrée et celui de l’extérieur. «Le rollator est parti en arrière, entraînant avec lui la dame âgée, dont le crâne est venu violemment heurter le sol. La prévenue a été entraînée dans sa chute et est tombée sur la nonagénaire». 

Parties malgré la blessure

En dépit de la blessure apparue à l’arrière de la tête de sa protégée, l’accusée a «renoncé à faire appel au personnel de la résidence» et l’a emmenée au restaurant. Lorsque les deux femmes sont arrivées à l’établissement, l’état de la vieille dame «s’est nettement péjoré». «La prévenue a appelé les secours, auxquels elle a fait croire que la nonagénaire venait de tomber au restaurant.» La malheureuse est décédée deux jours après à l’hôpital de Rennaz.

C’est la «curiosité» du curateur de la victime qui a permis de faire la lumière sur ces événements. «Interpellé par les déclarations de la prévenue, il a spontanément visionné l’enregistrement des caméras de surveillance de la résidence», avant d’alerter les autorités. L’enquête a pu être ouverte «quelques heures seulement» avant l’inhumation de la nonagénaire, souligne le Ministère public.    

Ce dernier requiert huit mois de peine privative de liberté, avec sursis pendant trois ans et 600 francs d’amende. La prévenue devra en outre s’acquitter des frais de justice de 17’445 francs. Installée dans la région, cette ressortissante équatorienne – qui a reconnu les faits – se voit aussi reprocher d’avoir roulé sans permis de conduire entre novembre 2021 et décembre 2022. Son audience aura lieu devant le Tribunal de police de Vevey le 26 août prochain.