Quand l’École hôtelière s’ouvre à l’innovation durable

Le duo à la tête de la SHMS, Gregory Kun, responsable opérationnel, et Claire Jollain, responsable académique et doyenne adjointe.  | P. Combremont

Caux
La Swiss Hotel Management School a accueilli jeudi dernier la demi-finale d’un «Challenge» à l’innovation pour une hôtellerie durable.

«Il est vrai que l’hôtellerie est une industrie qui change peu et manque d’innovation. Mais nous avons la chance d’être confrontés à cette nouvelle génération, qui a des valeurs. Une de ses forces, c’est d’être plus sensible à l’écologie et à la justice sociale. Alors, il vaut la peine de les écouter», s’enthousiasme Claire Jollain, doyenne adjointe et responsable académique de la Swiss Hotel Management School (SHMS).

Pour avoir été invitée à cette forme de concours entre équipes de grandes écoles, lancé il y a une dizaine d’années aux Pays-Bas, elle a été impressionnée par sa qualité, tant au niveau des présentations que par le niveau des membres du jury. Quand Claire Jollain a pris ses fonctions à Caux, en 2021, l’école a alors décidé de rejoindre l’expérience et de lancer sa participation à cette compétition d’un genre particulier.

Une première équipe de la SHMS a terminé deuxième, il y a deux ans, avant que l’école ne se voie honorée d’organiser la demi-finale du «Sustainable Hospitality Challenge», la semaine dernière, dans son Château de Caux. Le but, pour les étudiants en deuxième année de Bachelor, c’est de développer, en équipes, un projet, puis de le défendre devant les jurés, parmi lesquels se trouvent des représentants ou des investisseurs des grands groupes hôteliers, comme Accor ou Belmont.

Innover, une nécessité

Les candidats ont ainsi «quatre minutes pour convaincre», et quatre autres pour répondre aux questions. Auparavant, l’école fait une première sélection des idées. Mais le concours est en fait très ouvert. Le choix se fait plutôt sur l’équipe, ses membres et sa complémentarité: «Il ne suffit pas d’être amis. Il faut pouvoir tenir le stress sur la durée, et ensuite être capables d’implémenter le projet.»

Fondateur de ce challenge, le Hollandais Paul Griep est toujours plus convaincu par la nécessité d’innovation: «Alors que dans une course automobile on change un pneu en 2,4 secondes, dans l’industrie hôtelière, on continue à nettoyer les chambres l’une après l’autre, en poussant son chariot, de la même manière depuis des années», s’amuse-t-il. Les projets alliant la technique et d’autres disciplines pourraient ainsi améliorer le côté opérationnel. En outre, les jeunes sont aujourd’hui motivés par des valeurs de durabilité: «Et ils ont le choix. Il ne veulent pas travailler pour les grands groupes qui ne les respectent pas.»

Appli pour gérer les flux de touristes

Les projets trouvés? Créatifs, mais très divers. Cela va des pots à plantes en matériaux recyclés design à d’autres produits, confectionnés à base de noyaux de dattes, qui représentent un déchet à problème dans les pays arabes. On trouve également des meubles pour les animaux de compagnie. 

Parmi les ambitieux, celui d’un bateau de croisière équipé à la fois d’un mécanisme permettant de récolter les micro-plastiques dans les eaux, ou celui d’un générateur d’énergie, fonctionnant au sable. Autre concept: des bagages modulables en petits kits détachables, qui, montés ensemble, forment une grande valise. Enfin, une intéressante appli de voyage, montrant les régions du monde où, et quand, se concentrent les afflux massifs de touristes. L’objectif: favoriser d’autres destinations et permettre une meilleure répartition des voyageurs.

«Au début, on se dit que ce n’est pas possible. Et puis, on réalise qu’il suffit qu’une personne y croie. Ce challenge réunit des étudiants du monde entier qui ont en commun de vouloir faire changer les choses. C’est un long chemin, mais qui progresse», se félicite Roxane Poncin, participante en 2022, et aujourd’hui coach et maîtresse de cérémonie.

Défi d’hospitalité

Au-delà du concours, l’accueil au château de ces participants et jurés venus du monde entier représentait aussi un défi pour les étudiants de l’École de Caux, qui s’étaient portés volontaires au service. «Une belle expérience, en réel et pour de vrai», confient, un peu stressés Arvid et Xavier. «Nous portons des valeurs toute l’année, et là nous avons l’opportunité de les montrer. Cet événement, c’est aussi beaucoup de partage, d’échanges et une bonne préparation pour notre futur.» Place désormais à la finale qui se déroulera bien loin d’ici. Ce sera en septembre à Dubaï.

GALERIE