
Summit Foundation installe des panneaux dans les stations pour sensibiliser à la pollution aux PFAS dans les farts de ski, comme ici à Champéry. | Summit Foundation
En dévalant les pistes, on croit ne laisser que de jolies traces temporairement dans la neige, mais à chaque descente, des polluants invisibles s’y déposent. L’abrasion du fart fluoré libère des PFAS – des substances toxiques et persistantes – dans la nature. Alerté par une étude autrichienne sur le sujet, l’organisme environnemental Summit Foundation a souhaité dresser un premier état des lieux en Suisse. «Il manquait de la littérature scientifique ici, contrairement à d’autres pays européens», explique Timothée Steiner, chef de projet. «C’est une pollution invisible, mais très préoccupante et l’un des enjeux de notre siècle. Nous souhaitons amorcer la recherche dans notre pays.»
Rappelons-le, les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, appelées PFAS, sont des molécules organiques de synthèse toxiques pour l’environnement et notre santé. Utilisées pour leurs propriétés imperméables et hydrofuges, on les retrouve notamment dans les poêles en téflon, les cosmétiques ou les vêtements techniques. Introduites dans les farts dès 1987, elles servent à réduire la friction avec la neige pour améliorer la glisse.
À l’origine du projet, un travail de bachelor d’une étudiante de l’UNIL sur la législation des farts en Suisse. L’étude a ensuite été menée en collaboration avec deux étudiants de l’EPFL, sous la supervision du chercheur Florian Breider. Celle-ci s’inscrit dans le programme Summit Science qui a pour mission de valoriser les projets de la Fondation d’un point de vue scientifique. «Ça permet de dynamiser la recherche dans le milieu alpin», renseigne Laurent Thurnheer, fondateur et directeur de cette entité à but non lucratif. Reconnue d’utilité publique, Summit Foundation s’engage depuis 25 ans à réduire l’impact environnemental des activités humaines en montagne.
La Suisse plus laxiste que la France
Entre janvier et mars 2025, des bénévoles et employés de Summit Foundation ont effectué des prélèvements sur une vingtaine de stations, sélectionnées en fonction de divers critères. Dans notre région, Leysin et Les Portes du Soleil ont été analysées. La neige de surface a été prélevée en fin de journée, sur la piste la plus fréquentée, ainsi qu’en hors-piste.
Sur les 25 PFAS sélectionnés, tous ont été détectés, y compris certains interdits en Suisse. Actuellement, la législation helvétique interdit uniquement les PFAS les plus nocifs. Toutefois, si l’UE approuve des réglementations plus strictes, le Conseil fédéral pourrait s’y harmoniser. De son côté, la France a banni l’ensemble de ces polluants dans les farts de ski depuis le 1er janvier 2026. Dans le sport de compétition, la Fédération internationale de ski (FIS) a prohibé tous les PFAS depuis la saison 2023–2024. Les athlètes contrevenants s’exposent à une disqualification. Dans les magasins, les farts doivent indiquer la présence ou non de PFAS. L’OFEV recommande de jeter ses anciens farts fluorés dans des centres de collecte.
Vers des alternatives non-fluorées
Si les résultats montrent une contamination généralement faible de PFAS, le «6:2 FTS» est particulièrement répandu et à des concentrations élevées. Ce PFAS à chaîne courte est utilisé depuis peu comme substitut. «Les produits de substitution sont souvent utilisés pour se défaire d’une interdiction», informe Timothée Steiner. Sa toxicité, encore peu étudiée, suscite des inquiétudes.
Face à ce constat, Summit Foundation recommande l’usage de farts à base d’ingrédients d’origine végétale ou minérale. Selon des tests effectués, les différences de performance sont minimes. La fondation rappelle toutefois les limites de son étude: courte durée, contraintes météorologiques et logistiques, différence dans le prélèvement. Pour l’avenir, une étude péri-saisonnière permettrait d’identifier la migration des PFAS dans les sols et les eaux et d’évaluer le risque à long terme.
