
Et si cette boutique autonome devenait une alternative au bois acheté en grande surface?
C’est l’un des buts recherchés par Laurent Fivaz, directeur du Groupement forestier des Agittes. | R. Brousoz
Les adeptes de promenade l’auront peut-être humé à Noville, ce nouveau parfum qui flotte sur le chemin menant au Grand Canal: l’odeur de résine du bois fraîchement scié. Normal, puisqu’un magasin de produits forestiers vient d’ouvrir aux abords de la route, à deux pas du Garden Centre et de la place de jeux. Une boutique où tout le monde peut venir se ravitailler en planches, carrelets ou piquets. Particularité? Ce point de vente est en libre-service et accessible sept jours sur sept, 24 heures sur 24.
«Il y a des centaines de gens qui se baladent ici, c’est juste l’endroit idéal!», s’enthousiasme Laurent Fivaz, directeur du Groupement forestier des Agittes. Pour mémoire, l’association réunit depuis 2009 les communes de Chessel, Corbeyrier, Noville, Rennaz, Roche et Yvorne. Grâce au travail d’une quinzaine de forestiers-bûcherons, elle exploite 4’000 hectares de forêts publiques et 500 hectares de forêts privées.
Pas plus cher qu’en grande surface
Voilà deux ou trois ans que l’idée d’un tel lieu trottait dans l’esprit du garde forestier de 56 ans. «C’est une belle opportunité de mettre en valeur les produits issus de notre scierie de Corbeyrier, explique-t-il. Car nous sommes généralement loin de nos clients finaux, les contacts se font habituellement par téléphone et par Internet.» Chaque année, 1’000 mètres cubes de bois sortent de l’installation en service depuis 2014.
Dans les étals de la boutique novilloise, on trouve donc du bois de construction brut, à savoir du résineux de formes et de tailles diverses. Mais aussi d’autres objets comme des bassins à fleurs, des bûches finlandaises, des pellets ou des copeaux. L’échoppe dispose également d’un rayon «bois de chauffage». «Le but était aussi que le public puisse disposer d’une alternative aux grandes surfaces, ajoute Laurent Fivaz. J’ai encore vérifié la semaine dernière, nous sommes tout à fait concurrentiels au niveau des prix.»
Côté fonctionnement, ce magasin de bois autonome – une grande première dans la région – sera ravitaillé chaque semaine. Les paiements pourront se faire par Twint ou par e-Banking. Pas de porte, pas d’horaires, mais une caméra de surveillance tout de même. «Les retours d’expériences venus d’autres régions montrent toutefois qu’il y a assez peu de vols ou de déprédations.»
Des saucisses et des explications
Allez, on lance la question qui râpe un peu: les bûcherons seraient-ils en train de lâcher leurs tronçonneuses pour devenir des vendeurs? «Non, sourit le Corbeyrian. Mais il faut dire que depuis 40 ans, les comptes forestiers communaux sont déficitaires. À mon avis, les marges se trouvent plus dans la vente de produits que dans la diminution des coûts d’exploitation.» Il ne s’en cache pas: en termes de recette, le point de vente de Noville représente «une goutte d’eau». «Nous ciblons surtout les particuliers qui ont besoin de pièces pour bricoler chez eux. En revanche, l’impact au niveau de l’image sera considérable.»
Car ce sera là la deuxième vocation du lieu: être une vitrine. Pour le Groupement forestier des Agittes, mais aussi pour la forêt en général. «Des panneaux de vulgarisation sont installés sur la façade extérieure, traitant de différents thèmes comme le bois-énergie, l’eau et la forêt ou la biodiversité», détaille le directeur. Pour joindre l’agréable à l’instructif, un coin pique-nique accessible à tout le monde et équipé d’un grill a également été aménagé aux abords du dépôt. «À présent, il n’y a plus qu’à laisser vivre cet endroit et que les gens se l’approprient.»
