
Pierre après pierre, le maçon Costa Dias Amandio reproduit les gestes effectués par ses prédécesseurs du Moyen-Âge. | C. Dervey – 24heures
«C’est comme un puzzle», compare Costa Dias Amandio. Un puzzle oui, mais dont les pièces pèsent tout de même entre 20 et 40 kilos. Alors qu’il vient d’installer une nouvelle pierre, le maçon jette un coup d’œil sur le monticule de roches juste à côté. Laquelle choisir? «Avec l’habitude, j’arrive généralement à visualiser celle qui pourrait convenir», explique cet employé de l’entreprise veveysanne C. Pousaz. «Déjà enfant, au Portugal, j’aidais mon père à construire les murs de pierres sèches dans les vignes!»
Depuis plusieurs mois, ce travailleur, aidé de quelques collègues, a la délicate mission de reconstruire le mur d’escarpe du Château de La Tour-de-Peilz, celui qui borde l’ancienne douve. L’ouvrage datant du Moyen-Âge a été endommagé l’an dernier en marge de la rénovation de la place de jeux. «Un camion de béton s’est approché un peu trop près. Une partie du mur, ainsi que l’escalier se sont effondrés», explique Yves Roulet, chef du service Domaines et bâtiments. Un crédit de 360’000 francs a été octroyé par le Conseil communal pour le réparer. «Nous espérons pouvoir bénéficier d’une subvention cantonale de 20%», précise le responsable.
Des pierres taillées au têtu
Ici, pas de panneaux de coffrage, ni de briques parfaitement rectangulaires. S’agissant d’un château du XIIIe siècle classé monument historique, la paroi, 4m50 de haut et 1 m de large à sa base, est reconstruite selon des techniques de l’époque. «Notre ligne directrice est de revenir au plus près de l’origine», dit Jonah Gindroz, spécialiste en maçonnerie ancienne au sein du bureau Roger Simond, chargé de superviser le chantier. Et Yves Roulet d’ajouter: «Il s’agit aussi d’éviter de faire du faux vieux.»
Voyons donc ça de plus près. «Les pierres utilisées sont celles du mur d’origine», expose Jonah Gindroz. Lorsque c’est nécessaire, nous pouvons les tailler avec un têtu, une sorte de massette.» Et pour faire tenir ces blocs entre eux? «Du mortier de chaux, un liant ancestral employé jusqu’à la fin du XIXe siècle.»
Une fois monté, le mur sera crépi à la chaux, avec un ajout de terre de Sienne pour la couleur. Pas d’aspersion à la machine, mais avec une simple truelle. Une technique ancestrale, qui repose à la fois sur l’observation, la collaboration avec l’archéologie et la pratique.
Pas trop droit s’il vous plaît!
Pour autant, pas toutes les entreprises de construction ne sont ouvertes à ce genre de travaux. «Il faut une forme de souplesse», sourit le spécialiste, qui est notamment intervenu sur la restauration du Château d’Hauteville. «Certains réflexes doivent être adaptés et c’est notre rôle de guider les entreprises pour arriver aux résultats souhaités. Une fois, j’ai dû dire stop à un maçon: il faisait des lignes droites dans son mur.»
En étant plus long et plus délicat, un tel chantier est-il plus coûteux qu’un autre? «Pas forcément, répond Jonah Gindroz. Les pierres sont déjà sur place, et il n’y a pas besoin de béton, d’armature ou de panneaux de coffrage.»
En 2023, une partie de la muraille nord du château, ainsi que le mur qui soutient la place de jeux ont été restaurés de la même façon. Avec le chantier en cours qui doit s’achever en novembre, ce sont au total quelque 800’000 francs qui auront ainsi été déboursés pour la réfection de ces ouvrages. «Et sauf accident, cela devrait tenir au moins quelques siècles», assure Jonah Gindroz.
