
Sur ses désormais rares heures libres, Olivier Schoeneich essaie d’aller skier sur une ou deux pistes tous les jours. Il s’adonne aussi au ski de fond le soir,
au pied du mythique Pic Chaussy. | L. Grabet
D’aussi loin qu’il se souvienne, Olivier Schoeneich a toujours skié. Le Montreusien de 38 ans n’avait même pas deux ans quand ses parents l’ont mis sur des lattes. D’origine tchèque, son papa ingénieur et sa maman ophtalmologue étaient propriétaires d’un chalet aux Diablerets. «Gamins, on y passait tous nos week-ends et toutes nos vacances», explique le cadet d’une fratrie de trois garçons.
À la préadolescence, le rythme augmente. Deux après-midi par semaine, avec une poignée de copains passionnés, Olivier monte aux Rochers-de-Naye pour enchainer les «tricks» sur le snowpark local. «Ces matins-là, on arrivait en habits de ski à l’école, on posait nos chaussures et nos skis au fond de la classe et dès que la cloche retentissait à midi, on filait aux Planches prendre le train. Le trajet durait près d’une heure, alors on en profitait pour faire nos devoirs à l’aller et au retour. En redescendant, on pique-niquait dans le wagon…» Ces soirs-là, enivré au grand air et à la liberté, le jeune homme était vanné, mais heureux.
Un skieur-couturier
Le freeride? Il s’y essaie avec précaution au début, «bien conscient des risques potentiels», puis plus franchement, mais sans excès. Olivier Schoeneich est bon skieur, mais il plafonne dans ce sport qui finit par le lasser. À 16 ans, à l’occasion d’une année linguistique du côté de Seattle (USA), le Vaudois se prend de passion pour le télémark. «Au point que je n’ai plus fait que ça pendant huit saisons. C’était un défi d’apprentissage et physique et cela me plaisait.» Il passe sa maturité en arts visuels au gymnase de Burier, puis enchaîne sur un Bachelor en illustration. Pour le master, il part à Lucerne, mais abandonne après deux semestres.
«C’est à ce moment-là, en 2012, que j’ai eu l’idée de faire prof de ski. Les Mosses n’étaient pas trop loin de chez moi et Antoine Pellaud cherchait quelqu’un pour son école. Ça semblait parfait. En décembre, j’ai suivi ma formation d’auxiliaire et quelques semaines plus tard, je commençais… Cela m’a permis de renouer avec le ski alpin et de réaliser que j’avais pas mal de lacunes techniques. J’ai donc réappris à skier. Cette recherche du geste ou du virage parfait m’a énormément plu.»
Si Olivier aime apprendre, il aime aussi enseigner. «Ce n’est pas le niveau de ski du client qui définit le plaisir partagé ensemble. Je peux passer deux heures excellentes avec un débutant qui a du répondant, comme passer ma plus longue heure de l’année avec un client expérimenté, mais pas intéressé», confie celui qui a repris la direction de l’ESS en juillet dernier.
En marge de sa passion pour ce métier, Olivier Schoeneich en a exercé bien d’autres en parallèle. Titulaire d’une formation de costumier de théâtre de l’EPAI de Fribourg (ndlr: École professionnelle artisanale et industrielle), il a travaillé comme costumier et habilleur à la RTS sur les émissions «Générations!» et «C’est ma question», mais a aussi enseigné la couture dans une école de Chavannes-près-Renens. «J’adorais les jeux de rôles grandeur nature et c’est ça qui m’avait poussé à fabriquer mes propres costumes…» Le Vaudois est si créatif de nature qu’il a même remporté plusieurs prix lors de concours dans ce domaine.
Équipe soudée
Mais revenons-en à nos skis. Olivier Schoeneich a décidé de reprendre la direction de l’ESS au départ de Vincent Ginier. Ce n’était pas dans ses plans, mais l’envie de conserver l’ambiance «presque familiale» instillée par son prédécesseur l’a poussé à postuler. «J’y resterai peut-être un an ou peut-être dix!» Fondée dans les années 40, l’ESS locale est devenue une petite Sàrl. Elle reste la propriété du Leysenoud Antoine Pellaud et emploie jusqu’à 35 profs de ski en haute saison, avec un chiffre d’affaires de 300’000 à 600’000 francs selon les hivers. Parmi la clientèle, une grosse majorité de Suisses et notamment des élèves venus du Sépey, d’Aigle ou de Vevey. Originalité notable: l’ESS des Mosses possède sa propre garderie pour permettre aux adultes de skier et souffler.
L’avenir du ski dans cette station de moyenne altitude ne s’annonce pas rose et encore moins tout blanc. «Quand je vois que certaines remontées mécaniques jurassiennes ouvrent peu, voire pas du tout, je me dis qu’on est peut-être les prochains sur la liste», confesse Olivier Schoeneich. L’homme a le regard franc et clair et le regard doux. Sous sa conduite, l’ESS des Mosses semble encore avoir de beaux jours devant elle.
