
Au collège de la «Gare 33», les mesures pour aller aux toilettes sont devenues contraignantes depuis janvier. Une décision qui fait suite à plusieurs dégradations. | O. Meylan – 24 heures
Dans les hauts couloirs de l’Établissement primaire et secondaire (EPSME), la tension est palpable. Chaque présence est toisée, les profs ne veulent s’exprimer. Une gêne comparable à celle d’un besoin pressant… Car depuis la rentrée de janvier, le collège de Montreux-Est applique des dispositions particulièrement sévères de surveillance des allers-retours au petit coin.
Durant les cours, les élèves ne sont en effet autorisés à se rendre aux toilettes qu’«une seule fois» par matinée ou après-midi. En outre, «chaque» sortie est «consignée dans l’agenda, sur la page de gauche, avec l’heure de départ et l’heure de retour». Cela, à la minute près: «exemple: WC 9h50 – 10h02», précise la circulaire. Et gare à celui qui tente de se dérober: «en cas de non-présentation de l’agenda, aucune sortie ne sera autorisée». Pendant les récréations aussi, les enfants doivent avoir l’accord du surveillant.
La direction relève toutefois qu’il reste possible d’aller aux toilettes en dehors des heures de cours: «Les élèves ont toujours la possibilité de se rendre aux toilettes pendant les intercours (pause toutes les 45 minutes), ainsi que pendant les pauses du matin et de l’après-midi. L’utilisation des toilettes pendant ces pauses est soumise au règlement d’établissement validé par le Conseil d’Établissement et la DGEO.»
«Punition collective»
Face à ces restrictions, des parents, qui souhaitent rester anonymes, se disent «extrêmement choqués», dénonçant un régime de «punition collective» et le climat «anxiogène» qu’il entraîne. «Une matinée, c’est long! Certains enfants sensibles se sentent mal, ont peur», témoigne cette mère. «Et pensez à une jeune fille indisposée. Faut-il à chaque fois présenter un certificat médical?»
Ces mesures ont été décrétées le 17 décembre, à la suite de «déprédations» commises dans les toilettes. Que s’est-il donc passé? Les bruits ayant circulé parmi les enfants se recoupent: les murs ont été découverts souillés, «éparpillés» d’excréments, et une poubelle brûlée. Une plainte a été déposée par la Commune, propriétaire du bâtiment, «comme cela se fait systématiquement en cas de dégâts», relève le municipal Caleb Walther. Les mesures étant du ressort de l’école, c’est la conférence des maîtres qui a ainsi réfléchi «aux solutions les plus adaptées».
Dérive autoritaire?
La «grande école», comme elle est appelée, accueille presque 700 élèves, à partir de la 7P jusqu’à la fin de la scolarité, soit des élèves âgés de 10 à 15 ans. Du côté des parents, on est conscients que «de tels actes à un âge bête avec certains adolescents doivent être sanctionnés». Mais «de là à soupçonner et punir tout le monde, c’est totalement démesuré et dépasse les droits des enfants», estime une mère.
Quant au contenu, «il va bien trop loin. Même si les enfants sont résilients, cela n’a rien de pédagogique, n’est pas adapté et peut même impacter certains. Ce n’est pas le bon message à faire passer», poursuit-elle. Le sentiment est d’autant plus partagé que ces mesures s’ajoutent à d’autres «petites choses». Comme les capuches qui doivent être rentrées dans les vêtements. «Finalement, j’ai l’impression que cela devient très restrictif et autoritaire.»
Vif débat en vue
Sollicitée, la municipale des écoles Jacqueline Pellet ne commente pas ces mesures, le bureau communal des écoles «n’ayant pas de compétence pédagogique en la matière». Le débat ne pourra cependant être esquivé, puisque la première représentante des autorités est également présidente du Conseil d’établissement (CET) du collège.
Membre du Quart Parents au sein du CET, Olivier Müller, par ailleurs président du Conseil communal et père d’un élève, se dit lui-même «consterné par ces mesures». Ayant écrit à la direction, ainsi qu’au Canton, il se réjouit que le sujet ait dû être mis à l’ordre du jour, ce mardi (ndlr: hier), à la séance du CET.
«Toutes les autres solutions insuffisantes»
Directrice de l’EPSME, Sandrine Kern indique que les auteurs des dommages ont été sanctionnés et leurs parents avertis. Elle souligne que ces déprédations n’étaient pas isolées et que ces toilettes étaient «régulièrement saccagées depuis la rentrée scolaire d’août», en détaillant les vandalismes commis. Il a en outre été constaté «qu’un trop grand nombre d’élèves sortaient justement pendant les cours».
Avant de décider ces restrictions, «d’autres solutions ont été envisagées et testées», note encore la directrice, mais malgré cela, «toutes les mesures mises en places ne suffisaient pas à réduire ces déprédations». Aujourd’hui, les dommages ont ainsi diminué et un seul parent s’est plaint.
Selon la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO), qui «soutient les actions de ses directions», ce n’est pas la première fois que, confronté à un vandalisme répété, des mesures plus fortes doivent être prises, «mais toujours de manière proportionnelle et ciblée», relève son responsable de la communication Julien Schekter.
