
À leur apogée, les Mines regroupaient jusqu’à 120 mineurs, qui avançaient de 3 à 5 mètres par mois dans la roche. Cette nouvelle exploration temporaire offre un aperçu «explosif» de ce travail. | Salines Suisses
Entre réaménagement et nouveau parcours d’exploration, sillonnant habilement les zones hors chantier, les Mines de Sel sont en plein boum. Objectif de la rénovation? «Proposer une nouvelle expérience dès l’été prochain, car le domaine touristique est concurrentiel, et il est important de savoir se renouveler pour continuer à séduire», explique Caroline Duparc, responsable marketing chez Salines Suisses.
Cette nouvelle exploration saline propose un aperçu explosif du travail des mineurs. Un parcours de 1h30 – soit 30 minutes de plus que la visite habituelle – qui se révèle riche en découvertes et en dégustations. Devant la porte du Bouillet, l’on se coiffe d’une charlotte et d’un casque, avant de pénétrer dans le ventre salé de la montagne, sous la conduite de la guide Marianne Alvez.
Plongée dans l’histoire de l’or blanc
Les veines salifères sont situées au cœur de la roche anhydrite locale, laquelle est très dure. Comment diable sont-elles arrivées là? «Il y a environ 230 millions d’années, une mer recouvrait en partie la Suisse. En se retirant, elle a laissé derrière elle son sel, lequel s’est mêlé à la roche, lorsque les plaques tectoniques européennes et africaines se sont plissées pour former les Alpes», vulgarise la guide.
C’est au XVIe siècle que le sel a été découvert par hasard par un berger, Jean du Bouillet, surnommé Bracaillon. «Son troupeau allait systématiquement boire aux deux mêmes endroits du côté de Panex et au Fondement, au-dessus de Bex. En le suivant, cet homme a découvert que ces sources étaient salées», raconte Marianne Alvez. Bien vite, le filon est exploité. Car jadis, le sel valait de l’or.
Le site est ouvert en 1554. Des escouades de mineurs ont alors creusé pour extraire un dédale de galeries de quelque 50 kilomètres au total. À leur apogée, les mines regroupent jusqu’à 120 mineurs, qui avancent progressivement dans la montagne, soit de 3 à 5 mètres par mois. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre. Mais grâce à eux, Salines Suisses produit 30’000 tonnes de sel par année, quantité qui lui confère un quasi-monopole national.
Quelques pas un peu plus loin, nous voici dans le réservoir Marie Louise, une vaste «grotte» artificielle creusée en 1788 pour y exploiter la saumure. Sur certaines parois, des cristaux de gypse brillent, renforçant au passage une atmosphère onirique. Non loin, se trouve le puits du Bouillet. Il fait 215 mètres de profondeur et il a fallu 26 années pour le creuser, entre 1743 et 1769. Mais aucune veine de sel n’y a été dénichée. Les lieux peuvent se révéler un peu angoissants pour les claustrophobes. Les mineurs, eux, n’ont pas ce problème, devant traverser certains puits dans d’étroits «ascenseurs-obus».
Un processus révolutionnaire inventé à Bex
Dès 1475, les Bernois commencent à exploiter ces sources faiblement salées. Ils récupèrent le sel par évaporation de la saumure, en faisant chauffer l’eau au feu de bois, dans de larges poêles. Ce processus sommaire exige une quantité astronomique de bois et a été la norme pendant plus de 200 ans. Mais vers 1877, l’invention d’Antoine-Paul Piccard, l’arrière grand-oncle de Bertrand Piccard, permet d’extraire le sel par thermocompression.
Conçue pour les Salines de Bex, cette technique est toujours utilisée dans le monde entier. En résumé, elle fonctionne selon le même principe que les pompes à chaleur: la saumure est portée à ébullition par de la vapeur produite par des chaudières. Ces vapeurs sont ensuite comprimées, ce qui augmente leur température, puis envoyées vers l’évaporateur pour lui servir de chauffage, le tout en circuit fermé. Cette technique de récupération de la chaleur de l’évaporation de l’eau permet des économies d’énergie considérables.
Galeries à 18 degrés
La température dans les galeries s’élève constamment à 18 degrés, été comme hiver. Cela fait de ces dédales rocheux un endroit idéal pour stocker quantité de produits, tels que du salami, du fromage ou encore de la bière. «Le tout sous la protection de Sainte Barbe, la patronne des mineurs, des pompiers et des artificiers», précise Marianne Alvez.
La visite est ponctuée de diverses dégustations de produits gastronomiques, contenant du sel local, ou simplement ayant fait un passage bonifiant dans les diverses galeries. Et on se régale, tout en songeant qu’ici avant nous sont passés, entre autres célébrités, Alexandre Dumas, Marie-Louise d’Autriche, Jean-Jacques Rousseau ou encore le dernier empereur d’Éthiopie Haïlé Sélassié… Rappelons qu’à l’époque, Bex était connue loin à la ronde comme Bex-les-Bains, une cité thermale où l’on se pressait pour soigner avec succès une cinquantaine de maladies, dont l’anémie et les rhumatismes. Mais ceci est une autre histoire.
Plus d’infos: Le Train des Mineurs fait une pause, mais les Mines restent ouvertes pendant leur rénovation, avec une nouvelle expérience de visite.
