
Sylvain Oriol procédant au réglage minutieux de l’une des trois tricoteuses géantes. | C. Jenny
Nichée dans une ruelle des hauts d’Aigle, l’entreprise TTK (Technical Textile Knitting Sàrl) passe presque inaperçue, hormis une petite plaque sur une porte. À l’intérieur, surprise! Le rez-de-chaussée abrite trois tricoteuses géantes et des rangées de bobines de fil. À l’étage, d’étranges machines à coudre sont destinées à une confection bien particulière: des produits médicaux servant à la compression de cicatrices ou de troubles veineux, ainsi qu’aux soins apportés aux grands brûlés. Sylvain Oriol et Peter Mennel, patrons de cette PME, mettent leurs connaissances techniques très pointues au service notamment des accidentés de Crans-Montana.
«S’agissant des grands brûlés, nous apportons notre contribution à partir du moment où ils sont transférés dans l’une des deux cliniques de la Suva, à Sion et à Bellikon», précise Peter Mannel. Les produits de cette entreprise servent au niveau des mains, mais aussi pour d’autres parties du corps. «Nous fabriquons des articles qui peuvent servir du bout des doigts au bout des orteils, sauf pour la tête», ajoute Sylvain Oriol.
Bandages à la fibre de crabe
Technical Textile Knitting est la seule entreprise en Suisse à produire ce type de bandages pour soulager les grands brûlés. Outre la Suva, TTK collabore aussi avec le CHUV et les hôpitaux pour enfants de Zurich et Saint-Gall.
Hormis le drame de Crans-Montana, ce sont souvent des enfants victimes de brûlures importantes lors d’accidents domestiques qui ont besoin de ces produits. Cette activité représente environ deux cinquièmes du travail de TTK. «Les bandages destinés aux grands brûlés exigent l’utilisation d’une fibre spéciale, du <crabyon>, à base de viscose et de carapaces de crabes», relève Sylvain Oriol.
Les trois autres cinquièmes concernent la fabrication de produits destinés à soigner des problèmes lymphatiques ou de lipœdème. L’entreprise aiglonne propose un grand nombre de bas de contention, mais aussi des vêtements qui vont de la taille aux pieds. Et ce ne sont pas forcément des habits ternes, tel qu’on pourrait l’imaginer pour des articles médicaux. Dans la gamme, on retrouve ainsi un legging dans toutes les couleurs.
Des compressions variables
Les deux spécialistes de TTK travaillent sur la base de mesures très précises effectuées par des orthopédistes-bandagistes. Ces données sont compilées avec un logiciel maison. Elles sont ensuite introduites dans l’une des trois imposantes tricoteuses qui va guider automatiquement la confection du vêtement. Ces machines de marque Steiger ont été fabriquées de l’autre côté du Rhône, à Vionnaz. C’est d’ailleurs en travaillant pour cette entreprise que les deux associés se sont connus et ont décidé de se lancer en indépendants en 2008.
«La tricoteuse fonctionne entre 45 minutes et deux heures et demie, selon l’importance de la pièce à tricoter, explique Sylvain Oriol. La précision des données permet de tenir compte de la morphologie de la personne qui portera le vêtement, mais aussi d’une compression variable suivant l’endroit du corps. Pour un bas, elle sera par exemple plus forte dans le pied qu’au sommet de la cuisse, afin de permettre une bonne circulation du sang vers le cœur.» Dans l’étape suivante, le vêtement sera contrôlé et vaporisé, puis passera à l’étage de la confection où seront opérées les diverses coutures au moyen de machines à coudre spécifiques.
Livré le jour même
Ce travail minutieux a évidemment un coût qui ne permet pas toujours de concurrencer des gros fabricants de l’étranger. Mais la force de TTK réside ailleurs selon ses responsables. «Notre petite structure nous permet de réaliser des commandes dans des délais courts. Pour un grand brûlé, si nous recevons une commande avant 10h, nous arrivons à assurer une livraison le jour même.»
Mais ils doivent aussi constater que ce métier dans le textile n’a plus la cote. «Aucun jeune ne se forme aujourd’hui dans cette profession», déplorent Peter Mennel et Sylvain Oriol. TTK entretient toutefois des collaborations à l’étranger, ainsi qu’avec des écoles spécialisées comme l’ECAL à Lausanne. «S’ils ont un problème textile pour l’une de leurs créations, ils viennent vers nous. Notre force est que nous trouvons toujours une solution», concluent les deux patrons de cette PME aiglonne, peu connue, mais dont les produits sont portés par des milliers de personnes.
