Des hallebardes veveysannes bientôt pointées vers le ciel de Rome

Troupe emblématique de la Fête des Vignerons, les Cent-Suisses seront reçus au Vatican. Une première historique! Photo: O. Meylan – 24 heures

Inédit
Début mai, les Cent-Suisses de la Fête des Vignerons seront les invités de la Garde pontificale du Vatican. Une grande première dans les deux siècles d’histoire du corps d’honneur veveysan.

«Nous avions tout organisé pour faire le déplacement en 2020, mais c’est malheureusement tombé à l’eau à cause de la pandémie.» Un virus a beau être plus fort qu’une hallebarde, une invitation au Vatican, ça ne se jette pas. Ça se plie délicatement et ça se glisse dans la poche de son pourpoint en attendant le moment opportun. 

Presque cinq ans après la visite de la Garde pontificale à la Fête des Vignerons de Vevey, le corps des Cent-Suisses se rendra à Rome du 5 au 8 mai prochain pour assister à l’assermentation des nouveaux gardes pontificaux. Un retournement de politesse, en somme. «Durant la Fête des Vignerons, nous avons passé un moment avec leur délégation, et l’on est arrivés à envisager de se rendre au Vatican», raconte Pierre Théraulaz, président de l’association du Corps des Cent-Suisses et des Fifres et Tambours de Bâle.

Deux corps, mais un même esprit

«Pas le même maillot, mais la même passion», clame le fameux slogan des arbitres de football français. La formule pourrait aussi s’appliquer à ces hommes en armes, qu’ils soient vaudois ou vaticanais. «S’il y a des différences au niveau des couleurs (ndlr: les Cent-Suisses arborent le rouge et le blanc, la Garde pontificale le bleu, le rouge et le jaune), la forme de notre tenue a souvent été inspirée par la leur», expose cet habitant d’Ecublens (FR). Et de citer l’exemple des pantalons bouffants. 

Voilà pour les maillots. Et la passion? «D’un côté comme de l’autre, il y a un esprit de service et un attachement au maintien d’une tradition», énonce celui qui, lorsqu’il ne porte pas l’épée, revêt la blouse d’infirmier au CHUV. Car, rappelle-t-il, la troupe des Cent-Suisses a fait son apparition en 1819 dans la grande manifestation veveysanne. «En souvenir des Suisses qui travaillaient comme mercenaires pour les pays étrangers, et en particulier ceux qui ont été massacrés à Paris lors de la Révolution française.» À peine 27 années séparaient cet hommage de la sanglante prise des Tuileries du 10 août 1792.

Des répétitions pour être à la hauteur

En mai prochain, ils seront donc 38 membres de la troupe d’honneur de la Confrérie des Vignerons à faire le déplacement au Vatican, accompagnés d’une quinzaine de fifres et tambours bâlois. En plus de participer en costumes et en armes à l’assermentation des nouveaux gardes pontificaux prévue le lundi 6 mai, ils auront l’occasion de visiter les quartiers de la Garde suisse. 

Cinq ans après avoir rangé leurs piques, leurs hallebardes et leurs épées – et même s’ils sont invités de temps à autre pour des manifestations – il s’agira de retrouver les réflexes. «Nous allons faire trois répétitions d’ici à notre départ, histoire de reprendre notre formel du marcher au pas et du port de l’arme. Nous nous devons d’être à la hauteur», glisse le président de l’association, qui ne nie pas «une petite pression tout de même». 

Avant de repartir, une rencontre avec François    

Autre temps fort de ce voyage, l’audience hebdomadaire du Pape le mercredi 8 mai, à laquelle ils assisteront. «Je ne sais pas si nous aurons la chance de lui parler, reprend Pierre Théraulaz, mais si c’est possible, ce sera l’occasion de le remercier pour ce lien de confiance qui unit le Vatican et notre pays.» 

Pour celui qui se dit catholique croyant «mais plus pratiquant», cette rencontre à venir revêt évidemment une émotion particulière. «À titre personnel, je lui exprimerais ma réjouissance de voir que le Vatican s’ouvre à une Église plus progressiste, et ce grâce à lui. À mes yeux, l’ouverture aux femmes est importante», estime cet ancien directeur du Conseil international des infirmières, qui dit avoir à cœur de défendre la place de la femme dans la société. 

L’acceptation des soldates au sein du corps des
Cent-Suisses, c’est pour bientôt? «Cette décision revient à la Confrérie des Vignerons. À voir si elle franchira le pas lors de la prochaine Fête, répond l’hallebardier de 65 ans. Pour ma part, je reste d’avis que le corps des Cent-Suisses est historiquement masculin. Mais le monde évolue et l’histoire aussi.» En attendant ce qui apparaîtrait comme une petite révolution pour la troupe âgée de deux siècles, cette dernière fourbit ses armes pour marcher sur la Ville éternelle.   

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