Les chalets du Grand Canal, ces perles rares du Léman

Anne-Marie et Jurg Kohler sont les heureux propriétaires de l’un des treize chalets du Grand Canal, à Noville.  | L. Menétrey

Au fil de l’eau
Pour ce deuxième épisode de notre chronique estivale, cap sur Noville. Au cœur de la réserve des Grangettes se niche un hameau de chalets en bois, construits à la main dans les années 1930. Rencontre avec Anne-Marie et Jurg Kohler.

Entre les roseaux et les hérons cendrés, les petits chalets du Grand Canal intriguent n’importe quel promeneur qui flânerait dans la réserve naturelle des Grangettes. Depuis près d’un siècle, ces treize maisonnettes en bois bordent les deux rives, chacune avec son jardin et son ponton. 

L’histoire de ce petit village lacustre débute dans les années 1930. Des familles viennent y camper, pique-niquer et se baigner, avant de bâtir, à la force des bras, de modestes refuges en bois de récupération. En 1956, les parents de Jurg Kohler en acquièrent un datant de 1935. À 5 ans, cette cahute devient sa maison de vacances. De cette enfance, il garde le souvenir des feux de camp, des cabanes dans les bois et surtout d’une immense liberté. «Il y avait très peu de règles, glisse le Biennois d’origine. Il n’y avait pas vraiment de route. Nous nous déplacions principalement en bateau.» Le site est depuis devenu une réserve naturelle, inscrite à l’Inventaire fédéral. 

Des chalets transmis de génération en génération: Jurg et sa femme Anne-Marie ont transmis le petit chalet familial à leur fils, et ont acquis une autre maisonnette sur la rive opposée. À leur arrivée, le confort était sommaire. «C’était une réserve naturelle à l’intérieur même du logis, sourit la Vaudoise. Chauves-souris au galetas, souris et loirs dans les murs, sangliers et couleuvres dans le jardin. «Une chose est sûre, c’était animé!», rigole Anne-Marie. En 1981, le couple remet entièrement à neuf leur bâtisse.

Comme tous les propriétaires de ces cabanes en bois, le couple, domicilié à Chernex, ne peut y habiter qu’en résidence secondaire, les parcelles appartenant à la Commune. Au fil des décennies, les propriétaires ont dû par ailleurs défendre l’existence de ce petit village, menacé par un projet d’aérodrome, puis un dépôt de sable de l’entreprise Sagrave ou encore la volonté de Pro Natura de renaturer le site. «Si nous n’avions pas eu le soutien de la Commune et effectué des démarches avec un notaire, les chalets ne seraient peut-être plus là.» 

Réunis au sein du Groupement des chalets du Grand Canal, les propriétaires ont finalement obtenu la prolongation de leur droit d’occupation jusqu’en 2075.

Sous leurs yeux, le déclin de la biodiversité

Longtemps, la vie s’y est écoulée sans eau courante ni électricité. «On allait remplir des bidons», se remémore Jurg Kohler. Désormais les propriétés sont reliées à l’eau et des panneaux solaires amènent un nouveau confort.

Au plus près du vivant, Anne-Marie et Jurg ont observé, au fil des ans, les effets du changement climatique s’imposer sous leurs fenêtres. «Avant, il y avait des milliers d’oiseaux qui migraient ici. Maintenant, c’est fini…», soufflent ces derniers. Même les moustiques ont presque disparu. «Il fallait se précipiter à l’intérieur!»

Anne-Marie a d’ailleurs répondu à tant de questions sur ce hameau qu’elle en a fait un petit livre, mêlant archives et récits, distribué au voisinage. Une façon de préserver la mémoire des ces lieux, où le temps semble encore s’écouler au rythme de l’eau.