
A Solalex, au carrefour de Bex et Gryon, Pierre-André Burnier et Michael Dupertuis, des fidèles de la Mi-été, oeuvrent pour que la tradition pastorale perdure dans la convivialité. | K. Di Matteo
Les chaleurs du XXIe siècle nous contraindront-elles à redéfinir le calendrier de l’été à l’alpage, qui prend chaque année un peu plus ses aises entre mai et octobre? Une chose est sûre, les vaches tirent la langue et leur herbage jaunit bien tôt cette année…
La date de la Mi-Été de Solalex, elle, par contre, n’est pas près de changer à voir le nombre de voitures parquées en ce dimanche 9 août, au pied de l’impressionnante face du Miroir d’Argentine. Ses nombreuses homologues – de Caux, Plans-sur-Bex, Isenau, ou plus loin la Vallée de Joux, etc. – se répartissent sur les deux premiers dimanches du mois.
Fanfare et armaillis
Même si l’on compte beaucoup de randonneurs dans les habitacles des véhicules amassés sur le plateau perché à 1’450 mètres d’altitude, la tente montée entre les deux restaurants de l’alpage n’est pas moins animée. Dans l’assistance, quelques chemises fleurent bon l’armailli. Et la fanfare La Concordia de Saint-Triphon s’en donne à cœur joie!
Solalex a beau se trouver sur le territoire de Bex, c’est un Gryonnais qui joue les maîtres de cérémonie, Pierre-André Burnier, abbé-président de l’Abbaye «Les Représentants de Tell», l’une des deux sociétés de tir des Posses qui co-organisent, avec celle de l’Avançon. «Quand j’étais gamin, explique celui qui est aussi syndic de Gryon, c’était la Fanfare des Posses qui proposait ce rendez-vous à Anzeinde (ndlr: à une heure de marche, quelque 450 mètres plus haut). J’étais fils d’agriculteurs et la Mi-Été était le moment où les propriétaires montaient contrôler le bétail, procédaient à la <pesée> pour estimer la production de beurre et de fromage à venir, remerciaient et ravitaillaient les bergers.»
Le temps d’une pique humoristique aux voisins bellerins, voici Michael Dupertuis qui s’exprime en néo-syndic de Bex. Le jeune quadra aux origines ormonanches se souvient des Mi-Étés comme autant d’occasions de randonner et de ripailler. «J’aime bien aussi la Mi-Été du Pont-de-Nant (ndlr: ce dimanche) ou celle de Caux, où on monte à pied par les gorges et on finit par une raclette.»
Si le volet pastoral proprement dit a progressivement décliné, la Mi-Été a conservé la tradition du culte et des bonnes paroles pour les troupeaux et agriculteurs. «Car la montagne peut-être sacrément revêche», ajoute Pierre-André Burnier.
Sylvain Corbaz, pasteur des paroisses des Avançons (Bex-Gryon), Ollon-Villars et Les Ormonts-Leysin, aime souligner la valeur d’une tradition inscrite au Patrimoine immatériel de l’UNESCO, évoquer celle du col de la Croix, symboliquement au carrefour des trois paroisses, rappeler quelques anecdotes. «À l’époque, on amenait une chaire avec un abat-voix sur l’alpage pour que toute l’assemblée puisse entendre le culte.»
Pas de Mi-Été sans Picoulet
Une semaine plus tôt, Sylvain Corbaz officiait à Taveyanne et baptisait deux bébés dans la fontaine lors de l’autre célèbre Mi-Été de la région. Et probablement la plus pittoresque, si l’on fait abstraction de l’impressionnante file de voitures stationnées à 1’900 mètres d’altitude à partir de la tente de la Jeunesse! Deux raisons à cette popularité jamais démentie en près de deux siècles.
La première tient à la beauté du hameau, classé monument historique, avec ses chalets aux toits de bardeaux sans électricité (si ce n’est via panneaux solaires), à une demi-heure à pied de l’arrivée de la télécabine des Chaux, sur les hauts de Gryon. L’occasion est belle, en effet, de découvrir l’intérieur d’un de ces vestiges du passé, entre témoignages de la vie d’antan et modestes commodités modernes autorisées par les Monuments historiques.
Pour ce faire, on cherche celui de notre ami Amiguet. «Amiguet?, se marre un propriétaire à qui on pose la question. Lequel? Il y en a une vingtaine!» Des Kohli aussi, des Anex, des Moreillon… Les 35 chalets, plus la ferme, sont en majorité propriété des familles historiques de Gryon.
La deuxième raison qui fait de Taveyanne une Mi-Été à part, c’est qu’on n’y déroge pas aux traditions chères au poète Juste Olivier. Il faut écouter (ou entonner) les vingt-quatre versets de «La Taveyanne» dans la prairie du bas du hameau. Et voir, ou participer, à la farandole de mains jointes – des jeunes, mais surtout moins jeunes – en chantant le Picoulet. Et tant pis si ce fichu soleil tape si fort! «Et voici comme l’on danse, notre joyeux Picoulet…»
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