
L’équipe des pompiers suisses en pleine action dans un contexte difficile. |DR
D’abord il y a l’inconnu! «Du jamais vu pour nous» disent-ils. Ici, les pompiers n’ont jamais dû affronter des feux de l’ampleur de ceux qui ont sévi en Gironde. Ensuite, il y a le volume de la surface attaquée par les flammes et la violence du sinistre. Et il y aussi la fatigue à prendre en compte: ici, pas d’intervention durant 8 jours pour lutter contre un feu urbain ou campagnard!
Partis le samedi 5 août et rentrés une semaine plus tard, Julien Reymond, de Montreux, et Nicolas Farinelli, de La Tour-de-Peilz, tous deux pompiers expérimentés et membres du SDIS de la Riviera, qui fait partie intégrante de l’ASR, parlent avec beaucoup de… chaleur – y compris humaine – de cette mission hors du commun. «Nous n’avions jamais vu ça et il faut être sur place pour se rendre compte que c’est bien plus complexe à gérer que les seules images spectaculaires montrées à la TV…»
Sur un appel de l’ECA, ce n’est pas par hasard que le commandant du SDIS Riviera les a contactés pour partir en Gironde, en compagnie d’autres pompiers vaudois et romands. Ces deux hommes sont en effet titulaires d’une formation spécifique pour lutter contre les feux de forêts, bagage indispensable pour affronter des vastes étendues boisées en flammes – des pins en Gironde – ce qui n’a rien de commun avec un toit en feu.
«Nous avons tout de suite pensé à dire oui, mais il fallait quand même que nous consultions nos familles… qui ont dit oui! Ce n’était pourtant pas une mission sans risques. D’ailleurs, deux pompiers français y ont laissé la vie. Et les deux-trois premiers jours, nos proches n’étaient pas trop rassurés, ce d’autant que notre première mission a été de protéger une centrale photovoltaïque qui était entourée par les flammes et que nous ne dormions que quatre heures par nuit», racontent les deux hommes du feu. À relever un beau geste lorsque tous les intervenants ont stoppé leur action durant une minute pour rendre hommage à leurs collègues décédés.
À la compréhension de leurs proches, ils joignent celle de leurs employeurs – la Commune de Montreux pour Julien Reymond, bûcheron communal, et l’ECA pour Nicolas Farinelli où il est expert en engins de lutte contre le feu.
La deuxième partie de leur mission les a conduits dans un secteur de Cap Ferret où ils ont fonctionné en plusieurs équipes se relayant toutes les huit heures. «Nous avions un peu plus de temps pour nous reposer, mais au bout d’une semaine, c’était le moment d’arrêter, car la fatigue se faisant sentir, le risque d’imprudences augmente. Le gros danger, ce sont les sauts de feux qui, avec le vent, peuvent vous menacer si vous n’êtes pas vigilants», relèvent nos deux interlocuteurs.
Une solidarité impressionnante
Les deux envoyés du SDIS de la Riviera disent tirer un bel enseignement d’une telle mission formatrice et ont aussi pu partager des moments de convivialité avec des pompiers de toutes les régions. Mais ils insistent tout particulièrement sur l’élan de solidarité qu’ils ont vécu. «Partout, la population nous offrait boissons, nourriture, accueil. Des habitants de la région du Cap Ferret qui avaient été évacués revenaient spécialement la journée pour nous apporter à manger et à boire. Et les agriculteurs venaient vers nous avec des citernes d’eau pour nous éviter des trajets.»
Une solidarité qui a fortement impressionné Julien Reymond et Nicolas Farinelli. Au-delà de l’utilité de leur mission et des compétences acquises, cette solidarité a été belle à vivre et a fait oublier un peu la fatigue. Au point que, si besoin, ils repartiront volontiers. Au retour, ils ont croisé deux de leurs collègues de la Riviera qui partaient prendre le relais pour quelques jours.
Un tel incident est-il à craindre en Suisse? Julien Reymond et Nicolas Farinelli pensent que non. À tout le moins pas de cette ampleur. Car en Gironde, les forêts étaient constituées de plantations entières de pins. Et la topographie chez nous est différente, les obstacles à la propagation du feu plus nombreux. Par contre, nous sommes encore sous-équipés! Outre le fait que nous ne disposions pas de Canadair, nous manquons aussi de véhicules spécifiquement conçus pour ce type d’interventions. Un seul engin est disponible dans le canton de Vaud, mais trois autres devraient arriver. Il faut aussi des équipements spéciaux pour les hommes qui interviennent, car les tenues classiques ne sont pas adaptées. «Avec le réchauffement climatique, on ne peut pas exclure que nous ayons à faire à l’avenir à davantage de feux de forêts», notent les deux spécialistes. Une cinquantaine de pompiers vaudois ont déjà suivi une formation ad hoc pour ce type d’interventions et seraient évidemment mobilisés pour aller au front si besoin.
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