
Lors de la journée «Call of heroes» organisée lundi à Villars, Matti, Christopher, Timothé et Léo ont pu se faire une idée plus précise du métier de mécatronicien, l’une des pistes de ces adolescents pour leur apprentissage à venir. Didier Détraz, chef technique de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets (photo du haut), a tout fait pour leur inculquer «le virus de la remontée mécanique». Photo: C. Dervey – 24 heures
Au royaume des remontées mécaniques suisses, ce sont les héros de demain. On parle des mécatroniciens, ces employés indispensables au bon fonctionnement de votre télécabine et autres remonte-pentes grâce à leurs connaissances en mécanique, hydraulique et électricité. Problème, c’est une denrée devenue rare pour nombre de directeurs techniques de domaines skiables.
C’est la raison d’être des journées «Call of heroes», les portes ouvertes organisées dans une cinquantaine de stations de Suisse ces jours. À Villars, c’était hier et ça sera encore le cas vendredi.
En quête d’un avenir
Il fallait effectivement être un peu héros ce lundi pour s’aventurer sur les pistes de Bretaye à la découverte des installations de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets (TVGD). Christopher Bluteau, Matti Wassmer, Timothé Gaillard et Léo Schneider ont bravé le vent, la pluie et une visibilité restreinte pour se faire une idée un peu plus précise du métier. Les trois premiers, 13 ans, se cherchent un avenir professionnel. Léo Schneider, 15 ans, aussi, lui qui est présent dans le cadre d’un stage d’une semaine.
Ils ont en commun d’aimer la technique et de rêver d’un emploi en plein air, au contact de la nature, des conditions indispensables au métier de mécatronicien en plus d’une bonne condition physique et d’une absence de peur du vide. On parle tout de même de démonter des têtes de pylônes harnaché à plusieurs dizaines de mètres du sol.
Pas de quoi décourager Matti, venu de Morgins avec sa maman: «J’ai découvert le métier de mécatronicien à Sion, lors d’une journée de présentation et ça m’a bien intéressé. J’ai toujours aimé ce qui touche à la mécanique et les sports d’hiver. Je pense avoir les qualités requises pour ce métier.»
Christopher vit quant à lui à Divonne (F), mais s’apprête à déménager en Suisse. Si la piste de Villars l’intéresse, c’est qu’il y vient régulièrement et que la destination TVGD comporte un glacier, une garantie à l’heure du réchauffement climatique. «C’est pour la même raison que j’ai envoyé une demande à Saas-Fee et que je vais faire un stage de deux jours à Crans-Montana.»
Timothé est pour sa part venu en curieux. «Pour voir les coulisses du ski, ajoute l’ado de Bursinel. J’aime tout ce qui est machine. Et l’électronique, c’est le monde d’aujourd’hui.»
Comme un «virus»
Durant plusieurs heures, on leur présente les belles facettes sans leur cacher les contraintes d’un métier exigeant à tous les niveaux. Celles-là même qui font renoncer tant de candidats. «Nous étions une quinzaine dans ma volée d’apprentis, plus que huit à la fin dont la moitié ne va pas continuer, exemplifie Baptiste Navaux, en dernière année. Il faut avouer que c’est un métier qui n’est pas reconnu à sa juste valeur au niveau salarial (ndlr: il touchera 4’400 francs brut au terme de son apprentissage) et qui est très éprouvant, on a un peu peur de finir cassé à 30 ans.»
«Mais avec l’automatisation croissante des installations, le métier devient moins pénible», nuance Didier Détraz, chef technique de TVGD, le guide du jour des jeunes candidats. Au fil de ses interventions et des visites d’ateliers et autres cabines de commandes, il s’emploie à inculquer aux jeunes visiteurs ce qu’il appelle «le virus de la remontée mécanique» en vantant les avantages d’un emploi «très diversifié».
Au-delà de l’aspect technique, il espère avoir fait mouche avec un autre argument: «Si vous menez à terme un CFC de mécatronicien, je peux vous l’assurer, vous aurez la garantie de l’emploi! Votre profil intéressera toute entreprise disposant d’une chaîne de production, le secteur des ascenseurs ou même, comme l’un de nos anciens apprentis, le secteur de l’horlogerie.»
Question de relève
Didier Détraz a le souci d’assurer une relève qui peine à venir. Lui-même partira à la retraite l’an prochain, comme nombre de ses homologues. C’est l’une des parties du problème au niveau national d’ailleurs (voir encadré).
Mais TVGD a la chance d’avoir sous la main le successeur de Didier Détraz: Nicolas Hays, actuel maître d’apprentissage et chef de secteur, un produit du cru. Ce dernier a conscience du défi qui l’attend (lire ci-contre).
Au terme de la journée, les jeunes visiteurs sont-ils un peu plus au clair sur leur volonté ou non d’entreprendre les quatre ans d’apprentissage avec travail en entreprise et cours théoriques à l’École des métiers de Sion? Matti hoche la tête, déterminé: «C’est parfaitement ce que j’imaginais.» Quant à Léo, zéro doute: «Pour moi, c’est clair, j’aimerais commencer mon apprentissage l’été prochain. Reste à voir si TVGD voudra de moi aussi.»

Le Valaisan Berno Stoffel, directeur de la faîtière suisse, pointe un problème «démographique» et l’urgence de former davantage.
Quels sont les indices
de la pénurie actuelle de mécatroniciens?
– Un tiers des chefs techniques sera à la retraite dans les 5 ans selon une enquête que nous avons menée en 2021. De plus en plus de sociétés en cherchent. D’où la mise en place d’une stratégie pour avoir plus de mécatroniciens formés, notamment en revoyant leur cahier des charges. C’est moins un problème lié au nombre d’apprentis qu’un souci démographique.
Selon les estimations, combien
de nouveaux mécatroniciens faudrait-il?
– Il faut augmenter de 20-30% le nombre de candidats à un métier très attractif.
Les professionnels évoquent
un métier très éprouvant.
– Oui, c’est un fait. Monter sur un pylône pour réviser des pièces, par exemple, c’est physique. Mais le métier repose de plus en plus sur l’électronique, ce qui le rend moins pénible et cette modernisation plait aux jeunes, même si les plus anciens sont souvent moins à l’aise.
Les vidéos de promotion mettent en avant les rares femmes mécatroniciennes. C’est une piste?
– En effet, même si elles sont encore très peu, c’est encore un milieu
dominé par les hommes, mais le nombre de femmes progresse
peu à peu.

Des libertés et des contraintes
Nicolas Hays, maître d’apprentissage et chef de secteur, a obtenu son brevet fédéral de spécialiste en transports par câbles en 2022. Employé de TVGD depuis 2012, il deviendra l’an prochain chef technique à la suite du départ à la retraite de Didier Détraz.
On le sent passionné et déterminé, mais pas prêt à vendre du rêve outrageusement pour faire du pied à d’éventuels candidats. «Mécatronicien est un métier qui permet de vivre dehors, libre, de faire du quad ou du motoneige, dans un cadre extra, avec de belles perspectives d’évolution, mais il nécessite aussi de se lever tôt, de rentrer régulièrement tard, de travailler par tous les temps, d’être très physique, hiver comme été et même les jours fériés.» En somme, un métier de libertés, mais aussi de contraintes.
En tant que formateur, il est aux premières loges pour constater les départs et la difficulté à combler les vides laissés. «Nous comptons une vingtaine de mécatroniciens, dont trois apprentis. Idéalement, il nous en manque 3-4, alors que c’est le nombre de départs enregistrés ou programmés sans que l’on trouve de remplaçants. Les départs sont réguliers et nous devons beaucoup embaucher en dehors. Il faut que nous arrivions à former des locaux.»
Ceux qui renoncent invoquent la pénibilité, le travail le week-end, le désir de passer à temps partiel, «ce qui est très compliqué dans ce métier». Le prix à payer pour le confort et la sécurité des skieurs, randonneurs et autres adeptes de VTT. «Nos installations ont un rendement de 96-97% de taux de disponibilité, soit très peu de pannes», conclut-il.
