
Comme lors de la dernière Coupe du monde de football, c’est l’Argentine qui soulève le trophée. Photo: A. Capel
Il était un peu moins de minuit dimanche soir quand portant le mythique maillot rayé blanc et bleu de l’Albiceleste, le même que Maradona et Messi, les Argentins ont explosé de joie à la salle du Pierrier à Clarens. Ils ont remporté plus facilement que prévu la finale de la Coupe des Nations face au Portugal, après avoir survolé le tournoi qui réunit tous les deux ans les meilleures équipes du monde.
Difficile de rêver plus belle apothéose. Argentine-Portugal, c’était le «remake» de la finale des derniers Mondiaux disputés à San Juan en Argentine voilà deux ans, où les Sud-Américains s’étaient déjà imposés. Cette suprématie, ils l’ont totalement confirmée à Montreux.
Finale de rêve
Malgré le soutien d’une impressionnante cohorte de supporters, les Portugais en finale n’ont fait illusion qu’en ouvrant le score après 7 minutes de jeu, ensuite les Argentins ont déroulé. Ils ont remporté tous leurs matches à Montreux, alors que le parcours des Portugais a été plus chaotique. Dominés par la France au tour préliminaire, ils n’ont arraché leur billet pour les demi-finales qu’en battant les Espagnols. Puis ils ont dû cravacher jusqu’aux tirs au but pour
écarter l’Italie.
Pratiqué à ce niveau, le rink hockey constitue un spectacle fascinant par sa vitesse, sa technique. Comme les charges sont interdites, contrairement au hockey sur glace, le jeu ne s’arrête quasi jamais et passe d’un camp à l’autre avec une intensité folle. Il n’y a pas une seconde de répit dans cette sarabande à couper le souffle. Exécutées en pleine vitesse, les passes sont millimétrées. En finale, les buts des virtuoses argentins ont couronné de géniales arabesques.
Jouer contre les plus grands
De leur côté, les joueurs du HC Montreux ont prouvé qu’on pouvait finir dernier et être très heureux. Alors qu’ils évoluent normalement dans le Championnat suisse de LNB, ils se sont retrouvés cinq jours durant projetés parmi la fine fleur du rink hockey mondial. Comme si en foot le Stade Nyonnais se retrouvait dans le même tournoi que le Real Madrid et Manchester City. Et même s’ils ont perdu tous leurs matches, les Montreusiens ont joué sans complexe et n’ont jamais démérité. Jusqu’à la mi-temps, ils ont par exemple tenu en échec l’Angola, la meilleure équipe africaine. Lors du match pour la 7e place, ce sont eux qui ont ouvert le score face à l’équipe de Suisse, avant de s’incliner 6-3.
«On est hyper fiers de ce qu’on a fait», lançait Dagmawi Biruk (21 ans), paysagiste à Clarens, au terme de ce dernier match. Il y a deux ans, le jeune talent s’était levé à 2h du matin pour assister à la finale mondiale remportée par les Argentins. Il n’imaginait pas qu’un jour il se retrouverait face à ces mêmes joueurs sur le parquet du Pierrier. Un vrai conte de fées. Et la défaite de Vaudois 6-0 n’a rien eu d’infamant. «À la TV, les Argentins étaient déjà impressionnants, mais là, en vrai, c’est encore autre chose. Ils sont si techniques, si rapides.» Dagmawi s’est frotté en plus à celui qui est son idole, Lucas Ordoñez, considéré comme le Messi du rink hockey. «Il ne perd jamais la balle, c’est incroyable!» «Soyons honnêtes, contre nous, les Argentins se sont contentés de jouer à 50%», s’amusait, pour sa part, Maxime Duvoisin (24 ans) autre joueur de Montreux, dessinateur architecte.
Les murs du Pierrier tremblent
Côté supporters, même si les Portugais étaient de loin les plus nombreux, on attribuera la palme des plus festifs à la cinquantaine d’Angolais, venus des quatre coins de la Suisse. Avec drapeaux, tambours, trompettes, ils ont littéralement fait trembler les murs du Pierrier lors du match pour la 5e place perdu d’un rien (5-4) face à l’Espagne. Président de la Fédération de ce pays de 30 millions d’habitants, situé tout au sud du continent, Dionisio Vegas affichait une belle satisfaction. «Chez nous, le rink hockey est le troisième sport le plus populaire derrière le foot et le basket. Nous sommes sixièmes au classement mondial. Dommage que notre meilleur joueur se soit blessé alors qu’on en était à 3-3 contre l’Argentine. Je suis très fier de nos supporters.» À ce sujet, il ajoutait en un clin d’œil: «En Europe, vous avez tout et vous n’êtes jamais contents alors qu’en Afrique, le sourire fait partie de notre ADN.» En cinq jours, plus de 7’000 spectateurs ont assisté au tournoi, bien plus qu’espéré. Marc-Henri Guibert, le président du comité d’organisation, remerciait la grisaille de la météo pascale. «Quand il fait beau, les gens n’ont pas envie de rester enfermés dans une salle. Quand il pleut, ils rechignent à sortir. Mais là, c’était entre deux. Parfait pour nous.» Le rendez-vous est maintenant pris dans deux ans pour une nouvelle fête.
