Si la randonnée est si agréable, c’est grâce à eux !

Sentiers pédestres
Une petite centaine de baliseurs s’activent dans le canton de Vaud par amour de la nature et pour se rendre utiles. Nous en présentons trois.

Météo aidant, il est grand temps de rechausser les souliers de rando. Les amateurs et marcheurs confirmés ont en commun de pouvoir compter sur un balisage impeccable en terres vaudoises. Un acquis, mais aussi le fruit du travail de Vaud Rando, l’association mandatée par le Canton pour maintenir ces 3’800 kilomètres de sentiers aux standards «helvétiques».

Les garants de ces itinéraires impeccables et référencés sur nos applications sont une petite centaine. Des postes de bénévoles très prisés et que les titulaires ne lâcheraient pour rien au monde. Marquage au sol, panneaux à nettoyer, fléchage à changer ou graffitis à effacer: le travail ne manque pas. On vous présente trois régionaux de l’étape.

Gilbert Carrard: Le Tour des Muverans


De mémoire, Gilbert Carrard se souvient d’avoir toujours marché. Pour preuve la photo de lui au sommet du Grammont à 4 ans. L’habitant de Puidoux a 75 ans, sans les faire. «Si, si», corrige-t-il en évoquant ses soucis de hanche. Cela n’empêche pas ce photographe-vidéaste de crapahuter dès qu’il le peut. En 2014, fraîchement retraité, il contacte Vaud Rando. «Ils avaient trop de baliseurs et on m’a mis comme roue de secours pendant quelque temps. Jusqu’au décès d’un des bénévoles.» Voilà donc huit ans qu’il s’occupe des 30 km de sentiers vaudois du Tour des Muverans: «Un Vaudois qui balise un sentier valaisan prend des risques...», plaisante-t-il. Depuis trois ans, il gère également le secteur du Tour d’Argentine. Il entend d’ailleurs le conserver à l’heure où il va partiellement changer de périmètre pour se rapprocher de chez lui. Comme nombre de ses homologues, il s’est constitué son propre matériel: «Notamment une pioche maison: un manche de 30 cm, un piolet de gamin – «mais très costaud!» – et une dragonne, pour que ça ne dévale pas. La bricole quoi. Les pots de peinture n’étant pas pratiques, je la transfère dans des petites bouteilles. Et la perceuse, je prends la mienne, celle fournie est trop lourde.» Deux fois par an, il parcourt l’entier de son secteur pour repeindre le marquage fatigué, replacer des poteaux indicateurs, réparer. «C’est triste à dire, mais la moitié du boulot, c’est de remettre en état ce qui est déprécié. Parfois même, des gens orientent faussement des panneaux, ce qui peut être dangereux.» Si le baliseur n’est pas censé intervenir sur l’état des chemins, Gilbert joue parfois de la scie ou de sa pioche pour divers travaux. «Mais sinon je transmets aux employés communaux de Bex qui font un job incroyable!»

Diane Gagnon: Blonay-Les Pléiades


Diane Gagnon n’a pas attendu la retraite pour devenir baliseuse. La trompettiste classique de 52 ans aime la marche et faire des pauses au milieu de son agenda de musicienne. «J’ai commencé en 2020, explique-t-elle avec un joli accent du Québec. Quand je randonnais, je me disais que ce n’était pas toujours clair, que , etc. Et comme je m’embêtais pendant le confinement, j’ai appelé.» Elle commence en donnant un coup de main au couple qui s’occupe des itinéraires sur les quais de Montreux. Et voilà trois ans désormais qu’elle est responsable du secteur Blonay-Les Pléiades. «90 km aller-retour. Ça fait une quinzaine de contrôles par an, donc une quinzaine de jours. Mais je dois parfois y retourner. Je dirais que je fais entre 20 et 25 passages. Là, je suis déjà presque à la moitié.» Elle ne perd pas de temps, car elle s’apprête à changer de secteur et à attaquer le Tour des Muverans, géré pour l’heure par son homologue chablaisien Gilbert Carrard (lire ci-contre). Et puis le mois de mai est celui des narcisses sur les hauts de la Riviera. «Je dois avant tout contrôler que les itinéraires soient clairs, me mettre à la place du randonneur. Régulièrement, lors de travaux, les forestiers doivent enlever les panneaux, mais ne les remettent pas juste.» Le travail est malgré cela des plus plaisants et gratifiants. «Je suis contente d’offrir ça aux gens et souvent ils nous remercient.» Mais si elle aime causer, elle aime surtout le travail bien fait. «Quand on propose de m’accompagner, je dis non. Après, on et je suis moins concentrée.» Surtout qu’il faut parfois donner dans l’équilibrisme. «Ça va, j’aime bien la grimpe», s’amuse-t-elle. Et de se rappeler d’un cas à Glion: «Les panneaux à ajuster étaient tellement hauts que j’ai dû amener une échelle de grande taille. Une autre fois, le panneau indiquait … à travers le lac.»

Michel Pasquer: Bex-Gryon


C’est une petite annonce de Vaud Rando parue il y a cinq ans dans le journal communal d’Ollon qui a mis la puce à l’oreille de Michel Pasquer. «C’était pile le bon moment, je me préparais à la retraite.» Le secteur Pont de Nant, Anzeinde, Solalex et bas de la commune de Gryon est parfait: «Je ne voulais pas de plaine, mais que ça grimpe!» L’habitant de Villy, arrivé en Suisse il y a 45 ans de sa Normandie natale pour pratiquer son métier d’ardoisier, dit aimer s’y mettre dès le matin. Dans son sac, le barda habituel: peinture, brosse, tournevis, grattoir pour les autocollants. Un piolet et une scie aussi, au besoin. «Pour les trucs simples, par exemple s’il faut changer une planche à l’Alpe des Chaux. Et comme je ne veux pas devoir redescendre inutilement, je prévois un stock suffisant de vis, colliers, des panneaux vierges aussi, mais pas trop: c’est du poids quand même.» Le marquage constitue le gros du travail. «Au bout de 4-5 ans, ça s’use. Il faut être à l’affût des peintures qui manquent: tous les 50 m après les carrefours et une trace toutes les 20-25 minutes en montagne. J’essaie aussi d’enlever les graffs sur les pierres.» Cette année, les conditions météo ont retardé son travail, «mais une semaine de beau et j’aurai rattrapé». Et à deux, c’est encore mieux. «J’ai souvent un copain qui vient avec moi. On prend le thermos, on se paie l’assiette à midi. On profite un peu. Baliseur, c’est un loisir avant tout.» Et un job de contact. «On discute beaucoup avec les randonneurs. Souvent ils sont perdus, demandent un renseignement. Des fois, on croise des étudiants qui ont fait la fête et qui ont la tête de gens qui ont besoin de se balader», se marre-t-il.

«Des bénévoles investis pour leur région»


Tristan Cordonier est responsable technique de l’Association Vaud Rando, un poste créé en 2021. «Avant, le rôle incombait à un des baliseurs, ce qui faisait un taux de bénévolat de 60%...» À lui de faire le lien avec les Communes, les privés, le Canton et la Confédération pour les changements de chemins et la coordination avec SwissTopo. Il a toutefois tenu à conserver un petit rôle de baliseur sur le secteur Lavaux.

Quelle est la mission de Vaud Rando?
- Elle se décline en deux volets. Primo, le club organise des excursions, permet à des gens de marcher encadrés par des chef-fes de course. Deuxièmement, nous avons le mandat de la Direction générale de la mobilité et des routes de baliser le réseau. On ne s’occupe pas de l’entretien du chemin, seulement du balisage. Bien sûr, on signale les éventuels problèmes: un pont qui ne tient plus, un arbre qui obstrue le passage, etc.

Les baliseurs sont tous bénévoles?
- Oui. Le Canton les défraye 12 francs de l’heure, paie le matériel, couvre les déplacements. Sur les dix régions, ils sont une petite centaine. En moyenne, chacun gère 50 km. À une époque, c’était le double.

Sur Vaud, il n’y a visiblement pas de pénurie de baliseurs.
- Non, c’est plutôt les listes d’attente. Il y a beaucoup d’intérêt. Le travail suit un cahier des charges précis, mais offre aussi une grande liberté, avec le sentiment de participer à quelque chose.

Et quel est le profil type?
- En grande majorité, ce sont des retraités. Une limite d’âge de principe a été fixée à 80 ans. Nous cherchons des gens qui aiment marcher et qui sont investis dans leur région, qui la connaissent bien. Au niveau des parcours professionnels, c’est assez diversifié. Nous avons une restauratrice d’art – qui peint les flèches à main levée, sans le modèle –, des peintres en carrosserie, des artistes... Il n’y a pas de compétences spécifiques.

Et une formation?
- Oui, sur deux jours, dispensée par Suisse Rando. Cela permet d’aborder toutes les questions pratiques. On pourrait se dire que c’est très basique, mais il y a quand même 2-3 choses à savoir.

Un défi à long terme pour Vaud Rando?
- L’aspect qualitatif: comment améliorer certains chemins? Notamment ceux d’amélioration foncière, souvent bétonnés, longilignes, monotones. Un exemple à Chessel où les cartes ont été modifiées en mars: là où, avant, on se limitait aux berges du Rhône, on les quitte pour longer le Grand canal qui a été renaturé.

Les trois types de sentiers


Chemins de randonnée pédestre
Accessibles au public et généralement destinés aux déplacements à pied. Généralement à l’écart des routes servant au trafic motorisé. Passages raides munis d’escaliers et endroits à risque sécurisés par des barrières. Passerelles ou ponts pour passer les cours d’eau. Aucune exigence particulière.

Chemins de randonnée de montagne
- Comprennent parfois des tronçons difficilement praticables (pentes raides, étroits, en partie exposés). Cordes ou chaînes dans les passages particulièrement difficiles. Traversée de ruisseaux à gué. Bonne condition physique, pied ferme et connaissances de la montagne requis. Déconseillés aux personnes souffrant de vertige. Équipement adapté: chaussures résistantes et munies de semelles à profil antidérapant, habits adaptés à la météo et carte topographique.

Chemins de randonnée alpine
- Plus exigeants. Terrains en partie sans tracé, champs de neige et glaciers, pentes pierreuses, éboulis ou parois rocheuses comprenant de courts passages d’escalade. Aménagements non garantis. Excellente condition physique, pied ferme et maîtrise de l’escalade à mains nues nécessaires. Déconseillés aux personnes souffrant de vertige. Connaissances des dangers liés à la montagne. En plus d’un équipement adapté, altimètre, boussole, corde et piolet sont nécessaires pour traverser les glaciers.