
Depuis sa création en 2014, le SDIS Riviera a vu plus d’une centaine de casques disparaître de ses rangs. | SDIS Riviera
L’érosion est vertigineuse. Depuis sa création en 2014, le Service Incendie et Secours Riviera a vu son effectif passer de 307 à 191 pompiers. À l’heure de célébrer sa première décennie d’existence (voir encadré), le corps qui intervient sur les neuf communes de la région n’échappe pas à l’hémorragie dont souffre l’ensemble du secteur en Suisse.
«Il y a 20 ans, notre pays comptait environ 200’000 sapeurs-pompiers, expose Jean-Marc Pittet, commandant du SDIS Riviera. Aujourd’hui, ce nombre s’élève à 80’000.» Une diminution observée alors que les besoins pourraient augmenter en raison de l’évolution des risques. «Je pense par exemple aux événements naturels liés aux changements climatiques», précise-t-il.
Nommé à son poste en 2019, le résident de Territet se veut toutefois rassurant: cette perte de forces vives n’affecte, pour l’heure, pas la capacité d’action du SDIS Riviera. «Nous le devons à l’acquisition de matériel plus performant, ainsi qu’à des tactiques et des techniques d’intervention en constante évolution.»
Moins d’envie et trop de pendularité
Principale explication de ce désengagement? Sans doute la même que pour celui qui touche bon nombre de milieux associatifs. «De nos jours, une part importante de la population n’est plus disposée à s’engager en dehors du cadre professionnel et familial comme c’était le cas il y a encore quelques décennies», analyse l’officier.
À cela s’ajoute le vieillissement de la population. Mais surtout, un monde professionnel qui a changé. La «pendularité» – un «problème majeur» pour le volontariat – en est un exemple. «Alors que Vevey accueille plusieurs milliers de personnes par jour, les autres communes <exportent> leurs travailleurs en journée.» Et Jean-Marc Pittet de pointer aussi du doigt une stagnation, voire une diminution du nombre de places de travail dans la région. «Cette baisse s’avère spécialement forte dans le domaine secondaire, qui est un fournisseur traditionnel de nos volontaires», relève-t-il.
Les employeurs appelés à la rescousse
Voilà pour le problème et pour ses causes. Au niveau des solutions, c’est notamment du côté des employeurs qu’il s’agirait de creuser. «La coopération avec ces derniers est essentielle à notre fonctionnement. Nous devons les sensibiliser à l’importance de leur contribution.» Et à ce titre, Jean-Marc Pittet plaide pour d’éventuelles incitations. «Au contraire du service militaire ou de la protection civile, aucun dédommagement financier n’est prévu pour ceux qui libèrent leur personnel au profit des pompiers.»
En tant qu’employeurs, les Communes ont aussi un rôle à jouer, et notamment lors des phases d’engagement du personnel. «À compétences égales, pourquoi ne pas donner la priorité à un sapeur-pompier formé, ou disposé à se former?», s’interroge le commandant du SDIS.
Attiser aussi la motivation des volontaires
Enfin, les pompiers volontaires eux-mêmes devraient aussi pouvoir bénéficier d’une meilleure reconnaissance financière, selon le commandant Pittet, qui parle de la nécessité «d’indemniser correctement le service». Et le responsable d’imaginer également «une exonération partielle d’impôt sur la solde».
D’autres mesures permettraient selon lui de lever certains freins à l’engagement des soldats du feu sur la Riviera. «Il pourrait s’agir d’un accès facilité aux crèches, d’une subvention au logement ou une mise à disposition de vélos électriques pour accéder à la caserne», égrène l’officier.
Résultant de la fusion de quatre corps de sapeurs-pompiers (SDIS Pèlerin, CDIS Pléiades, SDIS Montreux-Veytaux, CRDIS Riviera), le SDIS Riviera est chapeauté par l’Association Sécurité Riviera (ASR). Aujourd’hui, il se compose de 191 personnes, dont 9 collaborateurs permanents. L’âge moyen y est de 36 ans et la proportion de femmes incorporées s’élève à 15%. En 2023, le SDIS Riviera a été engagé sur 867 événements (soit une intervention toutes les 10 heures) qui ont généré 9’682 heures de service. La commune où il est le plus intervenu est Montreux, avec 289 interventions. Au contraire, Jongny comptabilise 12 interventions. Enfin, l’an dernier, le SDIS a extrait 70 personnes d’un ascenseur et sauvé 42 animaux.
Après les casernes de Montreux et Jongny en mai dernier, c’est au tour de celle de Vevey de célébrer le 10e anniversaire du SDIS Riviera. Le samedi 15 juin de 10h à 15h, des démonstrations et des activités pour adultes et enfants seront proposées sur la place du Marché, ainsi qu’une restauration. La caserne de Saint-Légier ouvrira quant à elle ses portes le samedi 7 septembre, avec des jeux pour les enfants et une soirée «On Fire» dès 18h (tartare/raclette, bar à bières et musique).
