Adjugé! Des dizaines d’horloges vendues aux plus offrants

De nombreuses pièces, parfois anciennes ou originales, sont parties à prix sacrifiés. Les enchères étaient en partie menées par Jérôme Lagrive (à dr.), substitut à l’Office des faillites de l’arrondissement de l’Est vaudois.  | R. Brousoz

Blonay
Une mise aux enchères plutôt rare avait lieu en début de semaine. Reportage au milieu de la criée.

«Qui tient à 50 francs? 60 francs, ici Madame. 70 francs, Monsieur. 70 francs première… 70 deuxième… 70 troisième… Pas de regret? Adjugé pour 70 francs!» Lundi matin, ce n’étaient pas les habituels tic-tacs qui rythmaient la petite boutique de «Chez L’Horloger», au centre de Blonay, mais la voix sobre et les mots millimétrés de Jérôme Lagrive, substitut à l’Office des faillites de l’arrondissement de l’Est vaudois.
Près de 200 pendules, morbiers, comtoises ou encore régulateurs étaient mis aux enchères au fil de cette matinée. Une liquidation de stock qui sonnait la fin de l’activité de Denis Gigandet au cœur du village, après une quarantaine d’années passées au service des rouages et cadrans (voir numéro 155, 22 mai 2024).

Tout doit disparaître!
«Je me sens assez détendu», confiait l’artisan peu avant l’ouverture de la criée, dont le fruit devait permettre de rembourser ses dettes. «J’ai lâché prise quant au résultat. Mon seul souhait, c’est que rien ne me reste. Car où les stocker? Et je ne veux pas passer ma vie à mettre des annonces!»
Il est 9h. La vente débute dans le petit local rempli à craquer d’une quinzaine d’acheteuses et acheteurs de tous profils. Posté dans un coin, un agent de sécurité veille. Le substitut Jérôme Lagrive rappelle les conditions, parmi lesquelles «l’enlèvement des biens acquis devra avoir lieu immédiatement après les enchères». Une petite phrase qui prend tout son poids quand on voit les hauts morbiers alignés au fond de la boutique.
Et c’est parti. Comme une mécanique bien huilée, les sommes succèdent aux intitulés des pièces et de leurs descriptions. Un voyage dans le temps et dans l’espace. «Horloge anglaise carrée». «Adjugée pour 60 francs». «Régulateur Junghans de 1890». «Retiré de la vente». Qui a dit que l’argent liquide n’avait plus d’avenir? Ici, les billets circulent de main en main, pour finir dans la petite caisse métallique de l’Office des faillites.

Pièce de collection à 100 francs
Pas de fièvre acheteuse comme dans les films. Ce sont trois ou quatre mains – toujours les mêmes – qui se lèvent avec calme et régularité. Les duels sont rares et la plupart des prix adjugés oscillent entre 10 et 70 francs. «Il manque deux zéros pour celle-là», murmure Denis Gigandet dans un sourire de dépit. «Numéro 83, poursuit la voix du substitut. Une horloge de Paris Arnoux, avec cadran soleil.» «Ah, c’est une pièce de collection», chuchote l’artisan. «Adjugé pour 100 francs». Le prix en magasin, lui, affichait 4’500 francs.
Les très bonnes affaires se succèdent donc pour les acheteurs, lesquels ne cachent pas un certain désarroi. «Ça fait un peu mal au cœur de les voir partir pour si peu», dit un collectionneur venu de Lausanne. «C’est triste pour le propriétaire, il aurait fallu mettre des mises de départ plus élevées», estime un autre passionné.
Pas de miracle
«Nous sommes partis avec des prix assez bas, car nous avions la crainte que trop d’objets nous restent sur les bras», explique Jérôme Lagrive, qui précise qu’il s’agit d’un marché de niche. «Ce sont des objets qui, pour certains, prennent de la place. Ils sont difficiles à revendre. Financièrement, on ne va pas faire des miracles. Notre but est surtout de libérer le local pour pouvoir le relouer.» Lors de la première heure de vente, 82 pièces sur 100 seront vendues, pour une somme totale de 3’665 francs.
L’opération devait se poursuivre ce mercredi matin (ndlr: hors délai de bouclage). Un deuxième round qui, selon Jérôme Lagrive, devait attirer un public différent. «Il s’agit cette fois de montres, de réveils et de mobilier de boutique. Il devrait y avoir plus de monde.»

«Je les trouve plus poétiques»

Parmi les curieux venus lundi matin, il y avait Jacques Léchot, de Chesières (Ollon). Ce propriétaire d’une douzaine d’horloges mécaniques – il a acheté sa première à 9 ans – assistait pour la première fois à une vente aux enchères. «Un ami m’a expliqué le fonctionnement et je suis venu», explique ce collaborateur de l’État de Vaud. «J’avais très envie de voir, sans idée précise.» Au final, il repartira avec quatre nouvelles pièces sous le bras, dont un magnifique coucou en bois sculpté: 100 francs au lieu des 1’300 francs affichés en boutique, une affaire. «Je trouve que les horloges mécaniques sont plus poétiques. Et j’aime bien quand elles sonnent!»

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