
Ses posts sur la page Facebook «Bonjour la Municipalité» en ont fait enrager plus d’un. Parfois excessif, Jean-Claude Vienne n’en était pas moins un homme au grand cœur. Il s’en est allé le 17 novembre. | V. Cardoso – 24 heures
Cette fois, il a lâché. Le grand cœur de Jean-Claude Vienne, qui s’est si souvent emballé, s’est éteint le 17 novembre. On l’a souvent dit en bout de course et il s’est à chaque fois amusé à repousser les limites. Jusqu’à ce beau dimanche matin ensoleillé où il est parti, à l’âge de 77 ans.
Dernier pied de nez, il a voulu décider de tirer la prise lui-même en faisant débrancher son défibrillateur trois semaines plus tôt. «Dans une dernière pirouette, il a tiré sa révérence, le Robin des villes, le Fou du roi, l’Empêcheur de tourner en rond», ont écrit ses proches jeudi sur la page Facebook «Bonjour la Municipalité».
L’agitateur public l’avait créée en 2015 pour singer les édiles locaux et dézinguer à tout va dans un style qui ne plaisait pas à tout le monde. Cet anarchiste aux mille vies, ancien bourlingueur et soixante-huitard avant l’heure, ne ménageait pas son énergie pour les plus démunis, allant jusqu’à en recueillir certains dans son appartement de la rue du Simplon.
L’ancien municipal Jérôme Christen l’évoque avec émotion: «C’était un esprit taquin et rebelle, le poil à gratter des élus politiques en particulier. Ce rôle, qui lui allait comme un gant, le conduisait parfois à tomber dans l’excès. Le <Glaude>, comme il se faisait appeler, avait le cœur sur la main. Toute sa vie, il s’est employé à lutter contre les injustices qu’il détestait par-dessus tout. Je ne l’aurai jamais assez remercié pour tout ce qu’il m’a apporté sans jamais me ménager.»
Papa de cinq enfants qu’il chérissait plus que tout, il aimait les coups d’éclat. Il aura marqué les esprits avec son jet d’œufs pourris au Conseil communal de Lutry, son sandwich aux cafards ou ses manifestations pour le centre alternatif des Temps Modernes à Vevey. Celui dont il était très fier est d’avoir recueilli le témoignage enregistré de Jean-Louis Jeanmaire, au nez et à la barbe de la prison de Bellechasse où l’espion était incarcéré.
Cet antiquaire et brocanteur, qui a tenu sa boutique de la rue du Conseil aussi longtemps que possible, écrivait sans discontinuer. Auteur du pamphlet «Overdose, au-delà des mots» (1987), il a créé trois revues satiriques, dont Vibis’com à Vevey. En mai dernier, il disait travailler à ses propres mémoires.
Jean-Claude Vienne n’a toutefois pas dit son dernier mot, lui qui a confié son corps à la science. «L’Université m’a dit se réjouir de l’ausculter, histoire de comprendre comment il a survécu à tout ça», s’en amuse Anne-Isabelle Aebli, la mère de ses deux derniers enfants et qui l’a assisté les dernières années.
Pour un dernier adieu, la famille invite à partager un souvenir, une colère ou une pensée à l’adresse: leglaude1800@gmail.com
