Un chantier à 10 millions pour rallumer toute sa splendeur

Un des grands défis de ce chantier sera d’installer des échafaudages contre la muraille côté lac.  | C. Dervey – 24 heures

Veytaux
Quatre ans de travaux sont prévus pour restaurer une grande partie de l’enveloppe du Château de Chillon. Un projet où il est même question de panneaux solaires.

C’est sûr, il sera nettement moins photogénique. On peut même déjà imaginer la moue des touristes quand, l’apercevant depuis le bateau de la CGN, ils découvriront qu’une partie de sa muraille est mangée par les échafaudages. «Il y aura effectivement un laps de temps où il sera un peu caché, mais on ne peut pas faire autrement», dit Corinne Länzlinger, architecte cheffe de projet à la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP). Qui rappelle qu’au même titre que la Cathédrale de Lausanne, ces trésors du passé sont en «chantier permanent».  

Monument parmi les plus visités de Suisse, le Château de Chillon est en effet au seuil d’une vaste opération de restauration. Planifiés de 2027 à 2030, les travaux consisteront à refaire l’enveloppe extérieure d’une dizaine de bâtiments, pour la plupart donnant côté lac. Il s’agit-là de la troisième et dernière phase de la grande campagne de rénovation dite «centennale». Lancée en 1997, elle a déjà permis de refaire les façades des parties situées côté Villeneuve et côté route cantonale.   

«Cette dernière étape sera la plus complexe et donc la plus chère», annonce Antoine Graf, l’architecte qui veille sur l’état de santé de la forteresse vaudoise depuis 2010. Et de fait, c’est une somme de 9,5 millions de francs que prévoit de débourser le Canton de Vaud pour redonner du lustre à l’édifice qu’il possède depuis 1803. Un crédit qui devrait être voté par le Grand Conseil d’ici à mars prochain. Durant tous ces travaux, l’édifice, dont certaines parties remontent au XIe siècle, restera en exploitation. 

Échafaudages suspendus au-dessus de l’eau  

«Le grand défi sera avant tout d’ordre logistique, reprend Antoine Graf. C’est-à-dire au niveau de l’installation des échafaudages. Les véhicules ne pouvant pas accéder à l’intérieur du château, tout ne peut se faire qu’à pied ou par hélicoptère. Et pour ce qui est de la muraille qui donne côté lac, il n’y a pas d’accès piétons. Il s’agira donc de créer un cheminement artificiel au-dessus de l’eau, lequel sera en partie fixé à la façade.» Le chantier et ses échafaudages se déplaceront au fil du temps, à raison de deux à trois corps de bâtiments par année. 

À cela s’ajoutera également la construction d’un toit provisoire, une sorte d’exosquelette qui viendra coiffer le sommet des bâtiments afin de permettre – dans le même temps – la réfection des toitures et de leurs charpentes. «C’est ce qu’exige l’ordonnance fédérale pour des toits dont la pente dépasse 45 degrés, explique le professionnel. Il serait trop dangereux pour les ouvriers de marcher dessus. C’est pourquoi ils pourront utiliser des ponts de travail suspendus à cette toiture provisoire.»

Des pigments pour ne pas choquer 

Fortement mise à l’épreuve, la muraille côté lac sera – tout comme celle côté cour – auscultée et minutieusement réparée. «Ces façades ont la particularité d’être orientées nord-ouest. C’est de là que viennent généralement le mauvais temps et les tempêtes.»

Éléments particulièrement sensibles: les pierres qui encadrent les fenêtres. «Il s’agit généralement de molasse, une pierre très fragile qui se fissure», souligne Antoine Graf. Selon l’état de détérioration, elles seront soit colmatées, soit remplacées. Les volets, les anciennes latrines ou encore les balcons en bois seront également réparés.

«Dans le mur lui-même, les pierres ne posent pas trop de problèmes. C’est surtout le crépi qui devra être refait.» Et là, c’est un mortier de chaux qui sera utilisé, suivant une technique ancestrale. «La particularité de la chaux, c’est qu’elle donne une teinte gris-blanc au crépi avant de s’estomper avec le temps.» Alors pour ne pas choquer les amoureux de vieilles pierres, des pigments naturels – terre de Sienne ou ocre jaune – seront ajoutés à l’enduit.

Photovoltaïque pas pour tout de suite   

Et les panneaux solaires, on les met où dans tout ça? Car oui, le texte soumis au Grand Conseil évoque «une étude sur l’entier du site qui pourra déterminer les endroits appropriés à recevoir une telle installation». «C’est une obligation légale pour l’État d’aborder ce point dans un tel projet», réagit Antoine Graf, un peu perplexe quant aux bénéfices de panneaux face au dégât d’image potentiel. «Il y a 193’000 bâtiments qui n’ont pas de protection particulière dans le canton. Lorsque tous ceux-ci seront munis de panneaux photovoltaïques, alors on pourra discuter d’en mettre au Château de Chillon», sourit-il.   

Une fois ce gros coup de jeune terminé, le monument niché à Veytaux pourra affronter les décennies à venir et leurs outrages. La prochaine campagne centennale est prévue pour la fin du XXIe siècle.