
La maître-ramoneur Kaethlin de Joffrey plie sa corde afin d’être prête pour le prochain nettoyage dans la région. | X. Crépon
«Vite, la pluie va arriver sous peu! On va profiter de cette accalmie pour aller passer le hérisson!» Pétillante, la trentenaire Kaethlin de Joffrey ne se laisse décourager ni par le froid ni par les nuages noirs qui s’approchent des rives montreusiennes. Seconde génération de la famille à porter la salopette et les outils du ramoneur, la Blonaysanne vient de reprendre depuis le début de l’année l’entreprise de son papa Daniel, qui vient de passer la main. «Attention, il reste toujours passionné par son travail et il fait toujours partie de notre équipe, mais il peut désormais lâcher les aspects plus contraignants qu’implique la gestion d’entreprise. Fini l’administratif, les téléphones le soir de certains clients ou les dépannages le week-end, il peut de nouveau aller plus souvent sur le terrain.»
Cette passation n’est pas allée de soi, Kaethlin de Joffrey n’étant pas prédestinée à reprendre le flambeau. «La première fois que j’ai découvert cette profession, c’était à 13 ans, lors de la journée des métiers. Et autant dire que la vocation n’était pas tout de suite évidente pour moi à cet âge-là (rire). Je me souviens d’une journée pénible, j’avais piqué un somme dans notre petite camionnette sur le trajet du retour.»
Elle se dirige vers une formation d’employée de commerce et envisage ensuite un cursus à la Haute école de gestion d’Yverdon, avant de changer de cap. «Je ne me voyais pas dans un bureau et j’avais dans l’idée de devenir un jour ma propre patronne. J’ai donc décidé à 23 ans de réaliser un stage au sein de l’entreprise familiale. J’ai surtout aimé l’activité en extérieur et l’échange avec les clients. Malgré le côté physique du métier, j’ai tenu bon, et aujourd’hui j’adore ce que je fais au quotidien.»
Pas que des cheminées
Kaethlin de Joffrey est l’une des rares femmes à effectuer cette profession dans le canton de Vaud. «Dans ce métier essentiellement masculin, il faut savoir faire ses preuves et avoir les épaules larges, mais on voit de plus en plus de femmes se lancer. C’est positif!», relève celle qui est désormais à la tête d’une équipe de six personnes.
Et détrompez-vous, leur tâche n’est pas uniquement d’enfiler un complet noir, de prendre une échelle et de se perdre dans une cheminée. Le rôle du ramoneur a bien évolué au fil des ans. «De nos jours, monter sur les toits, ce n’est plus que le 20% de notre travail, le reste c’est principalement de la maintenance technique. Sur près de 7’000 installations dont nous nous occupons, il y a autant des chauffages à gaz, au mazout, au bois que des poêles de salon. Et on ne fait pas que du nettoyage, on inspecte aussi tout ce qui est en lien avec les installations thermiques, précise Kaethlin de Joffrey. C’est une question de sécurité pour les clients, mais également de qualité de l’air. Au même titre que les tests de pollution pour les voitures, le service de l’environnement impose des normes en matière de rejet de CO2 assez strictes. Et ce que l’on constate, c’est qu’il y a très peu de systèmes de chauffage qui tournent mal en Suisse.»
De Glion à Chillon
Dans sa tournée quotidienne, la maître-ramoneur réalise de la maintenance sur environ quatre à sept installations. Et presque autant d’échanges qui embellissent ses journées. «Comme on vient au moins une fois par année, on a des contacts privilégiés avec certains clients. Parfois, des amitiés se créent. Je me réjouis de les revoir à chaque fois et quand je suis en vacances, c’est un crève-cœur.»
Les sites sur lesquels elle se rend sont variés, allant des immeubles, aux villas et autres chalets d’alpage. Et quelques fois, de toute autre envergure. «On a la chance de s’occuper également de bâtiments historiques.»
L’endroit qui l’a le plus marquée date en effet d’une autre époque. «On est deux à contrôler et à nettoyer les quatre cheminées du Château de Chillon en septembre. On est en totale immersion dans ces immenses conduits qui font une vingtaine de mètres! Et ce qui est plus inattendu, c’est que tu es aussi un peu une bête de foire avec de nombreux touristes qui te prennent en photo.»
Sur le départ pour s’occuper de la prochaine adresse, Kaethlin de Joffrey lance sur le ton de la boutade: «Comme tout ramoneur, je porte chance. Sauf pour les clients désagréables!»
