
Retirées du service depuis plusieurs années, les locomotives soeurs «He 2/2» – ici lors d’une sortie le 2 février – sont-elles promises à la casse? La rumeur agite la communauté des passionnés. | E. Charrière
«Quand on était enfants et qu’on allait chez notre grand-mère, juste au-dessus de la gare des Pléiades, il arrivait qu’on aperçoive une de ces locomotives en nous réveillant le matin», se souviennent François et Émilien Charrière, 23 et 18 ans. «On passait notre temps à attendre qu’elle bouge. Sauf que sous le rebord de la fenêtre, il y avait le radiateur et on se brûlait les genoux!»
De ces petits bobos de jeunesse, ils auraient pu garder rancune. Mais les deux frères de Chernex sont surtout passionnés de trains. Alors quand une connaissance leur a rapporté que les deux «He 2/2» de la ligne Blonay-les Pléiades – celles-là même qui ont illuminé leur enfance – étaient peut-être destinées à finir à la casse, ils ne pouvaient pas rester sans rien faire. «Ce ne sont pas des locomotives comme les autres», sourient-ils.
C’est que, dans le souvenir de beaucoup de gens, ces deux petites machines rouges ont incarné le «petit train des Pléiades». De 1911 – année de leur mise en service aux Chemins de fer électriques veveysans – jusque dans les années 1970, elles auront en effet emmené des milliers de touristes à la neige ou vers les prairies à narcisses, contribuant au développement économique de la région. Jusqu’à ce qu’elles soient retirées du trafic voyageur pour passer au «service de la voie»: déblayage de la neige ou travaux divers. Des missions qu’elles accomplissaient encore il y a quelques années.
Des rumeurs qui inquiètent
Mais depuis plusieurs mois donc, le sort de ces deux vénérables mécaniques entreposées à la gare de Blonay préoccupe les amoureux du rail. Et pour cause: leur propriétaire, l’entreprise MOB, pourrait vouloir s’en débarrasser. La rumeur est d’ailleurs devenue tellement insistante qu’elle a fait réagir le chemin de fer-musée Blonay-Chamby, lequel a pris contact avec l’entreprise ferroviaire en fin d’année dernière.
«À la fois pour la forme et pour éviter toute précipitation, nous avons analysé une nouvelle fois la pertinence d’accueillir une telle pièce», indique Alain Candellero, porte-parole de l’association. Mais faute de place suffisante dans son hangar, cette dernière a dû y renoncer. «Ce d’autant que nous avons déjà une locomotive de ce type, qui avait commencé au Bex-Villars-Bretaye en 1899. À nos yeux, cette dernière est davantage représentative des débuts de la crémaillère dans le canton de Vaud.»
Installée sur un rond-point?
Alors, face à ce qui semble s’annoncer comme un aller-simple pour la benne à ferraille, Émilien et François Charrière ont souhaité actionner un tout dernier levier. En début d’année, ils ont pris contact avec la Commune de Blonay-Saint-Légier, afin de savoir si cette dernière était intéressée à récupérer au moins l’une de ces locomotives. «Elle pourrait par exemple être installée sur un giratoire ou sur la future place de la Gare en guise de monument», suggèrent-ils. Et de plaisanter: «On a bien pensé à en prendre une dans notre jardin, mais à 17 tonnes la machine, c’est un peu lourd!»
Ainsi, à court terme, il s’agirait d’éviter qu’un tel symbole ne parte à la casse. Et qui sait, peut-être qu’un jour quelqu’un aura l’envie et les moyens de lui offrir une deuxième vie? «Un séjour prolongé à l’extérieur n’est jamais bon, concèdent les frangins. Mais si elle éveille l’intérêt d’un groupe de passionnés ou d’une association, il y aura toujours possibilité de la remettre en état. Le Blonay-Chamby a bien restauré une ancienne locomotive à vapeur du LEB qui servait de pot de fleurs en Autriche!»
À discuter en Municipalité
En plus d’avoir contacté personnellement l’administration de Blonay-Saint-Légier, les deux frères ont également pu faire entendre leur appel jusqu’au Conseil communal par la voix de l’élu Charles Morard (Entente). Ce dernier a plaidé la cause des «He 2/2» lors de la séance du 28 janvier. Le dossier est maintenant sur la table de la Municipalité. «Nous devrions traiter de ce sujet dans notre séance du 25 février», fait savoir le syndic Alain Bovay.
Le MOB a-t-il, comme certains le craignent, décidé de se débarrasser de ces deux locomotives? «L’entreprise ne s’est pas encore déterminée quant à leur sort», répond Alain Jeanmonod, secrétaire général du MOB. «S’il y a des potentiels repreneurs, nous sommes toujours prêts à discuter». Et de souligner: «Contrairement à ce que certains pensent, il n’y a pas une volonté de l’entreprise de faire disparaître des trains.» Quant à l’idée de restaurer ces locomotives pour en faire un convoi historique, elle n’est pas envisagée par le MOB. «Ce genre de projet nécessite des financements», précise Alain Jeanmonod.
