
Les concurrents ont pris beaucoup de plaisir à se «tirer la bourre entre potes» par équipes de trois ou quatre. Le départ offrait une vue plongeante sur le Léman. | Laurent Grabet
Après deux saisons blanches, le mythique derby a repris ses droits. Enfin «blanches», façon de parler! Car les deux derniers hivers n’avaient tout simplement pas été suffisamment enneigés pour que la traditionnelle course festive de fin de saison puisse avoir lieu. Cette fois, ce fut une tout autre histoire. Sous un soleil radieux et un enneigement honnête, la bonne humeur était contagieuse. Le tout sur une piste inédite, menant de l’arrêt «La Perche» du train Montreux–Les Rochers-de-Naye jusqu’à l’arrivée, située deux bons kilomètres et quelque 300 mètres de dénivelé plus bas.
«L’idée est simple: on s’élance à trois ou quatre. Il y a quelques rares piquets et le premier en bas peut retenter ensuite sa chance sur le même parcours jusqu’à la grande finale. Au bout du compte, le résultat importe peu, car cette épreuve a toujours été un prétexte à se retrouver dans la joie et la convivialité. C’est encore mieux de le faire cette année pour célébrer nos 100 ans», confie la joviale présidente du ski club Miladis Di Sessa, dite «Mimi» pour les intimes, en servant les cafés et les croissants peu après le briefing d’avant-course.
Une course imaginée par les frères Remy
La résidente de Glion, 36 ans au compteur, est la première présidente en 100 années d’existence du club. Son organisation est une institution dans la région montreusienne. Quelques champions et plusieurs figures locales en furent membres, à l’instar de l’ancien syndic et actuel conseiller national Laurent Wehrli.
Le club compte actuellement plus de 300 licenciés, dont une majorité de jeunes âgés de moins de 18 ans. Ce dimanche matin, une grosse trentaine d’entre eux, âgés de 13 à 64 ans, ont répondu présent. Quatre «intrus», venus avec leur équipement de télémark du Valais, se sont même joints à cette équipe qui les a vite intégrés à l’heure de la raclette et de l’apéro.
«Cette course est née dans la seconde moitié des années 1980 à l’initiative des frères Claude et Yves Remy (ndlr: des noms connus dans le milieu de la grimpe). À la base, elle était dévolue uniquement aux monoskieurs et aux surfeurs, et la Dent de Jaman elle-même constituait le point de départ», se souvient Yanick Hess, une autre figure du club avant la course. La manifestation est ensuite restée quelques années en pause, avant d’être relancée en 2016 par «Mimi» et sa clique d’amis.
Du vrai «lien social»
Si au détour d’un discours politique, l’on entend souvent parler de «lien social», avouons que cela sonne le plus souvent comme un énième slogan galvaudé. Mais au derby, presque tout le monde se connaît et une grande bienveillance règne entre jeunes. Ici, le lien social, c’est du concret. Du vécu!
Nicolas Büchler, ancien président du Conseil communal de Montreux, savoure cette joie d’être ensemble. Aujourd’hui, le socialiste de 32 ans a chaussé sa casquette de directeur de course. «Ses» coureurs lancent des blagues, puis se tirent la bourre joyeusement. Quelques chutes jalonnent l’épreuve. Une petite poignée exigera peut-être une consultation orthopédique dans les jours à venir. Mais rien qui ne puisse gâcher la fête.
«J’ai passé l’âge de participer au derby, je veux garder mes genoux intacts pour ma retraite», commente amusé Christophe Anderegg, un autre membre historique du club venu en curieux. Non loin de lui, un pré-ado, attiré ici par un copain du club, est agréablement surpris par la beauté des possibilités de glisse qu’on a dans ce petit coin de paradis. Un endroit d’ailleurs plus fréquenté depuis son entrée au sein du Magic Pass. En l’écoutant dans le train de la redescente, on comprend que ce jeune reviendra skier au pied des Rochers-de-Naye. On en déduit que le derby a de l’avenir et le club aussi!
Le Ski Club Montreux-Glion-Caux est né un 29 décembre 1925 au Buffet de la gare de Caux, à l’initiative de sept amis. Il célèbre donc cette année ses 100 ans d’existence. Un anniversaire qui sera marqué par une journée de ski déguisé sur le thème ski rétro. Elle se tiendra ce dimanche 16 mars aux Rochers-de-Naye.
À l’époque de la fondation du club, le ski était plus un moyen de locomotion qu’un sport. De 35 membres jadis, l’organisation en a compté jusqu’à 1’019 en 1960. Aujourd’hui, ils sont un peu plus de 300 répartis dans les différents pôles (course, freestyle et loisirs). Le ski club organise notamment chaque année son traditionnel concours gratuit des écoliers, pour les moins de 16 ans, et son concours populaire en partenariat avec Ski romand.
Au fil de sa riche histoire, il a notamment compté deux tremplins de saut à ski, le premier à Jaman, entre 1935 et 1938, le second à Caux, qui a fermé en 1949. En outre, la fameuse piste du diable donnant sur le lac a été inaugurée en 1939. L’on ne compte plus la quantité de courses organisées, et l’on peut citer aussi la fondation d’un groupe des anciens, un bulletin et même un rallye automobile (de 1962 à 1969), une descente aux flambeaux ou encore une élection de «Miss tarte aux abricots». Tous ces événements n’ont pas survécu au temps qui passe, mais la bonne humeur qui les a fait naître, elle, continue de se transmettre au fil des générations.
