
Malgré un manque de neige certaines années, Yves Grundisch ne perd pas le sourire. Durant son temps libre, il aime faire du gravel, du ski de fond, ainsi qu’un peu de jardinage dans sa propriété de Brent. | L. Grabet
«Les plus belles stations de ski sont souvent les plus petites! C’est moins cher. Il y a moins de monde, plus d’âme et c’est plus convivial…» Yves Grundisch a probablement raison. Sauf qu’en ce qui concerne celle des Pléiades, où il dirige l’école suisse de ski (ESS), il y a aussi moins de neige. Beaucoup moins de neige! Surtout ces dernières saisons.
L’hiver passé, la petite station des hauts de Vevey n’avait par exemple ouvert que quatre jours (ndlr: pour 39 cette saison). Mais le professionnel ne perd pas son sourire bienveillant pour autant. Il a choisi avec succès la voie de la diversification. Autour de lui d’ailleurs, des écoliers du cru sont là et s’amusent à construire des cabanes, faire du land art, des chasses aux trésors, aller voir le troupeau de chamois qui a ses habitudes dans le coin ou griller des cervelas au feu de bois.
Le passionné de 60 ans a vécu les premières années de sa vie à Chalberhöni, non loin de Gstaad, avant que sa famille ne s’installe à Chailly-sur-Montreux. Mais les Grundisch ont gardé leur chalet sur place et c’est là que le petit Yves et son frère aîné ont appris à skier en autodidacte, alors même que leurs parents ne pratiquaient pas. Vers 16 ans, à l’arrivée du snowboard, les deux ados fabriquent leurs propres planches. À 18 ans, Yves excelle dans ce sport en plein boom et intègre même la légendaire Team Wild Duck, sponsorisée par un fabricant de ski et snowboard local. Sa carrière le mènera jusqu’en Coupe d’Europe. Il n’en vit pas et passe donc un CFC de dessinateur en bâtiment.
Il veille sur le Léman
En 1992, le Bernois d’origine obtient sa patente de professeur de snowboard. Alors que peu de moniteurs la détenaient à l’époque, Yves Grundisch décroche une place à l’ESS des Pléiades. Une station qu’il n’avait jamais fréquentée jusque-là. «J’ai tout de suite adoré enseigner. Le snowboard était en plein essor et il y avait un grand enthousiasme de la part des élèves. La demande était telle qu’on organisait parfois des cours en nocturne avec fondue dans la foulée aux Paccots.»
En parallèle, le reste de l’année, le moniteur travaille au Service intercommunal de gestion (SIGE) pour lequel il ramasse le bois flottant sur le Léman. «L’eau est mon élément sous la forme liquide ou solide», assène-t-il en souriant. Et effectivement, après quinze années au SIGE, Yves Grundisch est engagé comme assistant de police à la Brigade du Lac, poste qu’il occupe toujours.
C’est un peu avant, en 2001 que la direction de l’ESS s’offre alors à lui. Son prédécesseur Serge Jardi passait la main pour aller tenir une maison d’hôtes dans le Jura (ndlr: il est aujourd’hui de retour dans une équipe soudée composée de 18 moniteurs).
Un avenir pas très blanc
Aux Pléiades, le travail ne manque pas. L’ESS affiche 30’000 heures de cours les bonnes années. Yves Grundisch met donc volontiers la main à la pâte, d’autant qu’au moment de sa promotion à la direction de l’ESS, il avait «l’impression que [sa] mission de prof de ski n’était pas terminée».
L’ESS des Pléiades est une association. Il y a donc moins de pression financière qu’ailleurs, d’autant qu’une solide base de la clientèle vient des communes «partenaires»: Vevey, Corseaux, Corsier, Chardonne, La Tour-de-Peilz et Blonay-Saint Légier. «Les gamins sont globalement moins motivés qu’avant et ceux qui savent bien skier snobent un peu notre station, constate Yves Grundisch. Bizarrement, ce sont généralement les enfants d’immigrés qui sont les plus crocheurs, alors même qu’ils n’ont généralement pas de culture du ski…»
Mais le directeur et son équipe gardent le feu sacré. Ils travaillent main dans la main avec la Coopérative des Pléiades, les trois restaurants locaux, le train et même les magasins de location de skis. Son épouse Carine, biologiste dans les contrôles antidopages, donne souvent un coup de main pour les tâches administratives. Le couple s’est connu le 31 décembre 1992 dans une cabane de montagne.
Bien loin de cette époque faste pour le ski, l’avenir du ski aux Pléiades se pose aujourd’hui. «À seulement 1’350 m d’altitude, il est clair que ça s’annonce tendu! On a eu de si belles années que ça fait mal au cœur… À une époque pas si lointaine, le train montait parfois entre deux murs de neige de 2 m de haut, se rappelle non sans nostalgie Yves Grundisch. Jamais je n’aurais imaginé alors que les choses puissent changer si vite avec le dérèglement climatique…»
