Après 40 ans, le pilier de la colonne de secours lève le pied

L’emblématique Guido Guidetti a passé la main au 31 décembre dernier en tant que chef de la
Colonne de secours de Villars. Pascal Gonet, son second jusque-là, a repris la main. | DR

Villars
Le patron du sauvetage Guido Guidetti a remis son poste à son second Pascal Gonet. Retour sur le parcours d’un passionné et l’évolution d’une activité qui a bien changé.

À l’heure de rembobiner le film de quatre décennies de bons et loyaux services pour le sauvetage de Villars et dans les Alpes vaudoises, Guido Guidetti ne se fait pas prier. Il faudrait même plutôt le freiner!
C’est que la flamme vibre toujours autant chez cet enfant de Chardonne devenu villardou au mitan des années 80 par amour de la montagne. Il lui avait fallu peu de temps pour être catapulté chef de la Colonne de secours de Villars. «J’étais à la Colonne depuis 2-3 ans et j’avais succédé à Eric Wattenhofer, qui était aussi directeur de Télé Bretaye, explique-t-il, une coupure de presse à l’appui sortie d’un classeur d’archives. Il a suffi d’une petite séance, un PV et ça m’est tombé dessus, un beau jour de 1988. C’était une belle opportunité. J’ai toujours eu l’organisation et le développement de projet dans le sang.»
36 ans plus tard, c’est au tour du pimpant sexagénaire, 63 ans, de remettre son siège. «Non pas que j’en ai senti le besoin, ni même que j’en avais marre. Mais je m’étais dit qu’il faudrait lâcher si la bonne personne pour reprendre se présentait.» En l’occurrence, il l’avait sous la main: son bras droit Pascal Gonet, en charge depuis le 1er janvier (lire ci-contre).

Né pour la montagne
L’appel des cimes a toujours été plus fort que tout pour l’enfant de la Riviera au penchant de matheux. «Après le gymnase en scientifique, mon papa me voyait ingénieur, explique Guido Guidetti. Mais moi, je n’en avais que pour les sorties avec la section du Club alpin de Montreux, le ski, l’alpinisme et l’escalade.»
À peine son brevet de guide de montagne en poche, le voilà qui débarque à Villars, la station phare. Il veut s’y faire une place comme guide de montagne et prof de ski. «Toujours chez les Rouges (ndlr: l’École Suisse de Ski, par opposition aux Jaunes de la Villars Ski School). Normal, c’est Michel Dätwyler, le directeur de l’époque, qui m’a accueilli à Villars.»
Dès le début, le jeune guide, pas encore 25 ans, marque les esprits par sa précocité. Il se souvient d’avoir intégré très rapidement l’équipe de sauvetage. «Quand tu viens là comme guide, tu es vite confronté à l’accident, et donc à une certaine obligation morale de porter assistance. Par ailleurs, comme j’ai été un très mauvais militaire, j’ai compensé par cet autre engagement.»
Cette période de vie s’avèrera décidément très dense puisqu’il rencontre Carinne, jeune du Gros-de-Vaud venue postuler comme employée de commerce à l’Alpe des Chaux sur le conseil de son papa. La passion du voyage les unit et les voilà associés de l’agence Villars Expérience, qu’ils créent en 1987 et qui est toujours d’actualité. Elle permet au couple de vivre en partie d’une autre de leurs passions communes: la voile. «Je suis moniteur de plongée et skipper en mer. Nous organisons des croisières un peu partout: Caraïbes, Seychelles, Croatie, etc.»

300 sauvetages
L’homme aux 300 sauvetages, la plupart en hélicoptère (il est spécialiste en interventions par treuillage), a eu tout loisir de voir évoluer la pratique du sauvetage, tant sur le plan technique (il a volé sur cinq modèles d’hélicos différents) que sur le plan des mentalités. «Avant, une personne en difficulté essayait de s’en sortir toute seule, elle avait sa petite fierté. Tu partais et tu savais que tu devais te démerder pour rentrer, d’autant qu’il n’y avait pas de portables. Aujourd’hui, être secouru, c’est un droit: tu as une carte d’assurance, tu es en difficulté, tu appelles et voilà.»
Si elle a de bons côtés, la tendance «GoPro et réseaux sociaux» débouche sur passablement d’imprudence, à l’entendre. «On récupère des gens en Converse sur des chemins d’hiver ou des personnes trop peu expérimentées en pleine nuit dans le Miroir d’Argentine. La montagne s’est démocratisée et c’est très bien, sans compter qu’il y aura toujours une part de fatalité. Mais la grosse majorité des accidents pourrait être évitée. Tout ça a fait évoluer le sauvetage vers davantage de professionnalisme, même si nous sommes tous des bénévoles défrayés.»
Toutes les compétences du monde n’éviteront pas les accidents mortels en montagne. Guido Guidetti a connu plusieurs drames, dont certains qui laissent une cicatrice à l’âme plus importante que d’autres. «Je pense notamment aux deux ados qui avaient disparu au Meilleret (ndlr: en 1999) et que nous n’avons retrouvés qu’à la fonte des neiges, malgré un effort sans précédent et l’intervention de l’armée. Les jours après la disparition, t’as envie de donner des infos aux proches, pour la paix des familles, mais rien… On n’était pas bien.»

C’est quoi la retraite ?
Heureusement, fini les appels en pleine nuit et départs intempestifs au milieu d’une activité familiale. Vraiment? Quand on prononce le mot «retraite», le concept paraît assez vague pour cet hyperactif.
Non seulement Guido Guidetti dit «rester à disposition», mais il garde deux autres casquettes: responsable de formation du Secours alpin romand et président du Bureau des guides des Alpes vaudoises. Sans compter son agence de voyage. «En gros, je vais faire pareil qu’avant, mais en baissant un peu le rythme. Je vais enfin pouvoir descendre mon taux de travail à 100%», se marre-t-il.

Bio express:

1961 Naissance le 16 décembre. Grandit à Chardonne
1983 Patente de professeur de ski
1984 Brevet de guide de haute-montagne. S’installe à Villars
1985 Mariage avec Carinne
1988 Devient chef de la Colonne de secours
1989 Naissance de Kevin. Maël suivra en 1991.
1998 Nommé président de l’Office du tourisme de Gryon jusqu’en 2003
2015 Première des quatre formations de sauveteurs héliportés qu’il donne en Roumanie
2011 À 50 ans, il passe son Brevet de pilote d’avion privé en même temps que son fils Maël, âgé alors de 20 ans et aujourd’hui pilote chez Swiss
2021 À 60 ans, il atteint l’âge limite pour effectuer du sauvetage hélitreuillé. «Ça m’a fait bizarre…»
2022 Devient président du Bureau des guides des Alpes vaudoises
2024 Lâche son poste de chef de la Colonne de secours de Villars le 31 décembre

« Succéder à Guido est une fierté »

En tant que second depuis une dizaine d’années, Pascal Gonet paraissait un choix logique pour succéder à Guido Guidetti. Le voilà depuis le 1er janvier dans le fauteuil du chef de la Colonne de secours de Villars. C’est sur le parcours du Trophée du Muveran, où il est bénévole, que l’habitant d’Ollon (employé de la voirie et responsable du déneigement sur Villars) a rencontré son prédécesseur. «On discutait, il m’a demandé si j’étais d’accord d’intégrer l’équipe, ce que j’ai fait en 2004.» Ce père de famille (48 ans) qui a grandi à Crissier, mais qui est boyard d’adoption ne s’en cache pas: succéder à Guido Guidetti était un rêve. «Une fierté aussi. Guido est un personnage, c’est lui qui m’a formé. Après, c’est un stress aussi. Guido, tout le monde le connaît… Mais il sera là encore quelque temps pour m’épauler.» Papa d’un garçon de 19 ans, auquel s’ajoutent les trois enfants de sa compagne, Pascal Gonet sait combien son travail s’annonce exigeant. «Pour les familles, c’est compliqué d’avoir un sauveteur à la maison. D’autant que nous sommes tous bénévoles et que nous avons tous un travail. Mais la passion du sauvetage nous unit et je sais que je peux compter sur une équipe très compétente. À la Colonne de secours, on est une équipe de potes, il y a un esprit de famille.»