Des lieux prévus pour quand rien ne va plus

Appeler les secours même en cas de panne de réseau, c’est ce que permettent notamment ces Points de Rencontre Urgence.     | SSCM – A. Gilgen

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Au début du mois, les Vaudois et Vaudoises recevaient une brochure intitulée «Points de rencontre d’urgence». Audrey Zimmer, cheffe cantonale de la Protection de la population, explique l’utilité de ces endroits et les raisons d’une telle communication.

«En parcourant cette brochure, je me suis dit que ça faisait vraiment peur», raconte Sophie, une habitante de Blonay. «C’est un peu comme si le monde allait s’écrouler bientôt. Alors j’ai arrêté de lire et je l’ai reposée. Elle est toujours sur ma table…» À l’instar du reste de la population vaudoise, cette quinquagénaire a reçu début avril dans sa boîte aux lettres un prospectus émanant du Canton intitulé «Point de rencontre d’urgence (PRU)».

Réserves de secours, rappel des différents types de sirènes: la brochure comporte quelques éléments qui peuvent effectivement interpeller. «Nous avons eu quelques réactions de la part de citoyens inquiets», confirme Audrey Zimmer, cheffe de la division Protection de la population à l’État de Vaud. Qui rassure aussitôt: l’envoi de ce prospectus n’est pas signe d’un danger imminent. Aucun lien non plus avec la situation géopolitique tendue que l’on connaît actuellement. «Si l’on communique à présent, c’est que la mise en place des PRU est arrivée à son terme, nous passons en phase opérationnelle.»

Garantir les appels d’urgence

D’accord. Mais qu’est-ce qu’un Point de rencontre d’urgence, et à quoi ça sert au juste? «Il s’agit d’un lieu prédéterminé où la population peut se rendre en cas d’événement majeur, comme une panne d’électricité, une inondation ou un tremblement de terre», explique la responsable. Que ce soit dans une salle de gym ou un autre bâtiment, le choix de l’endroit est du ressort des autorités communales. «L’important est que ce lieu soit clairement indiqué – des oriflammes et une signalisation sont prévus à cet effet – et accessible à tout le monde et par tous les moyens.» 

En cas d’«activation», le PRU doit servir de premier refuge à la population. «Ce n’est pas un hébergement d’urgence à proprement parler, précise Audrey Zimmer, mais cela permet d’accueillir des citoyens en attendant de trouver des solutions.» Les habitants pourront surtout y recevoir des informations. Ou être ravitaillés dans certaines situations, si l’on pense à une pollution d’eau. Enfin, chaque point de rencontre est équipé d’une radio Polycom, le moyen de communication habituellement utilisé par les services de secours. «Dans le cas où les réseaux de téléphonie ne fonctionnent plus, la population peut se rendre au PRU pour contacter la police, les pompiers ou l’ambulance en cas de nécessité.»

Face à la menace de pénurie

Pouvoir communiquer en toute situation: c’est bien l’idée qui sous-tend la création de ces permanences locales, dont l’origine remonte à l’hiver 2022-2023, une période où il était fortement question d’un risque de «black out». Avant ça, une impulsion était déjà venue de la Confédération. 

«Nous avons dû mettre la vitesse supérieure pour pallier une éventuelle pénurie électrique», explique Audrey Zimmer. Depuis, le déploiement des PRU s’est poursuivi dans tout le canton. «Il y en a plus de 300.» À ce jour, deux  d’entre eux seulement ont dû être activés, c’était à Blonay-Saint-Légier lors de la panne du réseau Swisscom (voir encadré).

Près d’une quarantaine de dangers identifiés

L’an dernier, une nouvelle analyse de risques a ciblé 37 dangers auxquels la population vaudoise pourrait être confrontée, et qui peuvent nécessiter l’activation de ces points de rencontre par les autorités cantonales ou communales.  Des menaces classées en trois catégories: les dangers naturels, les dangers techniques – comme les pannes d’électricité ou les accidents de transports de marchandises – et enfin les dangers dits «sociétaux» comme les coups de folie meurtrière, les épidémies, les cyberattaques ou encore les afflux de personnes en quête de protection.

Et la menace d’un conflit armé dans tout ça? «Dans un tel cas, l’impulsion relèverait directement de la Confédération», répond Audrey Zimmer. Tout comme les accidents et attaques nucléaires. Autant d’événements qui nécessiteraient que la population gagne les abris de protection civile. 

Vigilance toujours de mise

Pour revenir au risque de pénurie d’électricité, ce dernier n’est toujours pas écarté. «Notre pays n’est pas autonome puisqu’il est toujours dépendant de l’importation. Sans compter que notre consommation de courant est croissante», dit la responsable cantonale. 

Une épée de Damoclès qui nécessite une surveillance attentive avant chaque hiver. «Nous mettons en place une veille active à partir du mois de septembre. Elle est assurée par notre cellule de renseignement qui suit,  aiddée d’experts, les différents indicateurs. Cette cellule est d’ailleurs aussi chargée de surveiller l’arrivée des vagues de chaleur. Une veille hebdomadaire que nous allons lancer dans un mois.» 

Ses montagnes, ses lacs, ses prés verdoyants: sous ses airs paisibles, la Suisse semble souvent être à l’abri de tout. «Nous ne sommes pourtant pas à un risque zéro, un événement peut arriver au moment où l’on s’y attend le moins», prévient Audrey Zimmer. Et parce qu’une population suisse avertie en vaut deux, la responsable cantonale recommande de télécharger l’application Alertswiss, par laquelle des informations et des alarmes peuvent être diffusées.    

www.vd.ch/protection-population

Audrey Zimmer: « On peut tenir trois jours sans boire »

L’envoi de cette brochure était également l’occasion de rappeler à la population l’importance d’avoir des «réserves de secours». Une recommandation qui n’est pas sans provoquer une certaine suspicion. «Les gens se demandent s’il faut se préparer à un événement, s’il y a quelque chose qu’on ne leur dit pas», dit Audrey Zimmer. Mais selon elle, ça ne coûte pas grand-chose d’avoir neuf litres d’eau par personne dans sa cave, un minimum vital. «Une personne peut tenir trois jours sans boire, et 30 jours sans manger», souligne-t-elle. Une sensibilisation nécessaire afin de mieux faire face à d’éventuelles pénuries de vivres. «On l’a vu pendant la pandémie, les rayons ont été dévalisés durant les premiers jours.»

Test grandeur nature à Blonay-St-Légier

Le 10 juin 2024, la commune de Blonay-Saint-Légier était touchée par une panne du réseau Swisscom. Plus de téléphonie fixe et mobile, ni d’Internet pour les abonnés de l’opérateur. «C’est la première et unique fois jusqu’à présent que nous avons dû activer des Points de rencontre d’urgence», souligne Audrey Zimmer. Si durant deux jours ces permanences n’ont heureusement pas dû servir – aucun appel d’urgence n’a été passé – l’incident a permis de tester à l’échelle 1/1 la mise en place et le bon fonctionnement de PRU. «Tout s’est déroulé rapidement en collaboration avec la Commune, l’ASR et d’autres partenaires.»

Un PRU pour environ 5’000 habitants

À ce jour, il existe 302 points de rencontre d’urgence en terres vaudoises. «Un PRU doit pouvoir couvrir un bassin d’environ 5’000 habitants», explique Audrey Zimmer, qui indique que 100% de la population cantonale est couverte. Certaines villes comptent plusieurs PRU sur leur territoire, tout comme des villages se mettent ensemble pour avoir un point de rencontre commun.

En Valais aussi

Les PRU étant déployés dans de nombreux cantons, le Valais dispose également de son dispositif.
Plus d’informations ici: www.vs.ch/web/sscm/documentation

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