À Blonay-Chamby, les locomotives à vapeur ne sont pas que des pièces de musée

Les trains du Blonay-Chamby traversent le viaduc de la Baye de Clarens, un ouvrage en pierres de taille à six arches long de 78 mètres et surplombant de 25 mètres le torrent.  | L. De Senarclens – 24 heures

Sur les rails
Sur les hauts de la Riviera, un petit train relie le village de Blonay au hameau de Chamby depuis plus de 50 ans. Cette ligne touristique de près de 3km attire de nombreuses familles les week-ends à la belle saison. Reportage.

Le coup de sifflet s’entend loin à la ronde «tchou-houuu-ouuuuuuu!», une signature reconnaissable entre toutes dans la région. Puis le bruit du roulement prend progressivement le dessus. La «Todtnau 105» de Karlsruhe fait son entrée avec prestance dans la petite gare de Blonay en faisant crisser ses rouages. De quoi concurrencer les trains modernes des MVR (Montreux-Vevey-Riviera) qui assurent la liaison Vevey-Les Pléiades, juste à-côté.

Ni une ni deux, les visiteurs dégainent leurs téléphones portables pour capter l’instant. Il faut faire vite, le nuage de vapeur projeté dans les airs par cette locomotive de 1918 grandit rapidement. Sur les quais, l’heure de départ est arrêtée à 11h10 et le petit panneau suspendu sous l’horloge souhaite une belle journée aux passagers. Ils sont plusieurs grappes à avoir choisi de tenter l’aventure Blonay-Chamby en ce dimanche matin de juillet. Et bien leur en a pris car les gros orages du matin ont laissé place à un soleil éclatant. 

«Cette fraîcheur c’est plutôt bon signe, on a de la chance. Quand il faut trop chaud, les touristes préfèrent aller se baigner ou alors aller randonner en montagne», souligne Sébastien Hug, l’un des cheminots de la coopérative du Chemin de fer-Musée Blonay-Chamby. 

Fumée, lac et montagnes

Cette société active depuis 1968, composée uniquement de bénévoles, accueille près de 30’000 visiteurs à l’année. Dont 80% de suisses et 20% d’étrangers, principalement d’Europe. 

Ce qu’ils viennent voir avant tout, ce sont ces monstres à vapeur capables d’avaler les 2,9 km de la ligne en une quinzaine de minutes. La société en compte quatre, ainsi que quelques tramways électriques qui assurent également les cadences, mais qui sont évidemment moins prisés. 

«Elles sont toutefois privilégiées en période de forte sécheresse, nous informe son responsable communication Alain Candellero. Les grosses à vapeur peuvent parfois cracher des escarbilles de charbon – des fragments incomplètement brûlés – qui peuvent provoquer des départs de feu. On prévoit toujours une motopompe qui suit le convoi, mais quand le risque d’incendie est de degré 4, il est hors de question de rouler avec ces machines, c’est trop dangereux.»

Heureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Et les touristes embarquent dans les anciennes voitures et leurs bancs en bois. Les anciennes inscriptions «trains fumeurs» prêtent à sourire. Dans l’habitacle, on entend du français, de l’anglais de l’allemand. 

Ce couple de parisien vient par exemple pour la première fois en Suisse. Alors qu’ils viennent de se filmer avec le Léman et le Grammont en arrière-fond, Oumaima et Abderrahim, tous deux 28 ans, ne peuvent cacher leur enthousiasme. «On a vu une vidéo sur les réseaux sociaux, ça nous a donné envie. Après Genève hier et Vevey ce matin, c’est une belle façon de terminer notre week-end». 

Dans le compartiment suivant, une famille originaire d’Australie, dont les grands-parents habitent à l’autre bout du lac: «C’est une première ici pour notre fils et notre petit-fils qui vivent au Kenya, relève Kim Riddell. Ce sont des mordus de trains à vapeur, tout comme mon mari. On a déjà visité un musée de la sorte dans leur pays, mais ici, ce qui est super, c’est que ces trains roulent!» Pas le temps de prolonger la discussion, le convoi arrive à la gare de Chamby. Les touristes prennent encore quelques clichés, avant de repartir direction le musée.

Mission préservation

Arrivé à destination, c’est le président de la coopérative qui nous accueille. Laurent Tschannen nous mène rapidement dans l’atelier pour nous montrer les géants d’acier en cours de rénovation ou de maintenance. «Quand on a un moindre doute sur un souci technique, on sort le matériel roulant de l’exploitation», précise ce Martignerain également spécialiste en maintenance ferroviaire aux TMR (Transports Martigny et Régions).

Le Chemin de fer-Musée Blonay-Chamby a en effet la chance de disposer de suffisamment de trains pour pouvoir se le permettre. «Notre rôle est d’essayer de sauver ces locomotives d’un autre temps tout en conservant leurs caractéristiques d’origine. En ce moment, on est sur la numéro 6 depuis 2019. C’est un gros chantier. Certaines pièces doivent être refaites à neuf, mais l’avantage c’est que tout se fabrique! On peut aussi compter sur plusieurs entreprises pour l’usinage ainsi que sur les HEIG de Sion et d’Yverdon pour les plans.» Mais sans soutiens financiers, il serait impossible de mener à bien cette mission. Le budget annuel de 450’000 francs n’est parfois pas suffisant, certaines révisions totales pouvant dépasser le million. Heureusement la coopérative peut compter sur différentes subventions, ainsi que sur des aides privées régulières.

Fourmilière de passionnés

Au total, ce ne sont pas moins de 120 membres actifs qui font tourner à tour de rôle le «Blonay-Chamby» les week-ends de début mai à fin octobre. Machinistes, conducteurs, vendeurs au guichet, chef de la circulation, contrôleurs, certains d’entre eux sont même multitâches. On retrouve d’ailleurs le mécanicien Laurent Cochard ainsi que le chauffeur Dominique Gärtner et son fils pour le retour.

La locomotive lancée, la température de la cabine affiche les 50 degrés! «C’est chaud, c’est sûr, et les journées sont parfois longues. Mais on aime ces machines par-dessus tout», confie Laurent. Alors que ce dernier gère la vitesse et a la main en permanence sur le frein, Dominique lui donne toutes les informations nécessaires lors du parcours. Il ne se ménage pas non plus lorsqu’il faut réapprovisionner le four de charbon. Les journées sont bien remplies pour ces bénévoles. Mais les efforts sont vite oubliés à l’arrivée à Blonay. Les sourires des prochains groupes leur donnent un vrai coup de fouet. Le temps de manœuvrer pour remettre le convoi dans le bon sens, et c’est reparti!

Info pratiques

Les trains du Chemin de fer-musée Blonay-Chamby circulent les samedis et dimanches du 3 mai au 26 octobre 2025, avec des départs réguliers entre 10h10 et 17h10 de la gare de Blonay. Pour les trains uniquement à vapeur: les samedis à 14h05, 15h25 et 17h10, les dimanches à 11h10, 14h05, 15h25 et 17h10.

La carte journalière et l’entrée au musée coûtent 24 francs pour les adultes et 10 francs pour les enfants. Vous pouvez uniquement les acheter au guichet à Blonay, à l’exception des groupes (+10 personnes) qui peuvent le faire en ligne (reservation@blonay-chamby.ch). Un forfait famille est disponible à 58 francs, pour deux adultes et leurs enfants de 6 à 16 ans.

Il est conseillé d’arriver au minimum 10 minutes avant l’heure de départ.

Pour plus d’informations:
blonay-chamby.ch / ou info@blonay-chamby.ch

"Notre rôle est d’essayer de sauver ces locomotives d’un autre temps tout en conservant leurs caractéristiques d’origine”

Laurent Tschannen
Président de la société coopérative

Les trois incontournables

La balade
Si vous souhaitez varier les plaisirs et rentrer à Blonay en randonnée, il est possible de le faire en une petite heure entre route et sentiers forestiers. En prenant le petit chemin derrière le musée, vous rejoignez puis traversez la voie une première fois, le home de Joli-Bois face à vous. Longez ensuite la route jusqu’à l’arrêt de Cornaux et vous retraversez la voir. C’est parti pour une petite grimpette jusqu’au Scex-que -Plliau, autrement appelée la roche qui pleure. En pleine été, elle est assez sèche, mais ce n’est pas grave, vous avez au moins fait le plus difficile. Désormais, ne vous reste plus qu’à poursuivre votre chemin jusqu’à Blonay. Vous traversez tout d’abord un petit pont qui enjambe la Baye de Clarens, avant de remonter direction le restaurant du Signal. Attention aux racines dans la forêt. Une fois sorti de cette dernière, ne vous reste plus qu’à redescendre tranquillement en direction de Blonay afin de rejoindre la gare.

Les trois incontournables

La pause gourmande
Le chemin de fer, ça creuse. Vous aurez l’occasion de prendre une petite pause au Buffet de la gare avant le retour. On y retrouve une carte estivale proposant salades, planchettes et sandwiches. En restauration chaude, ne manquez pas les roestis valaisans ou la croûte au fromage. Les gourmands gouteront certainement à la fondue moitié-moitié. Pour les desserts, vous avez à choix les glaces artisanales du cheminot Sébastien Hug, ou une tranche du cake du jour. Si vous avez vraiment faim, prenez la meringue double crème. Si vous souhaitez manger ailleurs, la boulangerie «Au Croustillant», à la gare de Chernex, est à 20 minutes à pied depuis le musée. Les gérants Christine et Patrick Mansiat y proposent croissants au jambon, sandwiches à l’effilochée de porc ou poulet-guacamole, ainsi que délices et taillés. On y trouve également des desserts de saison avec des tartelettes aux framboises, pêches, abricots, pruneaux, ou encore des éclairs. Si vous préférez vous attabler à une table de restaurant, «Le Montagnard», au Vallon de Villard, est à 50 minutes de marche. Blaise Corminboeuf et Mathieu Balsiger y servent tous les samedis des poulets rôtis à la broche avec des frites allumettes. Le dimanche, c’est au tour du rôti de porc avec frites-roesti et légumes du marché. Pour le dessert, le pain perdu est la signature de la maison.

Les trois incontournables

Le musée historique
Au cœur de la journée, vous aurez l’opportunité de découvrir près de 80 véhicules au sein du musée du Blonay-Chamby. Ces locomotives et voitures à voie métrique ont été construites entre 1870 et 1940. Cette collection est reconnue comme l’une des plus représentatives d’Europe. L’une des immanquables: la BFD 3 (Brig-Furka-Disentis) de 1913. Elle en impose avec ses 42 tonnes et sa carrosserie d’un noir éclatant. Vous y trouverez aussi d’autres voitures historiques comme celles des lignes Montreux-Gstaad ou Bex-Gryon-Villars.

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