
Philippe Randin croyait par-dessus tout au bien commun et rappelait encore récemment l’urgence de protéger le climat et la biodiversité.
| Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut
Regard pétillant, sourire en coin, casquette vissée sur la tête, franc-parler et toujours un mot d’humour au coin d’une phrase… c’est ainsi que beaucoup se souviendront de lui. «C’était un homme et un patron hors du commun», évoque, non sans émotion, Sophie Overney, qui a partagé avec lui une longue route professionnelle de 40 ans.
«À La Poste, en tant qu’administrateur, Philippe disait toujours <Moi, j’ai les épaules assez solides, c’est moi qui prends.> Il protégeait ses équipes, ne se laissait pas impressionner par les qu’en-dira-t-on et les y’a qu’à du bistrot. Il tendait la main dès qu’il le pouvait», poursuit la responsable administrative et RH du PNR Gruyère Pays-d’Enhaut.
Philippe Randin croyait au bien commun plus qu’aux étiquettes politiques. «Il avait cette capacité à mettre tout le monde à l’aise», raconte Florent Liardet, un des deux directeurs du Parc. «Nouvellement engagé à 27 ans pour mon premier emploi, j’étais impressionné par ces personnalités imposantes… Philippe, lui, a tout de suite su mettre tout le monde à l’aise.» Il se souvient aussi d’un homme qui savait encourager et reconnaître le travail des autres. «Lors d’une soirée que j’animais, il m’a dit: <Tu as un talent d’orateur digne d’un Pierre-Yves Maillard!> Lui avait un langage du cœur, pas de discours ampoulé, mais des mots qui touchaient.» Et d’ajouter: «C’était un vrai leader, une locomotive, mais sans en avoir l’air.»
En véritable visionnaire, convaincu de l’urgence écologique dès le début des années 2000, Philippe Randin a porté le projet du Parc vaille que vaille, avec constance et confiance, jusqu’à fédérer 17 Communes et trois Cantons.
Un marcheur qui ouvrait les chemins
François Margot, ancien coordinateur du Parc, rappelle dans son hommage publié dans le Journal du Pays-d’Enhaut qu’il était «notre Montaigne, catholique parmi les protestants, socialiste parmi les conservateurs, Philippe a toujours privilégié le dialogue et la rencontre».
Municipal à Château-d’Œx de 1992 à 2011 et député de 1998 à 2017, il s’est engagé aussi sur tous les fronts: santé, culture, agriculture, économie locale. En témoignent ses actions concrètes en faveur du Musée du Pays-d’Enhaut, du cinéma de Château-d’Œx, des remontées mécaniques, de l’agriculture et de l’économie alpestre avec les téléphériques d’alpage de L’Etivaz.
Partout, il laissait son empreinte. Même dans la maladie, Philippe Randin est resté fidèle à lui-même. Dans son dernier rapport de président, il rappelait «l’urgence du climat, de la biodiversité et de retrouver le sens du commun». Sans alarmisme, mais avec lucidité. Les responsables du Parc résument ainsi son héritage: «Il laisse une manière d’être au monde, d’en prendre soin, d’y chercher la beauté et la justice à parts égales.» Pour ceux qui ont croisé sa route, Philippe Randin restera un marcheur qui ouvrait les chemins du possible.
Jusqu’à la fin, il a incarné avec panache cette «résistance vivante» qu’il prônait, livrant encore un ultime message héroïque de combat en faveur du Pôle Santé du Pays-d’Enhaut et de son hôpital, à la suite des récentes décisions du Conseil d’État. En témoigne la vidéo publiée la veille de son décès par le Dr. Klaus Schustereder, dans laquelle il confiait: «J’ai beaucoup aimé vivre depuis 40 ans dans cette région, et j’y ai rencontré de belles personnes. Poursuivons l’effort au maximum. Merci.»
