
Après avoir été remontée et neutralisée par les démineurs – elle en porte les traces – l’épave a été ramenée au port de la Pichette |R. Brousoz
Elle ne sera pas restée longtemps au fond de l’eau. Trois jours seulement après l’amerrissage en urgence d’un petit avion de tourisme au large de Corseaux, la carlingue de l’appareil a été repêchée vendredi dernier. Une opération délicate chapeautée par le Service suisse d’enquête de sécurité, en coordination avec la brigade lacustre de la Police cantonale vaudoise.
L’épave d’environ 600 kg, qui gisait à une trentaine de mètres de profondeur, a été remontée à l’aide d’un treuil. C’est une barge équipée d’une grue qui a été utilisée. «Des cordages ont été fixés sur l’avion, qui repose légèrement dans la vase, a expliqué avant l’intervention David Guisolan, porte-parole de la Police cantonale vaudoise. Deux plongeurs de la brigade lacustre descendent ensuite pour aller accrocher le câble de treuillage.»
Des cartouches explosives
Une grosse incertitude entourait la manœuvre: le parachute balistique de l’appareil. Un dispositif qui permet de «parachuter» l’aéronef et ses occupants en cas de problème, mais qui n’a pas été utilisé lors de l’incident. «Une fois la carlingue sortie, nos spécialistes du déminage devront examiner l’état des deux cartouches, qui contiennent chacune environ 100 g de produit pyrotechnique, avant de les désamorcer.»
L’opération se déroulait devant une foule de baigneurs, allongés sur les galets de la plage de la Grotte. Les quelques paddles et bateaux de plaisance s’approchant de la barge étaient tenus à distance par un canot de la police. Avant le treuillage de l’épave, les pompiers ont mis en place un cordon flottant, afin de circonscrire une éventuelle fuite d’hydrocarbure. «Lors de l’amerrissage, le réservoir contenait environ 25 litres de carburant», précise Philippe Manuel, chef de l’aérodrome de Bex, venu assister à la scène.
Une quarantaine de minutes
À 15h19, au moyen d’un haut-parleur, la police a demandé aux plaisanciers de quitter la zone. Le treuillage à proprement parler a alors commencé, entrecoupé par des pauses et les instructions criées par les intervenants. Vers 16h, l’avion a enfin commencé à émerger, 72 heures exactement après sa chute.
Malgré les risques de morcellement, l’appareil a été sorti visiblement intact, avant d’être déposé sur la plateforme. «La manœuvre a pris du temps, poursuit David Guisolan, car il s’agissait de le sortir à l’horizontale. Il a fallu ajouter des cordages au niveau du moteur.»
Grosse déflagration
Concernant le risque d’explosion, aucune détonation n’a été entendue lors de la manœuvre. «Par précaution, l’avion a tout de suite été arrimé, afin d’éviter qu’il ne retombe à l’eau si le parachute devait se déclencher. Mais finalement, les démineurs ont découvert que les cartouches étaient inertes.»
La barge s’est ensuite éloignée au large, pour que les explosifs soient neutralisés. «C’est le même type de procédure que lorsque vous trouvez un colis suspect», compare David Guisolan. La grosse déflagration liée à cette phase s’est fait entendre à 17h09. L’appareil a été acheminé jusqu’au dépôt Sagrave de la Pichette, avant d’être chargé sur un camion. Il sera entreposé pour les besoins de l’enquête.
Passagers de l’avion sains et saufs
L’avion, un ultraléger motorisé ICP Savannah S, avait décollé de Bex mardi dernier en fin de matinée. Il était sur la route du retour lorsque, pour une raison que l’enquête devra déterminer, il a perdu de l’altitude en survolant le Léman. Vers 15h55, le pilote a alors entrepris un spectaculaire amerrissage non loin du rivage qui borde le port de la Pichette, côté Vevey. En touchant l’eau, l’aéronef s’est retourné avant de couler progressivement.
Ce Vaudois de 62 ans et sa passagère, une Belge de 31 ans – légèrement blessés – ont pu s’extraire de la carlingue avant d’être secourus par un plaisancier. Aucun autre blessé n’est à déplorer.
Plongeurs pincés le soir même
Si l’incident a marqué l’esprit du public, il a aussi piqué la curiosité – voire la cupidité? – de certains aventuriers subaquatiques. Selon nos informations, deux plongeurs ont été surpris dans les parages de l’épave, le soir même du crash, aux alentours de 1h du matin.
Même si ces derniers ne faisaient rien d’illégal, «les gendarmes qui patrouillaient dans le secteur les ont identifiés et leur ont demandé d’éviter le site», confirme David Guisolan. Une consigne que la police a souhaité faire entendre à tous les plaisanciers et usagers du lac, afin de «garantir le bon déroulement du repêchage de la carlingue». Des affiches avaient même été placardées aux alentours de la plage.
