
En cas d’accident de travail, les forestiers-bûcherons doivent connaître les bons réflexes et savoir coordonner les différents secours, autant terrestres qu’aériens. | L. Menétrey
«Ah ma jambe! J’ai mal, aidez-moi!» Ces cris résonnent dans la forêt des Grésaleys, en contrebas du col de Jaman, ce jeudi 28 août. Un tronc écrase les jambes d’un jeune bûcheron, cloué au sol, incapable de bouger. Cette scène a tout l’air d’être réelle, pourtant elle est fictive. C’est une simulation à laquelle les employés forestiers de la Commune de Montreux prennent part pour exercer les bons réflexes en cas d’accident. Ils doivent savoir réagir efficacement et collaborer avec les secours terrestres et aériens.
Un scénario loin d’être improbable puisque la Suva déplore chaque année près de 1’700 accidents professionnels dans les exploitations forestières suisses. La profession figure parmi les plus dangereuses, avec plus de 30 accidents mortels recensés au cours de ces 10 dernières années. En 2024, la Rega est intervenue auprès de 67 victimes d’accidents dans les bois.
Ils sont aujourd’hui 18 professionnels montreusiens – dont 4 apprentis – réunis aux Grésaleys pour suivre cette formation encadrée par le Centre de formation professionnelle forestière (CFPF) du canton. Après une matinée théorique, l’heure est à la pratique.
Terrain à risque
La simulation se déroule sur un versant particulièrement pentu, rendu glissant par la pluie. Quatre d’entre eux jouent les figurants, les autres observent. L’un d’eux gît au sol, devenu entretemps inconscient. Pour ses collègues Maxime et Chloé, chaque minute compte. Alors que Maxime tente en vain de soulever le tronc, Chloé, sans radio, grimpe vers la route pour essayer tant bien que mal de trouver du réseau et joindre la Rega.
Que faire en attendant les secours? Le formateur du jour Éric Locatelli, maître d’enseignement au CFPF, informe les participants: «Trois mots clés: caler, soulager et dégager.»
Unir les forces
Quinze minutes plus tard, un bruit sourd fend le silence de la forêt: celui de l’hélicoptère de la Rega. Ses rotors soulèvent une forte bourrasque. Mais au vu de l’épaisseur de la canopée, tout atterrissage est impossible. La médecin, Perrine Truong est alors treuillée au sol plus loin. Accompagnée d’un spécialiste secours hélicoptère, elle rejoint la zone d’accident d’un pas sûr. Quelques minutes plus tard, les ambulanciers interviennent à leur tour.
Après un premier examen du blessé, toujours coincé sous le tronc, les premiers gestes sont effectués et des médicaments administrés. «Patient atteint de traumatisme crânien, blessé à la jambe, avec une pression artérielle basse, une fréquence cardiaque haute», annonce la médecin de la Rega. Ni une ni deux, les professionnels de la santé unissent leurs forces pour placer le blessé fictif sur la civière. C’est alors au tour du Secours alpin d’intervenir pour sécuriser la remontée du patient sur la civière jusqu’à la route.
L’exercice se termine avec le transfert du patient dans l’ambulance, puis direction l’hélicoptère. Satisfait de l’intervention des participants, Éric Locatelli insiste sur l’importance de cette formation. «Les autorités ne mesurent pas toujours la réalité du terrain. Elles repoussent parfois ces exercices à cause de leur coût. Pourtant, ils devraient être une priorité», souligne-t-il. La journée se conclut par un débriefing collectif, l’occasion de revenir sur les bons réflexes adoptés et ceux à améliorer. Car dans ce métier, chaque geste peut faire la différence.
