
Donner envie de s’engager: une mission endossée par Sébastien Kessler, Martine Gagnebin, Karine Suni, Valérie Zonca, Olivier Müller, Séverine Evéquoz, Marion Houriet et Cloé Pointet (de g. à d.). | N. Desarzens
«Je me suis lancée il y a cinq ans, sans grande expérience politique. J’ai vécu mon premier débat télévisé, et reçu les premières remarques sur mon physique. Car oui, j’aime porter des jupes. Ce n’est pas facile, mais on apprend, déclare Laurie Willommet. La politique, c’est heureusement aussi beaucoup de plaisir!» En ce début d’octobre, l’enthousiasme de la municipale socialiste veveysanne contamine l’assemblée présente ce soir-là.
Car c’est devant une trentaine de personnes que la trentenaire s’est exprimée, afin de parler de son expérience personnelle. Une manière informelle de donner envie aux vocations émergentes. Une prise de parole significative, dans un contexte où les femmes sont sous-représentées dans les Municipalités et Conseils communaux.
«Cela ne sert à rien de râler dans son coin. Il faut venir en discuter collectivement pour que cela devienne constructif.» Ces mots de Martine Gagnebin, présidente de l’Association vaudoise pour les droits de la femme et membre de «Politiciennes.ch», ont terminé de mettre tout le monde à l’aise.
Promouvoir la politique locale
Les différents partis sont actuellement en plein brassage interne, afin de finaliser la liste de leurs futurs papables pour les élections communales du 8 mars 2026. Une période propice pour les inciter à injecter du sang neuf et à favoriser une diversité de profils.
Avec les élections communales en ligne de mire, «Ça y est» – démarche portée par l’Association «Politiciennes.ch» – entend «faire découvrir le système de milice, et encourager les citoyennes et citoyens à s’engager au niveau local», explique sa présidente et co-fondatrice Séverine Evéquoz.
Outre l’engagement au féminin, ce sont aussi les autres minorités qui sont particulièrement visées et encouragées par cette initiative. Selon les chiffres de 2020, plus de 90’000 personnes d’origine étrangère peuvent voter, élire et être élues sur le plan communal dans le canton de Vaud. «On sait que les personnes déjà politisées ont plus de chances de faire de la politique à l’avenir, souligne-t-elle. Notre objectif est de trouver des personnes hors du sérail, car la diversité rend les décisions plus robustes.»
Si cette association cherche à encourager l’engagement politique de tout un chacun, elle tente surtout d’inciter les femmes à passer à l’action. «Les jeunes femmes ont moins de figures d’identification dans la politique locale, rendant leur motivation à s’engager elles-mêmes plus faible, ce qui renforce d’autant plus leur sous-représentation», explique cette ancienne présidente écologiste du Grand Conseil.
Encore loin de la parité
Malgré des progrès enregistrés en Suisse depuis 2009, la parité est encore loin d’être atteinte. Selon les données des dix Cantons participants à PROMO Femina entre 2019 et 2025 – un projet qui vise à encourager les femmes à s’engager en politique dans leurs Communes –, environ 28% des sièges des Exécutifs communaux, et respectivement 35% des Législatifs, sont actuellement occupés par des femmes.
Une sous-représentation notamment due à un manque de candidatures, «alors que la part des femmes dans la population est de 50,3%», relève la cheffe du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH) Maribel Rodriguez. Pour cette dernière, il est crucial de susciter plus de vocations féminines, «afin d’avoir une plus large représentativité de l’ensemble de la population».
Un constat «préoccupant» pour notre système de milice, selon la co-responsable de PROMO Femina Ruth Nieffer. «Il existe toutefois un potentiel <inexploité> de personnes éligibles qui pourraient contribuer à réduire cette pénurie, notamment les femmes, mais aussi les jeunes.»
Si les Conseils municipaux sont majoritairement masculins, les citoyennes se sentent par conséquent moins représentées. «L’absence de femmes dans les instances décisionnelles envoie le message que la politique est <une affaire d’hommes>, enchaîne cette enseignante à la Haute école spécialisée des Grisons. Cela reproduit les stéréotypes de genre et freine le changement social.»
À qui la faute? D’un côté, les partis politiques portent une part importante de responsabilité, car ils peuvent supprimer les obstacles internes, offrir des aides et créer des conditions-cadres. «Mais le manque de femmes est également le résultat des structures sociales globales et des préférences individuelles, nuance Ruth Nieffer. Il serait donc réducteur de rendre les partis politiques seuls responsables.»
