Les alpages du Pays-d’Enhaut encartés dans une BD
Parue cette automne, la bande dessinée de Colin Montet raconte la vie d’une famille en alpage. Il y entremêle la fabrication de fromage et une intrigue romanesque | C. Montet
Sur l’alpage de La Molaire, l’heure est à la désalpe. Tom et sa sœur Lizette ont préparé les coiffes fleuries des vaches. Leur père, «Le Seb», conduit le troupeau aux côtés de leur mère Anna. Ensemble, ils redescendent vers la vallée. Cette scène traditionnelle ouvre le récit de l’auteur et dessinateur Colin Montet, «Au pays de L’Étivaz».
Cette région, le natif de Château d’Œx la connaît bien. «J’ai grandi au Col des Mosses. Enfant, j’avais des amis qui montaient à l’alpage avec leurs familles. Plus que le fromage, c’est la montagne et la géographie de la région qui m’ont marqué. Sans télévision, je passais mon temps à lire et dessiner ce décor familier», se souvient le trentenaire, également graphiste indépendant.
Une fiction au cœur du terroir
C’est sur les conseils de l’auteur Cosey que Colin Montet a choisi de situer son histoire dans le Pays-d’Enhaut. «Il m’a expliqué que l’on dessine plus facilement ce que l’on aime et ce que l’on connaît. J’ai immédiatement pensé à L’Étivaz, d’autant plus que je travaille depuis plusieurs années comme graphiste pour la coopérative des producteurs. Je connais bien le terroir, ainsi que les personnes qui travaillent directement sur le terrain», explique l’auteur installé aujourd’hui à Ollon.
Pour autant, Tom, Lizette, Sébastien et Anna, ainsi que les autres personnages de la bande dessinée, sont entièrement fictifs. Il en va de même pour l’intrigue: la famille doit quitter l’alpage, parce que le propriétaire souhaite transformer le chalet en buvette. «Cette situation peut survenir lorsque des producteurs ne sont pas propriétaires du chalet qu’ils occupent. J’ai connu des familles pour qui devoir quitter leur alpage a été très difficile, tant elles aimaient cette vie», détaille Colin Montet.
Dans la bande dessinée, il reprend donc cette tension comme ressort dramatique, mais dans la réalité, ces alpages appartiennent à Pro Natura. Les producteurs ne risquent donc pas d’être délogés.
Raconter la vie de l’alpage à travers une famille tenait à cœur au dessinateur, car la majorité des producteurs de fromage dans cette région sont des familles qui ont repris l’activité de leurs parents ou grands-parents. Le ton humoristique et léger de la bande dessinée lui permet toutefois de grossir le trait et de souligner les contrastes entre les personnages.
«Si quelqu’un est fâché, je le montre très fâché, décrit le bédéiste. Je voulais refléter les caractères des habitants de ces régions, souvent très entiers, que ce soit dans leurs joies ou dans leurs peines.»
Respect du savoir-faire fromager
En revanche, il était hors de question de prendre des libertés avec la fabrication du fromage d’alpage L’Étivaz AOP. Pour restituer au mieux la réalité des gestes et du processus de production, Colin Montet s’est appuyé sur de nombreuses images de référence. «J’ai particulièrement aimé dessiner la scène où ils retirent le caillé du chaudron, confie-t-il. Dans certains détails, il y a deux ou trois éléments où je ne suis pas tout à fait précis par rapport à la vie quotidienne des producteurs, comme la presse à fromage qui n’est pas exactement la même.»
Un des objectifs de cette histoire, voire le défi pour l’auteur, était de faire connaître ce patrimoine du Pays-d’Enhaut à travers L’Étivaz AOP, sans en faire un livre scolaire avec des informations techniques à chaque page. Les renseignements sont distillés tout au long de l’histoire, notamment sur la fabrication et l’affinage. Un cahier didactique à la fin de l’ouvrage permet de préciser certains éléments pour ceux qui souhaitent en savoir davantage.
Une démarche documentaire
La recherche documentaire a également été essentielle pour dessiner les paysages. Comme il s’agit de lieux réels, Colin Montet s’est rendu à plusieurs reprises dans les alpages de La Molaire et de Seron. «Pour la ferme où la famille passe l’hiver, je suis vraiment allé chez les gens. Ils ont eu la gentillesse de me laisser prendre des photos», raconte-t-il.
Toutes les planches d’«Au pays de L’Étivaz» ont été réalisées sur papier, tandis que les couleurs ont été ajoutées à l’ordinateur. «Il était important que ce travail soit fait à la main, car je dessine des artisans qui travaillent avec leurs mains au quotidien. C’était ma manière de leur rendre hommage en réalisant, moi aussi, une partie du travail de la même façon.»








