
Jeudi dernier, l’audience du Tribunal cantonal a rassemblé une trentaine de personnes à La Veyre-Derrey, site qui déchaîne les passions depuis plusieurs années dans la région. | R. Brousoz
Il y avait du soleil, certes. Mais surtout, un vent glacial et un pré boueux parsemé de crottes de chiens. Le Tribunal cantonal n’a pas manqué de bravoure, jeudi dernier, lorsqu’il s’est rendu sur le vaste terrain de La Veyre-Derrey, non loin de la sortie autoroutière de Vevey.
Validé par les autorités politiques, le projet de zone d’activités – 600 emplois dans le secteur secondaire – qui doit y voir le jour fait toujours l’objet d’un bras de fer juridique. À la suite de deux recours déposés, son sort est actuellement dans la balance de la justice vaudoise.
Et c’est justement pour se faire une idée plus précise que la Cour présidée par le juge Alain Thévenaz a procédé à une inspection locale. L’occasion pour les différentes parties et leurs avocats de défendre leurs positions dans cet épineux dossier.
Du côté des détracteurs du projet, on a commencé par rappeler l’historique de ces parcelles – 40’000 m² au total – appartenant à la Ville de Vevey. Cette dernière les avait acquises en 1989 pour un montant de quelque 12 millions de francs avec l’idée d’y implanter des installations sportives. «Il y a eu un changement de vision un peu bricolé», estiment-ils.
Parmi les recourants figure Claude Chevalley, président d’honneur du Club veveysan de tennis (CVT) dont les courts bordent la zone en question. Problème selon lui: l’impact sur la vue qu’aurait la construction du parking de trois niveaux. «Des gens viennent de toute la Suisse pour jouer au tennis chez nous et profiter de ce cadre», a-t-il souligné. Selon lui, le projet compromettrait également le développement du padel souhaité par le club.
Le trafic, nœud du problème
À l’origine du deuxième recours, l’Association Transports et Environnement (ATE) a également rappelé ses arguments. Elle déplore une «planification qui repose sur un paradigme ancien du tout voiture». L’entité estime que le parking (437 places) qui doit accompagner la zone d’activités est surdimensionné et craint que cela n’attire davantage de véhicules dans le secteur. «Le besoin en stationnement n’est pas pensé pour répondre au report modal attendu au cours des prochaines années», a martelé Romain Pilloud, secrétaire de l’ATE Vaud.
«On ne peut pas le nier: ce site est déjà contraint en termes de mobilité», a répondu Matthieu Carrel, avocat de la Commune de Blonay-Saint-Légier. Selon lui, la création de cette zone d’activités représenterait une hausse de 3% du trafic. «Cela s’accompagnerait de mesures pour que ce soit minime et absorbable.»
Les partisans du projet en sont convaincus: la raison d’un trafic déjà chargé dans le secteur tient aussi dans le fait qu’il y a une «sous-capacité en matière de zones artisanales dans la région».
«Faute de place, plusieurs entreprises de la Riviera actives dans le secteur secondaire doivent se délocaliser en Veveyse, en Lavaux ou dans la plaine du Rhône», a exposé Bernard Schmid, directeur de Promove (Promotion économique Riviera-Lavaux-Oron). «Mais la plupart de leurs clients étant ici, elles se déplacent pour travailler, ce qui génère du trafic.»
De la place pour le sport
Représentant la Ville de Vevey, le municipal Pascal Molliat a quant à lui mis en lumière la situation des entreprises à l’étroit sur le territoire veveysan. «Le besoin de place est constant et pour nous la meilleure solution est qu’elles puissent s’implanter ici, à La Veyre-Derrey. Les espaces ainsi libérés au centre-ville permettront de réaliser de nouvelles infrastructures sportives.»
Il aura fallu une heure et demie au Tribunal cantonal pour entendre les différents arguments des parties. Reste à savoir combien de temps il lui faudra pour se prononcer sur ce dossier complexe, initié il y a déjà une décennie.
