«Chaque animal traverse l’hiver à sa manière, comme chacun de nous»

Virginia Markus et Bhutsy savourent un instant de calme et de complicité.  | Aleiko Studio

Frenières-sur-Bex
Pour cette reprise 2026, c’est l’autrice et militante antispéciste Virginia Markus, fondatrice du sanctuaire Co&xister, qui se prête au jeu du question-réponse.

C’est une fin de matinée claire et fraîche sur les hauteurs de Bex. Depuis six heures du matin, Virginia Markus est à pied d’œuvre pour prendre soin des animaux rescapés des abattoirs ou des laboratoires, accueillis dans ce havre de verdure. Loin de la région où elle a grandi, entre Lausanne et Lyon, la trentenaire a tout construit ici. Loin d’être vécu comme un isolement, son choix assumé est un ancrage.

Virgia Markus, que vous apprennent les animaux du sanctuaire sur la manière de traverser l’hiver?

Les animaux sont très différents les uns des autres. Les vaches et les moutons, par exemple, n’ont pas peur du froid et vivent bien l’hiver. Les cochons, en revanche, sont beaucoup plus ronchons. Ils ont du mal à sortir de leur nid, s’emmitouflent et ne sortent que pour manger ou faire leurs besoins. C’est très intéressant, car cela reflète notre société humaine, où chacun réagit différemment.

Parmi vos protégés, lequel traverse le mieux cette période de grand froid?

Je dirais la génisse Aïni. Depuis qu’elle est toute petite, dès qu’il y a de la neige, elle se couche dehors. Allez comprendre pourquoi! Pour moi, c’est vraiment elle qui traverse le mieux cette saison. Je pense qu’elle aime la sensation de la neige qui tombe sur sa peau.

Et vous, quels sont vos plaisirs hivernaux?

De finir plus tôt sur le terrain et de me coucher au rythme des animaux et de la lumière du jour. J’aime avoir des nuits d’au moins huit heures. Travailler dehors est un défi que j’adore, qui renforce le corps et le système immunitaire.

Que vous inspire cette saison?

De la rigueur. Gérer une quarantaine de grands animaux ne permet pas de faire les choses à moitié ni de remettre au lendemain. Tout ce que je néglige aujourd’hui devient trois fois plus problématique le lendemain. La principale leçon de l’hiver est de ne jamais remettre à demain ce qui peut être fait aujourd’hui.

Au fil de ces six années, quelles leçons ont été tirées de ces mois enneigés et verglacés?

Au début du sanctuaire, sans abreuvoir automatique, l’hiver signifiait des dizaines d’allers-retours avec des seaux d’eau, en s’en renversant souvent la moitié dessus. J’ai appris à anticiper et à adapter le terrain pour que la saison se déroule de manière plus fluide. Le fait de ne pas pouvoir tout contrôler, mais de devoir préparer au mieux son environnement, c’est un véritable enseignement de vie.

Quels sont vos projets pour 2026?

Dès le mois de janvier, je lance l’Académie Consentir, dédiée à la rééducation relationnelle et sexuelle des hommes.

C’est-à-dire?

Je m’adresse aux personnes qui n’ont pas forcément été en procès, mais qui savent qu’elles n’ont pas toujours bien agi dans leur intimité et qui souhaitent apprendre à déconstruire certains schémas et changer concrètement leur comportement. L’objectif est de les accompagner en dehors ou en parallèle d’un cadre judiciaire.

Est-ce un prolongement de votre action militante?

Dans toute lutte sociale, il me semble essentiel de co-construire des solutions avec ceux qu’on accuse de nuire, à condition qu’ils soient preneurs de la démarche. Je précise bien qu’il ne s’agit pas de convaincre ceux qui ne veulent pas changer, mais d’accompagner ceux qui souhaitent évoluer.

Que souhaitez-vous pour cette nouvelle année?

J’aimerais voir davantage d’empathie et de responsabilisation. Aujourd’hui, on a tendance à renvoyer la responsabilité sur les autres. Par exemple, les éleveurs disent que ce sont les consommateurs qui ne payent pas le juste prix, les consommateurs pointent le manque de choix ou de moyens, et les politiques invoquent la demande des consommateurs. Ce ricochet empêche l’action. Il est important de s’asseoir, de se regarder en face et de se demander: quelle est ma part dans tout ça? C’est pareil pour l’agriculture ou les violences faites aux femmes. Chacun a une part de responsabilité.

L’hiver c’est:
L’anticipation et l’adaptation.

Ce que j’adore en hiver:
Les nuits plus longues.

Ce que je déteste en hiver:
Le froid.

Mes résolutions pour l’année 2026:
Je n’en ai pas, parce que tout au long de l’année, et cela depuis 18 ans au moins, j’essaie de nuire le moins possible à ma santé et d’être le moins possible nuisible pour les autres. En 2026, je continue, c’est tout.

Parmi les douceurs de l’hiver: Un muffin au chocolat, 100% végétal et sans gluten, de la boulangerie mobile «Aux pains sans peines».

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