
«Adopté» par les Veveysans en 2008 alors qu’il lançait la «Station des Sens», Jean Bodivit (à dr.) s’apprête à tourner la page du Fork – la «fourchette» en anglais – ouvert en 2014. Son successeur Julien Richard proposera un nouveau concept. | R. Brousoz
«Ah, je me disais bien que je vous verrais pour l’entrecôte béarnaise!», lance Jean Bodivit à un couple entré pour un menu du jour. Le fondateur et patron de Ze Fork (la fourchette en anglais) connaît et chérit sa clientèle. Et cette dernière le lui rend bien. En douze ans d’existence, le restaurant niché sur les quais veveysans – en face de l’ustensile géant installé dans le Léman – est devenu une adresse emblématique de la Riviera.
Alors quand il a commencé à faire savoir qu’il allait bientôt remettre les clés de son établissement, les réactions n’ont pas manqué parmi ses fidèles. «Il y a eu un choc pour certains, de la tristesse, de la déception, de la curiosité aussi…», constate-t-il. D’autant que la fin approche à grands pas: Jean Bodivit et son équipe officieront jusqu’au 31 mars prochain. Le lendemain, l’établissement qui envoie une cinquantaine de couverts par service (jusqu’à 120 à la belle saison) entamera un tout nouveau chapitre.
Ralentir la cadence
«Pourquoi cette décision? Parce que j’ai perdu le mojo, lâche-t-il sans ambages. J’ai fait le tour de ce projet. 12 ans, c’est pas mal!» À bientôt 48 ans, l’habitant de Chardonne aspire aussi à ralentir un peu la machine, «prendre un rythme différent». Moins de frénésie, donc. Mais son quotidien gravitera toujours autour de la bonne chère et de la convivialité. Ce diplômé de l’École hôtelière de Lausanne s’apprête en effet à ouvrir une cave à fromages et à vins. Une nouvelle enseigne prévue à la rue du Simplon, en lieu et place de l’ancienne pharmacie de l’Hôtel de Ville.
Dans l’histoire du Fork, les bons souvenirs se comptent à la pelle. Ou à la fourchette plutôt. «Il y a eu tellement de chouettes moments», réfléchit le patron. Et d’égrener: «Les soirées à thème, autour de la truffe par exemple. Les joueurs de cor des Alpes venus sur la terrasse pour la naturalisation de mes parents. La Fête des Vignerons, bien sûr. Ou quand d’anciens employés sont descendus de Bretagne pour les 10 ans du restaurant!»
Car c’est aussi ça qui a fait la particularité de l’adresse veveysanne ouverte en 2014: l’ambiance toute familiale qui émane de son équipe. «Certains collaborateurs me sont fidèles depuis 10 ans», souligne le patron. Que vont d’ailleurs devenir les 19 employés de la maison? «Environ la moitié devraient poursuivre avec le nouvel exploitant.»
Paradis des viandards
L’avenir du lieu, parlons-en. «Mon idée était de proposer un concept et une identité qui feraient perdurer notre état d’esprit, expose Jean Bodivit. Je devais à ma clientèle de trouver quelque chose à la hauteur. Je ne pouvais pas envisager que ça devienne une énième pizzeria ou un nouveau resto à burgers.» Ce «sang neuf», il l’a trouvé en la personne de Julien Richard. Une rencontre qui s’est faite grâce au bouche-à-oreille. Ce dernier est à la tête d’un restaurant genevois affilié à une chaîne française qui met à l’honneur la viande et le terroir. «J’y ai retrouvé cette sincérité que j’ai toujours voulu promouvoir à Ze Fork», affirme Jean.
Son futur successeur, qui compte reproduire ici ce qu’il fait au bout du lac, évoque un coup de cœur pour l’endroit et pour le paysage. «Je suis venu me balader il y a une année, et j’ai tout de suite été convaincu», dit Julien Richard, désignant du menton le Grammont enneigé au loin. Deux semaines de travaux devraient être nécessaires pour métamorphoser le restaurant à l’image de sa nouvelle identité. «On espère rouvrir le 1er mai au plus tard.»
Moins de deux mois avant l’ultime service du Fork, Jean Bodivit se dit serein. «Ce qui me réjouit, c’est l’idée de pouvoir bientôt m’installer ici sur la terrasse et de me sentir bien. De pouvoir pleinement profiter en me disant: <c’est pas moi qui gère>. Être de l’autre côté du miroir, en quelque sorte.»
