
Daniel Cherix, membre de la task force Vaud de lutte contre le frelon asiatique. | DR
En 2025, près de 3’500 nids de frelons asiatiques ont été recensés en Suisse, dont 1’000 dans le canton de Vaud. La progression du cousin de notre frelon d’Europe, apparu dans notre pays en 2019 en provenance de France voisine déjà fortemnt colonisée, est fulgurante. L’envahisseur se nourrit de nos abeilles et pourrait menacer nos vignes, comme en Galice où des parcelles colonisées ont été abandonnées dans la province espagnole.
Jeudi dernier, Daniel Cherix, ex-conservateur du Musée cantonal de zoologie et membre de la task force Vaud pour contrer le nuisible, était de passage à Aigle pour une conférence aux membres du Cercle des sciences naturelles du Chablais.
Daniel Cherix, quel est l’état de la situation?
– Pour l’année 2025, on constate que les populations de frelons asiatiques ont quasi quintuplé dans le canton, de 230 à 1’000 nids recensés, quand bien même une majorité a été détruite par les apiculteurs et certaines entreprises. L’augmentation est spectaculaire! Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le travail d’éradication a été très bien fait, mais cela reste nettement insuffisant. 770 nids ont été détruits, mais cela en fait encore plus de 200 qui continuent leur colonisation… Il faut s’attendre à ce que les chiffres augmentent encore, nous sommes dans une phase ascensionnelle.
Mais y a-t-il un seuil maximum théorique?
– Il en existe un, que l’on situe autour des 15-20 nids au km². Là, on atteindrait un plateau. Dans 3 ans? 5? Dur à dire.
Et le Chablais dans tout ça?
– Figurez-vous que c’est une des seules bonnes nouvelles: le Chablais vaudois commence seulement à être colonisé, mais à des taux nettement inférieurs, et cela fait deux ans de suite que l’on arrive au même constat. Est-ce un facteur géographique? On sait que le frelon asiatique vole volontiers au-dessus du lac, mais il a besoin de coloniser par le sol. Le climat du Chablais lui est-il moins propice? On a recensé une petite vingtaine de nids de Villeneuve à Lavey. À Lausanne, on est à 10 nids au km²…
Y a-t-il encore un espoir de l’éradiquer?
– L’éradiquer, on peut oublier. L’espoir, c’est que les populations se stabilisent. Mais les apiculteurs vont devoir s’habituer à se protéger et les habitants à vivre avec. Et on ne parle pas d’une mouche qui se pose sur le fromage! On parle d’un risque sanitaire avéré, car beaucoup de gens sont allergiques au venin de ses piqûres. Dans les éléments positifs, on peut relever que 85% des 4’900 annonces de nids faites au Canton l’an dernier étaient correctes, ce qui signifie que le public commence à apprendre.
Néanmoins, comment le reconnaître?
– Il est beaucoup moins coloré que le nôtre. Il a juste une bande orange sur le dernier segment abdominal. Le nôtre porte du noir, du rouge et du jaune.
Que reste-t-il à faire pour le contenir?
– Il y a deux axes: la protection et la sensibilisation. Le plus important sera que les apiculteurs puissent protéger leurs ruches, tout en continuant à tester des nouveaux moyens de protection. Deuxième chose, les Communes doivent apprendre à réagir lorsque des nids sont observés dans des lieux stratégiques, comme les écoles, les salles de spectacle, etc. Une douzaine d’apiculteurs ont été formés pour la destruction des nids dans le canton de Vaud
Et les particuliers?
– Il faut qu’ils ouvrent les yeux, particulièrement vers mars-avril, lorsque les frelons asiatiques font leurs nids sous abri (avant-toit, cabanon de jardin, parfois haies). En deuxième partie d’année, ils les construisent au sommet des arbres et sont très difficiles à repérer sans outils de télémétrie. Lorsqu’un nid est repéré, on le signale sur la plateforme frelonasiatique.ch et l’information est transmise à des apiculteurs qui peuvent se charger de leur destruction ou désinfestateurs privés.
Vous dites que la Confédération a réagi très lentement et que ce sont les Cantons qui coordonnent. Quelle aide apporte Vaud?
– Le Canton finance du matériel pour la recherche de nids et pour le piégeage expérimental. Mais en ce qui concerne leur destruction, ce serait des coûts trop importants, et la facture revient aux propriétaires.
