
Patricia Lachat est de retour quelques jours à Villeneuve avant de retourner au Liban, où elle vit et s’active pour les démunis. Elle évoque des conditions terribles pour certains civils de Beyrouth. | K. Di Matteo
Swiss Lebanon est née en 2020 sur fond de crise économique au Liban et dans la foulée de la terrible explosion survenue dans le port de Beyrouth qui l’avait endeuillé et meurtri un peu plus encore. La Villeneuvoise Patricia Lachat, tout comme les autres co-fondateurs, n’imaginait pas alors que le pays de son cœur, celui aux cèdres millénaires, celui de son mari, allait connaître deux vagues d’attaques massives d’Israël contre le Hezbollah basé dans le sud de la capitale et du pays. Depuis, l’association, reconnue par l’État libanais, s’active avec d’autres sur le terrain.
Au moment des frappes de 2024, nous avions déjà contacté l’ancienne syndique de Villeneuve, députée et préfète du district d’Aigle. Aujourd’hui, à l’heure où les frappes contre des cibles du Hezbollah se multiplient, qu’en est-il? Nous le lui avons demandé le temps d’un café à Villeneuve: Patricia Lachat est en Suisse pour fêter Pâques en famille.
«La situation est extrêmement tendue et des centaines de milliers de personnes ont été déplacées ou sont à la rue, explique-t-elle. Voir ces gens dormir sous tentes et des enfants couchés sous de vieilles bâches me fend le cœur. Nous n’avons pas de moyens énormes, mais nous faisons tout notre possible, avec des distributions de biens de consommation courante, à raison d’environ deux par semaine. Lors de la distribution de sandwichs ou de box de biens alimentaires, nous n’avons pas le temps d’ouvrir le coffre de la voiture que les gens sont sur nous.»
Des dons précieux
Au niveau des équipements, Swiss Lebanon peut compter sur son réseau en Suisse et la solidarité de plusieurs acteurs. «Il le faut, car les pompiers et la défense civile se disent désespérés… Ils n’ont rien!»
Autant dire que les dons de magasins, hôpitaux, pharmacies et, dernier en date, de l’ECA, ont fait du bien. Ce dernier a fourni des équipements pour les pompiers: motos-pompes, tonnes-pompes, compresseurs pour masques à oxygène, tenues anti-feu, etc.
Patricia Lachat, 60 ans cette année et passeport libanais en poche, craint-elle pour sa sécurité? «Pas particulièrement, j’habite à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth, dans un secteur chrétien non visé. Je n’entends même pas forcément les explosions depuis chez moi. Par contre, les vols d’avions oui, et ils sont permanents.»
Lors des déplacements dans le sud de Beyrouth avec les bénévoles, elle s’astreint toutefois à une grande vigilance. «L’armée israélienne prévient par SMS les portables d’un secteur où elle vise des membres du Hezbollah pour dire aux civils de quitter la zone. Je me souviens d’un grand bâtiment près duquel nous avions fait une distribution. Nous avons été avertis d’évacuer. Quelques minutes plus tard, des images montraient l’immeuble frappé qui s’effondrait…»
Difficile, dans ces conditions, d’être optimiste. «D’autant que le risque de voir tout ceci tourner en guerre civile est réel. Et pourtant, je suis toujours impressionnée par l’indéfectible chaleur humaine de cette population.»
Plus d’infos: www.swisslebanon.com

Abdallah Ismaïl vit à Hazmieh, dans la banlieue de Beyrouth, dans le gouvernorat du Mont-Liban. «J’ai le privilège d’habiter dans une zone non touchée par les frappes, explique au téléphone cet ancien médecin de Clarens, où il a tenu son cabinet pendant 25 ans avant de rentrer au pays en 2011. Bon, comme certains membres du Hezbollah quittent le sud de Beyrouth, une attaque a tout de même eu lieu dans le quartier il y a quelques jours sur un édifice en particulier. Les Israéliens savent être extrêmement précis... Et ils avertissent 2-3 heures avant.» Le Libanais garde le sourire et croit en une désescalade. «Les avions tournent jour et nuit, mais on vit bien et les magasins ne manquent de rien, même si, bien sûr, il faut pouvoir payer…» La crainte d’une guerre civile? «Elle est réelle et Israël ne rêve que de ça: que l’armée libanaise se ligue contre le Hezbollah. Mais elle n’osera pas, les forces sont trop inégales.» S’il le peut, Abdallah viendra voir sa famille en Suisse d’ici peu. «Trump a demandé qu’on laisse l’aéroport de Beyrouth ouvert, alors…», ironise-t-il. Et revenir en Suisse définitivement? «J’ai bientôt 80 ans, à quoi bon?»
