Deux espoirs de la région naviguent au bout du Léman

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Voile
Amélie Bigler, de Leysin, et Camille Guex, de Montreux, sont les leaders du bateau du Centre d’entraînement à la régate de Genève qui défie les meilleurs équipages sur les plans d’eau suisses. Portraits croisés.

Amies inséparables et très complices, Amélie Bigler (24 ans) de Leysin et Camille Guex (19 ans) de Montreux figurent parmi les plus grands espoirs de la voile romande. Amélie comme tacticienne et Camille comme barreuse jouent des rôles clés, accompagnées de cinq coéquipières genevoises sur le bateau phare du CER (Centre d’entraînement à la régate) basé à Versoix (GE). Cette structure associative forme les meilleurs marins de demain, de ce côté-ci de la Sarine. «On a chacun son rôle sur le bateau et on s’entend très bien», glisse Camille. 

Cette dernière étudie le droit à l’Université de Genève, Amélie suit les cours de la Haute école pédagogique de Lausanne. Deux à trois fois par semaine, elles se retrouvent à Versoix pour s’entraîner avec le reste de l’équipe. 

Deuxième de la Challenge League la saison dernière, le bateau vogue désormais en Women’s Super League, le plus haut niveau en Suisse. La compétition, qui regroupe une quinzaine d’équipages, en majorité alémaniques, est d’autant plus intéressante qu’ils disposent tous des mêmes bateaux, des J/70. Les filles du CER ont fini au milieu du classement lors de leurs débuts récents à ce niveau à Spiez, sur le lac de Thoune, et espèrent faire mieux d’ici à quelques semaines sur le lac de Bienne, lors de l’épisode deux.

En hommage à sa sœur 

Plus jeune, Amélie Bigler s’est d’abord consacrée exclusivement au ski freeride. Elle a empoché plusieurs podiums en Coupe d’Europe, en s’entraînant parfois avec une certaine Mathilde Gremaud, la double championne olympique.

Si elle s’est tournée vers la voile, c’est à la suite d’une tragédie familiale. «Zora, ma sœur cadette, passionnée par ce sport, s’est tuée dans un accident de moto à 19 ans. Me mettre à la voile était ma manière de mieux la comprendre, de me rapprocher d’elle», glisse Amélie. «Maintenant, je vis pour deux, comme promis», écrit-elle en hommage à Zora sur les réseaux sociaux.

Camille, elle, est quasiment née sur le lac. «Pierre, mon père, comme mon grand-père, fait des régates depuis toujours. Dans le berceau, il me prenait déjà à bord. À 3 ans, j’étais sur le pont avec mon gilet de sauvetage», sourit-elle.

Sur le bateau du CER, le rôle de tacticienne convient à merveille à Amélie. «C’est comme un jeu d’échecs, savoir se positionner par rapport aux autres, utiliser le vent au mieux pour glisser sur l’eau. Par rapport au freeride qui est assez égocentrique, la voile est un vrai sport d’équipe et j’adore l’ambiance!» Sur la base des infos d’Amélie, Camille, la skipper (ndlr: cheffe de bord du bateau) prend les décisions pour la navigation. «Je n’aime la voile qu’en faisant de la compétition, tranche-t-elle avec la belle franchise qui la caractérise. Ce qui m’intéresse, ce sont les régates, me balader sur le lac sans but m’ennuie… J’aime l’esprit d’équipe, la bagarre. Faire un jour une grande course en solitaire, genre Le Vendée Globe, ce n’est pas mon truc.»

Deux amies qui se complètent

Quand on demande aux deux amies de nous parler l’une de l’autre, elles se prêtent volontiers au jeu. «De prime abord, Camille peut paraître peu sociable, mais quand on la connaît mieux, elle est hyper drôle et très sympa», révèle Amélie. Camille lui emboîte le pas: «Toujours positive, de bonne humeur, Amélie ne baisse jamais les bras. J’adore naviguer avec elle. Et elle parle beaucoup, ce qui est important pour une tacticienne.»

Voilà trois ans, Camille Guex, déjà avec son âme de guerrière, a remporté sa plus éclatante victoire en s’adjugeant rien de moins que le Bol d’Or en temps compensé, qui tient compte de la taille et de la surface de l’ensemble des bateaux. La reine des régates lémaniques, Amélie, elle, l’a fini au milieu du classement l’an dernier, avec un équipage mixte de douze personnes. «Ce n’est pas un super résultat, mais c’était une belle aventure collective d’une vingtaine d’heures sur le lac», raconte-t-elle. Ses examens passés, la citoyenne de Leysin s’apprête fin juin à vivre une autre expérience: le Tour de France à la voile en équipe mixte, au large des côtes bretonnes. «Ce sera deux semaines avec tous les jours des régates», nous apprend-elle. Espérons pour elle que le résultat corresponde cette fois-ci mieux à ses attentes. 

Un incubateur de talents

Financé par la Ville de Genève, le CER est destiné à former les jeunes marins romands à la course au large, au match race (ndlr: un bateau contre un autre, par opposition à la régate en flotte) et aux régates lémaniques. Ils sont aujourd’hui une septantaine de 17 à 28 ans à s’y entraîner, avec, grande première, une majorité féminine depuis peu. Dominique Wavre et Justine Mettraux figurent parmi les nombreux champions issus de cette filière. «Le CER est reconnu bien au-delà des frontières, en France notamment», relève le Montreusien Nils Palmieri (39 ans), son nouvel administrateur depuis le début de l’année et marin au palmarès impressionnant. Vainqueur du Bol d’Or en 2012, il a en plus remporté l’une des plus mythiques courses au large la Transat en double, Concarneau-Saint Barthélémy dans les Antilles en 2021 avec le Français Julien Villion. Quand on lui demande ce qu’il pense d’Amélie et de Camille, sa réponse fuse, comme une évidence: «Deux farouches compétitrices qui se fixent des objectifs précis, en voile comme dans leurs études.»

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