« Ces travaux transformeront nos immeubles en bouilloires ! »

L’architecte Eligio Novello et sa voisine Nathalie Grossenbacher font partie du noyau dur de cette association de locataires.  | R. Brousoz

Vevey
Des locataires se sont unis pour s’opposer à la transformation de leurs bâtiments. Leur association dénonce un projet qui bloquerait la ventilation naturelle des ouvrages. Elle est présidée par l’architecte qui les a conçus il y a 25 ans.

«C’est un non-sens. Tout va à l’encontre de l’essence même de ces bâtiments!» La révolte gronde aux numéros 2-4-6 de la rue du Midi, à Vevey. Depuis plusieurs années, une partie des locataires se battent contre le projet de transformation que veut réaliser la société Swiss Life, propriétaire des lieux. D’un montant de trois millions de francs, ces travaux doivent débuter cet été. Ils viseraient à «accroître le confort de ces immeubles» et la «qualité de vie de ses locataires», selon la circulaire de la régie envoyée aux habitants en 2022.
Des immeubles, donc, mais pas ordinaires. Construits en 2001, ces trois locatifs abritant une soixantaine de logements figurent parmi les premiers du canton de Vaud à avoir été labellisés «Minergie». Parmi leurs particularités: des accès à l’air libre au rez-de-chaussée, munis de portes grillagées qui laissent passer les courants. Mais aussi, des cages d’escaliers ou des puits de lumière et de ventilation naturelle fonctionnant sur le principe de la «tour à vent». Des systèmes conçus pour rafraîchir les appartements lors des grandes chaleurs.
Or, dans son projet, Swiss Life prévoit de fermer les cages d’escalier par des vitrages, de cloisonner les accès au rez et de remplacer les portes grillagées par des portes vitrées. «Ces travaux vont finir d’anéantir les bienfaits des puits et les principes bioclimatiques des bâtiments pour les transformer en bouilloires», prévient Eligio Novello. Ce dernier sait de quoi il parle puisque c’est lui qui a dessiné les immeubles voilà 25 ans. L’architecte veveysan, qui en est locataire, a accepté de présider l’association d’habitants récemment créée. Le but principal de cette entité? Exiger que les travaux respectent la conception des ouvrages.

D’abord en retrait

Et là, une question surgit: cette association emmenée par l’architecte concepteur n’est-elle pas une réaction de sa part visant à empêcher de «défigurer» son œuvre? «C’est hors sujet, répond Eligio Novello. Conscient de ma position, je suis resté en retrait lorsqu’un collectif de 50 habitants s’est opposé au projet de Swiss Life en 2024. Vu que je connais bien l’ouvrage et que je mesure la nature absurde, démesurée et hors normes des travaux proposés, j’ai décidé de les soutenir ouvertement. Je suis convaincu qu’il est possible d’intervenir avec bon sens et parcimonie sur ces bâtiments pour qu’ils fonctionnent à nouveau correctement, sans que des coûts inutiles ne soient reportés sur les loyers.»

Des systèmes en panne

Car s’ils dénoncent cette réfection «contre-nature», ces habitants mécontents pointent aussi de nombreux «défauts d’entretien». «Depuis plusieurs années, les ouvertures qui permettent la circulation de l’air dans les cages d’escaliers ne fonctionnent plus ou sont volontairement bloquées en position fermée», souligne par exemple Nathalie Grossenbacher, elle aussi locataire et membre de l’association. «Conséquence: en été, il fait parfois jusqu’à 32 degrés dans notre salle de bain!»
Alors que les échafaudages liés à ces travaux sont en cours de montage, l’association rencontrait la Ville de Vevey la semaine dernière pour la sensibiliser encore à la situation et lui demander d’intervenir. «Il semble que ce soit impossible d’agir sur le volet climatique», regrette Eligio Novello.

Salissures et craintes d’effraction

Contactée, la société Swiss Life justifie la nécessité de ce projet. «Les travaux prévus dans les cages d’escalier ouvertes sur l’extérieur font suite à plusieurs retours de locataires, explique son porte-parole Robin Rickenbacher. Ceux-ci ont signalé à la régie que les intempéries entraînaient régulièrement des salissures ainsi que des risques accrus de glissade dans les escaliers.»
«Par ailleurs, poursuit-il, la conception ouverte de ces espaces est susceptible d’augmenter le risque d’effraction. Pour mieux les protéger, il a été décidé de fermer les cages d’escalier au moyen d’aménagements adaptés.» Des modifications, qui, selon Swiss Life, «préserveront les principes existants du système de ventilation naturelle.»
Quant au manque d’entretien reproché, la société dit prendre «très au sérieux les remarques des locataires concernant le système de ventilation». «Des mesures d’amélioration sont prévues dans le cadre des travaux.»

La révolte gronde à la rue du Midi, une partie des locataires s’opposent à un projet de rénovation.  | R. Brousoz