«Je ne vais pas révolutionner un tribunal qui fonctionne bien»

Avant de présider le Tribunal d’arrondissement, Julia Giallombardo a été greffière au Tribunal de la Sarine, puis greffière-cheffe en Veveyse.  | DR

Justice
Le Tribunal d’arrondissement de la Veveyse a une nouvelle présidente, Julia Giallombardo. Elle compte s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur, Pascal L’Homme, parti à la retraite après 28 ans de loyaux services. Entretien.

Le Grand Conseil l’a élue le 26 mai 2026. Membre du PLR, la Gruérienne a fait ses études de droit à l’Université de Fribourg. Le 1er septembre, Julia Giallombardo succédera donc officiellement à Pascal L’Homme à la tête du Tribunal d’arrondissement. Une fonction qu’elle occupe déjà depuis le 24 juillet en tant que présidente ad hoc.

Madame la présidente, comment vous sentez-vous dans votre nouvelle fonction?

– Très bien. Mais il faut toujours un petit temps pour prendre ses marques.

Vous avez été greffière‑cheffe pendant quatre ans au sein de ce même tribunal, c’est un avantage, non?

– Je connais déjà la plupart de mes collègues et je suis au courant des dossiers. C’est un grand avantage. La passation se fait en douceur.

Souhaitez-vous innover par rapport au président Pascal L’Homme?

– Je ne vais pas révolutionner un tribunal qui fonctionne bien. Je suis une femme, plus jeune, j’aurai certainement une autre sensibilité sur certains dossiers. Mais nous sommes tenus par le cadre légal, ce ne sera donc pas prépondérant.

Vous n’avez que 37 ans, vous voyez-vous passer près de 30 ans dans cette fonction, comme votre prédécesseur, ou gardez-vous un œil sur le Tribunal cantonal?

– Le Tribunal cantonal, je n’y pense pas pour le moment. Car être juge de première instance est gratifiant: nous avons un contact direct avec les gens, nous établissons les faits. C’est ce qui me plaît. Je doute cependant d’avoir la même longévité que le président L’Homme. J’aimerais certainement m’arrêter plus tôt, mais c’est de la musique d’avenir!

Être juge de première instance, c’est aussi une grande responsabilité.

– C’est vrai. Je trancherai seule des litiges déterminants pour la vie des personnes concernées. Cela touche en outre les litiges financiers jusqu’à 30’000 francs ou les mesures protectrices de l’union conjugale. Il faut prendre la mesure de cette responsabilité et rendre les décisions les plus justes en fonction des éléments à notre disposition.

Dans une région comme la Veveyse, les gens se connaissent. Comment gérez-vous le risque de conflit d’intérêts ou de perception de partialité?

– Si l’on connaît, même parfois de vue, des personnes concernées par une affaire, il vaut mieux se récuser. Dans ce cas, c’est le président d’un autre Tribunal d’arrondissement qui pourra me suppléer, en principe celui de la Glâne. Les parties peuvent également demander ma récusation en cours de procédure, une demande que le Tribunal cantonal peut trancher.

Depuis que vous travaillez dans des tribunaux, observez‑vous de nouveaux enjeux?

– Les dossiers sont toujours plus nombreux et les procédures se complexifient. Cela s’explique d’une part par le fait que les citoyens sont devenus plus procéduriers. Deuxièmement, la loi tend à se complexifier. Finalement, les modes de vie changent. Il y a plus de divorces, de familles recomposées, et parfois des deuxièmes divorces. Résultat, nous devons travailler plus rapidement. Et malgré cela, les procédures sont plus lentes.

Estimez-vous avoir assez de moyens?

– Tous les tribunaux sont surchargés. Le Conseil d’État nous a octroyé une aide, en affectant du personnel administratif aux différents tribunaux de justice de paix. Mais c’est une mesure temporaire. Il faudra voir l’impact qu’aura la réforme du système judiciaire cantonal adoptée par le Grand Conseil en mai.

Cette réforme déterminera les rôles de votre fonction. Que vous inspire-t-elle?

– C’est très difficile de répondre, tant il y a d’inconnues. L’idée de cette réforme est de centraliser la justice, tout en gardant des tribunaux dans les différentes régions pour garantir une accessibilité aux justiciables. Maintenant, le Conseil d’État va devoir appliquer cette décision, normalement d’ici à 2028. Nous verrons comment les compétences seront réparties.