À l’heure des Trente Glorieuses, Montreux se réinvente

Exposition temporaire au Musée de Montreux, à voir jusqu’au 2 novembre. | Collection Musée de Montreux

Exposition
Montreux pop life met actuellement en lumière des changements majeurs intervenus entre 1960 et 1975. Ils ont considérablement façonné le visage actuel de la Perle de la Riviera.

Conçue par Benoît Boretti et Pascale Simond, conservatrice du lieu, la nouvelle exposition du Musée de Montreux met en lumière l’évolution de la troisième ville du canton de Vaud entre 1960 et 1975. Nous sommes alors dans la seconde partie de l’époque dite des «Trente Glorieuses».

Cette période fut dans toute l’Europe synonyme de développement et profit, initiée par la reconstruction du continent dévasté par la guerre. Une classe moyenne aisée voit le jour. Mais cet âge d’or s’est brutalement achevé avec le quadruplement des prix du pétrole et la grave crise qui s’ensuivit et dont nous connaissons encore aujourd’hui les effets.

La Suisse et Montreux en particulier ont largement profité de ce cycle béni. «On peut parler de révolution et ce dans divers domaines, relève Pascale Simond. Le tourisme d’élite de la noblesse et haute bourgeoisie s’est orienté vers un tourisme de masse, même si des artistes et autres têtes couronnées fréquentent toujours Montreux,» comme les couples royaux de Thaïlande et de Grèce ou l’écrivain Vladimir Nabokov qui y séjourne à l’année.

«On décide alors d’investir massivement dans l’urbanisme et en créant des événements tels que des festivals, comme le Montreux Jazz en 1967. On organise des congrès, des colloques. On érige des lieux idoines, des hôtels, quatre discothèques, même un aérodrome, etc. L’autoroute en construction au-dessus de la ville est un atout considérable», poursuit la conservatrice. 

Le monde afflue alors que naît la ville, et la marque, Montreux est issue en 1961 de la fusion des communes du Châtelard et des Planches. Des appartements sont construits en masse pour accueillir une population grandissante.

Pop et flashy 

Les co-créateurs de l’exposition ont délibérément placé ce voyage dans le temps, au cœur d’un univers flashy. «Nous avons illustré et dépoussiéré nos espaces avec de la couleur. On voulait que ça pète. Les affiches pleines de peps et de joie du peintre et illustrateur montreusien Alexandre Guhl en sont le fil conducteur.» Plusieurs jalonnent les quatre salles dédiées à Montreux pop life sur trois niveaux.

Dès l’entrée, le visiteur est happé par cet univers disco et pop art que n’auraient pas renié Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Boules à facettes, éclairages, effets stroboscopiques et affiche ritzy invitent à la découverte. On a été jusqu’à repeindre des murs en vagues psychédéliques. Dans une salle, les co-créateurs ont caché des objets emblématiques comme une souris d’ordinateur, un thermos, un vinyle, un rouge à lèvres, etc. Datent-ils tous de la période 1960-1975? Le défi est de le deviner.

Des coupures de journaux et de grandes images remplies de couleurs sur les cimaises rappellent encore des événements majeurs. Et pas des moindres: érection de la Tour d’Ivoire, construction de la première Maison des Congrès, de l’aérodrome de Rennaz, de l’autoroute du Léman avec pont sur la Baye et viaduc de Chillon. 

Un lieu chargé d’histoire

La culture, alors que Montreux vient de rejoindre comme seule ville de Suisse la partie musicale du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, est évidemment partout dans cette exposition. Citons le Montreux Jazz Festival, la Rose d’Or, le Symposium de télévision ou encore le Septembre musical, le tout dynamisant évidemment la croissance de l’économie montreusienne.

Mention spéciale à une salle folle, tournée vers la musique, le cinéma et la nuit. Rideaux qu’auraient pu produire André Courrèges ou Paco Rabanne, poufs multicolores, ancienne installation audio, où on peut soi-même faire tourner des vinyles, innombrables photos de musique et de films, rappellent ce glorieux passé et cette époque flamboyante. 

«Ici-même, dans ce bâtiment, Jethro Tull a enregistré. On a tourné une partie du film «If it’s Tuesday, This must be Belgium». Se trouvait encore le fameux café Chez Fanchette, transformé en 1972 en Museum. Une des boîtes de nuit dirigées par Claude Nobs… Ce fut une période incroyable et très prolifique», conclut Pascale Simond.

 

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