
Les six auteurs invités: Matteo Salvadore, Sabine Dormond, Olivier Chapuis, Laurence Voïta, Emmanuelle Robert et Gisela Raeber. | P. Hess
«Quand on ferme une rue, l’atmosphère change. Sans le tumulte de la circulation, on devient plus détendu, ouvert, réceptif… On se rencontre, on prend le temps, on se laisse aller à son imaginaire et on voit les choses sous un autre jour.» En ouverture de ce dimanche littéraire à la rue du Pont, dans le quartier des Planches, les mots du syndic Olivier Gfeller donnent le ton, comme un vœu adressé aux quelques dizaines de visiteurs ayant fait fi de la pluie et du ciel ouaté. Après tout, n’est-ce pas aussi un temps pour les livres, comme lorsque l’on bouquine au coin du feu?
«Nous avons dû installer des bâches pour abriter le public et les auteurs, mais sinon tout va bien», sourit Christa Zihlmann-Prameshuber, organisatrice de l’événement avec l’Association Vieille Ville de Montreux. Au programme, lectures par six auteurs de la région d’extraits de leurs œuvres, parcours guidé dans les rues de la Vieille Ville, session de «slam poetry», bibliobus, témoignages sur l’histoire des lieux, et bibliothèque vivante – une première: «C’est un concept venu du Canada. L’idée est de valoriser des gens qui ont des choses incroyables à raconter, mais n’écriraient pas de livre. Des migrants, des prostituées, des artistes… En l’occurrence, le public pourra s’entretenir avec l’artiste mexicaine Karla Hernandez, en résidence à air-Montreux».
Des mots et des notes
Tintement de la clochette à main. Parapluies colorés et capuches rejoignent Pascale Simond, conservatrice du Musée de Montreux, et la conteuse Isabelle Bovard, pour aller à la découverte de l’histoire du Vieux Montreux, ponctuée par des légendes comme celle de la Fée du Chauderon: «Il existe beaucoup de légendes liées à notre région, qui sont assez peu connues», relève la conteuse. Une petite avant de se mettre en route? «Il y a quelques centaines d’années, il pouvait y avoir dans la Plaine du Rhône, et surtout à l’embouchure du Rhône, un brouillard tellement épais qu’on n’y voyait pas à un mètre…», amorce-t-elle, déroulant le récit fabuleux de la Nymphe de brume, devant un public encore épars, mais captivé.
10h30. Il est temps de se laisser emmener par Emmanuelle Robert, Laurence Voïta, Gisela Raeber, Sabine Dormond, Matteo Salvadore et Olivier Chapuis. Dans les profondeurs lémaniques «et celles, insondables, des âmes humaines». Dans le périple de «La Gingolaise», jeune femme soldat au destin singulier. À la «Brocante des Cœurs» et dans un tango endiablé. Sur les traces d’un tableau volé d’Eugène Burnand, et dans la dégustation de morceaux de «Chocolat, noir de préférence». Après chaque lecture, les mots font place aux notes d’Aline d’Ans au piano, puis aux applaudissements. «J’improvise, souvent sur la base de mélodies connues, en essayant de traduire ce que les textes m’inspirent en émotions musicales. Certains auteurs m’ont dit <j’aimerais telle ou telle ambiance>, d’autres m’ont laissé le champ libre», explique la jeune femme.
L’heure bleue du slam
En milieu de matinée, la pluie battante laisse place aux fines gouttelettes et à un soleil voilé. Le bon moment pour flâner le long de la rue du Pont et de ses échoppes ouvertes pour l’occasion, ou de partager un repas. «23 enfants et 16 adultes, le Bibliobus a été un succès ce matin!» se réjouit Laure Meystre, responsable de la Bibliothèque municipale de Montreux, en rejoignant des membres de l’Association Vieille Ville installés aux tables à trépied.
13h15. Appel de la clochette à nouveau. L’heure de la poésie. En vers libres tantôt scandés, tantôt chantés, urbaine et indolente, flirtant avec le rap. L’heure du slam, avec le groupe veveysan 713CARATS, en duo piano-voix. Rythmes hypnotiques, mots qui dansent, questionnements existentiels… Le public applaudit, avec même des «bravo» ça et là. Assurément, en ce dimanche, la rue du Pont n’est plus une rue comme les autres.
