
À 28 ans, Guy-Baptiste Jaccottet est titulaire de l’orgue du temple de La Tour-de-Peilz et y propose chaque mois une représentation ouverte au public. | L. Menétrey
Guy-Baptiste Jaccottet est ici comme à la maison. L’organiste prend place derrière un géant de 1991 aux teintes bleu et bordeaux dominant la nef de ses plus de cinq mètres de haut et 1’800 tuyaux. «Je l’aime beaucoup, car il est très polyvalent. On peut jouer de tout dessus!», s’exclame-t-il avec malice.
Ce virtuose de 28 ans tire les boutons de registre avec vigueur – chacun a un son propre, trompette, chalumeau, ou encore violon – et pose ses mains entre les trois claviers, tout en gérant la coordination de ses pieds sur le pédalier. Toute l’église se met à vibrer. «Ça demande beaucoup de coordination. Mais il n’y a pas besoin de souffler, un moteur le fait à notre place», sourit Guy-Baptiste Jaccottet. Il marque une pause pour nous présenter sa passion pour la musique qui remonte à son enfance.
Cet Aiglon découvre à 7 ans la flûte à bec avant de se rediriger vers l’orgue quelques années plus tard. «J’avais l’habitude de jouer avec des organistes. Eux n’avaient pas un seul tuyau, mais des milliers! Cette variété de sonorités m’a rapidement fasciné.» À 13 ans, il commence donc l’apprentissage de cet instrument qui ne le quittera plus. «L’orgue permet de faire ressentir des sensations uniques. Quand on en joue, ça prend une réelle dimension physique. C’est comme être au milieu d’une bulle sonore, l’église fait partie de l’instrument, c’est sa caisse de résonance.» Une sensation magique.
Emploi du temps bien rempli
Fort de deux masters, Guy-Baptiste Jaccottet répartit actuellement son temps entre le Conservatoire et la Haute école de musique de Lausanne, où il enseigne, et également en tant que directeur artistique d’Organopole, une fondation chargée de la mise en valeur des orgues de l’Église de Saint-François, à Lausanne. Sans oublier ses performances à La Tour-de-Peilz, chaque deuxième samedi du mois.
Pour le musicien, l’orgue reste un instrument d’exception, tant par sa complexité que par son coût. «Sa fabrication relève de manufactures qui emploient des dizaines de personnes. Pour un seul instrument, cela peut prendre des mois, voire des années. S’il fallait refaire celui-ci à neuf aujourd’hui, cela coûterait près d’un million.» Une somme qui n’effraie pas Guy-Baptiste Jaccottet quand il prend place derrière l’imposant colosse boéland. Son souhait est avant tout de rendre sa musique accessible au public.
Que ce soit au Théâtre Barnabé, à Servion, où il a la liberté d’explorer toutes les possibilités de son instrument ou en plein centre commercial, à Lausanne, où il se plaît à sortir l’orgue de son contexte, Guy-Baptiste Jaccottet se réjouit de jouer dans des lieux très différents.
À La Tour-de-Peilz, il propose un programme riche entre musique de répertoire, collaborations atypiques comme avec un siffleur professionnel, et ciné-concerts. Il en prévoit d’ailleurs un autour de Charlie Chaplin le 9 mai prochain. À ne pas manquer.
