«Aux côtés de ces danseuses, je me sens surtout femme!»

Pour l’artiste de 44 ans (tout à g.), «il n’y a pas d’âge pour oser danser!». Son association, #femmesproject, met en valeur les femmes, afin de leur permettre de s’accepter et de se surpasser.  | Y. Sory

Vanessa Costanzo
À la tête de son école Neptune, la Boélande fait de la danse un outil d’émancipation et de sororité. Avec l’Association #femmesproject, elle encourage aussi les femmes à se réapproprier leur corps et leur histoire. Et revisite la sienne, au passage. Rencontre.

Dans l’arrière-salle de son école Neptune, à Vevey, Vanessa Costanzo va lancer une répétition. Nike Air vissées aux pieds, elle donne le ton aux participantes: «Mettez en mouvement quelque chose qui résonne en vous!» Face aux miroirs qui ornent les murs, impossible de se défiler. Les sept danseuses se livrent en plein cœur d’une pièce tamisée: rapport au corps, injonction à la maternité, difficulté à concilier les rôles, autant d’expériences qui s’expriment dans le mouvement. «J’ai l’impression d’être partout et nulle part à la fois», confie l’une d’elles. Sur fond d’électro, l’émotion très présente et les mots prennent vie. La chorégraphie naît de l’intérieur, à la fois instinctive et organique.

Entre les pancartes «My happy place» et «Follow your dreams», Vanessa Costanzo marque une pause. Elle nous présente son quotidien dans le monde de la danse, une discipline qu’elle enseigne depuis l’adolescence.

Il y a ensuite Neptune. Fondée en 2003 alors qu’elle n’a que 22 ans, son école devient un lieu incontournable pour des centaines de jeunes de la région. Puis en 2020, elle décide de s’engager tout particulièrement pour les femmes en lançant #femmesproject. Ce dernier réunit aujourd’hui 60 membres, dont 45 danseuses, et les incite à explorer leur féminité à travers la danse, mais aussi la photo et la vidéo.

Retour aux sources

La danse a toujours été un moyen d’expression et d’évasion pour Vanessa Costanzo. Un héritage transmis par sa mère, Maria Chevalley, une ancienne championne de rock’n’roll acrobatique. «Elle nous faisait virevolter dans les airs, ma sœur et moi. C’était toujours la fête», se souvient la quadragénaire. En contrepoint, son père, Philippe Chevalley, lui a appris à garder les pieds sur terre. «Il m’a transmis des principes solides, le respect des autres et une certaine pudeur.»

Riche de cet équilibre, elle explore sans relâche de nombreuses disciplines dès l’âge de 3 ans: danse classique, rock’n’roll, modern jazz, natation synchronisée – elle sera championne suisse en 1999 – puis hip-hop dès ses 15 ans. Le tout, biberonnée au film culte Dirty Dancing: «Voir des personnes qui n’avaient jamais dansé se dépasser me fascinait», raconte-t-elle en nous décrivant le porté de Patrick Swayze et Jennifer Grey.

Mais au-delà de la fiction, le milieu de la danse est parfois bien plus brutal, tout du moins exigeant, la compétitivité y étant omniprésente. «Mon rapport au corps a souvent été difficile, témoigne Vanessa Costanzo. Avec #femmesproject, je voulais sortir de la performance pure en me rapprochant de quelque chose de plus doux et sensuel. En soi, me reconnecter à qui je suis!»

«Elles sont mon inspiration»

Le déclic survient pendant la pandémie. Alors que son père tombe gravement malade, son poids chute. Et autour d’elle, ses amies, pour la plupart jeunes mamans, doutent d’elles-mêmes. «Je ne supportais plus de voir ces femmes de plus de 30 ans pointées du doigt. Je rêvais de créer un espace où elles pourraient se révéler.» Elle décide alors de lancer son projet.

Le succès ne se fait pas attendre. Dès le premier shooting, les retours font du bien à l’âme. «Les voir aimer leur reflet m’a procuré une joie immense, relève la Boélande qui décide donc de poursuivre l’aventure. Une expérience qui s’adresse principalement aux amatrices. «L’objectif n’est pas de produire des artistes, mais bien de danser ensemble et de profiter de l’instant présent, poursuit Vanessa Costanzo. Je leur rappelle également qu’il n’y a pas que les professionnelles qui peuvent être créatives. Elles en ont pleinement les capacités.» Et les sourires des participantes en disent long. «Avec Vanessa, je sais que je peux me lâcher et m’exprimer. Tout se fait dans la bienveillance, c’est rassurant», partage l’une d’elles. 

Apprendre à recevoir

Hyperactive assumée, cette maman mène de front son école de danse, ses engagements locaux (ndlr: membre de la commission culturelle de La Tour-de-Peilz et conseillère communale socialiste) et sa vie de famille aux côtés de son mari, Julien, et de leurs deux filles, danseuses elles aussi. «Je suis Gémeaux, je ne peux m’empêcher de créer», sourit-elle, consciente de sa difficulté à rester en place. Une énergie débordante qui aura parfois eu raison d’elle, comme en témoignent ses deux genoux meurtris par des fractures. 

Derrière ce tempérament solaire se cache une grande timidité. «J’ai toujours voulu mettre les autres en lumière. Je n’ai jamais reçu autant de reconnaissance en tant que femme et artiste qu’avec #femmesproject. Je voulais leur apporter du bonheur, et au final c’est elles qui m’en ont tant donné. J’en pleure encore.»

Aujourd’hui, la quarantaine passée, Vanessa Costanzo s’assume pleinement face aux miroirs de son studio. Et revendique même cette gentillesse qu’on lui a parfois reprochée. «Si elle permet aux autres d’être eux-mêmes, alors autant l’incarner!»

femmes-project.ch

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