
Face aux difficultés d’exploitation, l’heure est au redimensionnement ou à la reconversion des vignes. Cette pression se ressent par exemple à Blonay. La Municipalité est en discussion pour racheter un hectare en bordure de l’A9, afin d’éviter qu’il ne soit acquis à des fins immobilières. | R. Brousoz
Entre deux apéros et fous rires, l’heure était pourtant grave jeudi à la Journée du vignoble vaudois, organisée cette année à la salle de la Tronchenaz de Villeneuve. La conseillère d’État chargée de l’agriculture Valérie Dittli et les pontes du secteur viti-vinicole vaudois ont présenté un vaste plan d’action pour tenter de sortir le secteur du marasme actuel.
Consommation en chute libre, concurrence féroce des vins étrangers (deux tiers des bouteilles vendues en Suisse), caves pleines d’invendus, gel et mildiou ou encore manque de relève accentuent les tensions. Raisons pour lesquelles la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), la Fédération vigneronne vaudoise (FVV) et l’Office des vins vaudois (OVV) ont appelé le Canton à l’aide.
Agir plutôt que réagir
«Nous parlons bien d’un plan d’action, afin de sortir du schéma de réaction qui consiste à toujours courir derrière le marché», a lancé Valérie Dittli. Le Montreusien Olivier Mark, président de la CIVV, a insisté sur l’attitude proactive des acteurs de terrain: «Non, les vignerons ne font pas que se plaindre et attendre!»
Ils espèrent néanmoins. Et notamment que la Confédération durcisse sa politique en matière de contingents de vins étrangers. «Car même si ça me fait mal de le dire, reprend Olivier Mark, il est devenu difficile de cultiver sa terre sans mesures protectionnistes.»
En attendant, on s’organise, collectivement, avec toutes les forces en présence, et forts du soutien du Canton. Valérie Dittli a ainsi annoncé «un plan décliné en trois axes sur la période 2025-2028: le marché, la production, la relève».
À fond sur les dégustations
Le premier, fort d’un budget de 3,5 millions de francs, vise à renforcer la présence des vins vaudois sur les marchés nationaux et internationaux. «Parmi les mesures envisagées figure une promotion ciblée dans les régions de Berne, Soleure, Lucerne et Bâle», explique Olivier Mark. En premier lieu par le biais de dégustations, selon Michel Rochat, président de l’OVV: «58% de notre budget leur sera dédié.»
En parallèle, son ambition est de doubler le volume de vins vaudois exporté (de 1 à 2%) et de travailler à mieux les positionner sur les étals des magasins de la grande distribution. «Car rien ne sert de faire de la promotion si les vins ne se retrouvent pas dans les rayons.»
«Nous devons en outre, dans le cadre de la réforme des appellations AOC, renforcer nos grands crus, reprend Olivier Mark. On ne baisse pas pavillon face à l’étranger.» «D’autant plus que nos vins résistent mieux que ceux d’autres cantons», selon Michel Rochat.
Moratoire de trois ans
Le deuxième volet (12,5 millions de francs) vise à soutenir les producteurs. «Parce que les premiers fusibles à sauter dans le contexte actuel, ce sont eux, déplore François Montet, président de la FVV. Se lever le matin, sans garantie de s’en sortir, n’est pas des plus motivants… sans parler des soucis de transmission des domaines. Résultat, la moitié du vignoble vaudois n’est pas travaillé par ses propriétaires.»
Dans ce contexte, la réactivité du Canton met du baume au cœur des professionnels. Première mesure, «un moratoire de trois ans sur les nouvelles plantations hors du cadastre viticole actuel», explique le Blonaysan. Au vu du trop-plein de production, l’heure est au contraire au redimensionnement. «Un groupe de travail s’emploie à cartographier les zones susceptibles de passer à autre chose, continue François Montet. Évidemment, la démarche se veut incitative, avec des primes à la conversion, et se fera sur base volontaire. Nous n’allons pas obliger des producteurs à arracher leurs vignes.» Pour quel objectif de surfaces de vigne en moins? «Dur à dire, mais quelques centaines d’hectares.»
Ainsi, 3,8 millions de francs serviront à accompagner la reconversion vers d’autres cultures ou vers des jachères fleuries. Les 8,7 autres seront destinés à compenser les coûts liés aux vignes en pente et en terrasses, à réduire les risques phytosanitaires, à encourager la conversion biologique, ainsi qu’à la plantation de cépages résistants aux maladies fongiques.
80% de budget réaffecté
«La relève, enfin, sera soutenue à hauteur de 1,2 million», a dit Valérie Dittli. Sont prévues des aides financières pour faciliter la reprise de domaines, que ce soit dans ou hors du cadre familial, ainsi qu’un soutien à la formation et à la promotion des métiers de la vigne.
Au final, le plan de relance total vise à mobiliser 17,2 millions de francs sur quatre ans, dont «plus de 80 % proviennent de fonds existants (ndlr: Plan Climat, crédit-cadre des améliorations foncières, Fonds de soutien à l’économie durable et Fonds de prévoyance pour les risques non assurables)», ajoute Valérie Dittli.
La branche espère y ajouter 3,5 millions du Fonds de prévoyance pour les risques non assurables. La demande est sur la table du Grand Conseil.
