
Oliver Scherrer et Sandrine Mermod ont gardé intacte leur passion de jeunesse pour le ski. | L. Grabet
Ils se complètent et sont un peu comme le yin et le yang. Oliver Scherrer, 54 ans, Sandrine Mermod, une année de plus au compteur. Le premier est un citadin débarqué à Leysin depuis sa ville natale de Lucerne en 1993 pour parfaire son français et qui n’est plus jamais reparti, et la seconde est une enfant du pays. Tout comme son compagnon, l’Ormonanche a grandi les skis aux pieds (ce qui ne l’a pas empêchée de faire 15 années de gymnastique artistique jalonnées d’un titre de championne vaudoise).
Skier ne serait-ce qu’une unique descente sous le soleil dans leur gracieux sillage suffit à sentir le plaisir de la glisse qui les anime aujourd’hui encore. Le couple n’en a pas toujours été un et n’a jamais eu de plan de carrière. Elle était employée de commerce de formation et lui confiseur-pâtissier. «En 1991, alors que je rentrais de deux années de vadrouilles et de petits boulots au Canada, Giorgio Latty, alors directeur de l’ESS de Leysin m’a alpaguée pour renforcer son équipe. Je savais bien skier et je parlais anglais, allemand et italien. Le contact avec les élèves m’a plu», explique Sandrine Mermod. C’est le même Giorgio Latty qui deux ans plus tard embauchera Oliver dans son école après une journée de test.
Escapade en Afrique du Sud
Lui devient chef de centre au Club Med et elle à l’Hôtel Fabiola pour la clientèle belge. «Rien n’a jamais été calculé. Tout est tombé du ciel. On a de la chance de pouvoir vivre cette vie au contact de la montagne et de la neige et de souvent rencontrer les bonnes personnes au bon moment», philosophe Oliver Scherrer. En 1996, les deux moniteurs partent enseigner le ski à Tiffindell, une petite station d’Afrique du Sud située à deux heures de route du premier village. Une petite aventure telle qu’ils les aiment! Mais ce n’est qu’en 2005 qu’ils sont amenés par les «hasards» de la vie à reprendre la direction de l’ESS. Avant cela, l’école, née dans les années 30, était organisée en association, mais pour d’obscures questions de «TVA injustes», elle s’est métamorphosée en la Sàrl «Event Sports & Loisirs» avec le futur couple à sa tête.
40% des parts sont à lui, 40 autres à elle et les 20 restantes à Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette. Mais Sandrine et Oliver restent seuls maîtres à bord de cette école suisse de ski qui compte quelque 90 professeurs. Ce qui ne les empêche pas de rester à l’écoute de l’expérience de terrain de leurs moniteurs. Car des cours, eux, n’en donnent plus guère, trop occupés qu’ils sont à gérer les réservations, le site Web, le marketing, à passer la panosse, à résoudre les bugs informatiques ou à «canonner» leur jardin des neiges. «En hiver, c’est du 7 jours sur 7 de 5h du matin à 7h du soir, récapitule Sandrine. Mais je ne regrette rien. Ça doit être le début de la sagesse!» (rires).
Un métier qui change
Le couple remarque que les saisons sont de plus en plus courtes, non pas tant pour des raisons d’enneigement, mais car les gens se tournent plus vite vers des activités estivales une fois les vacances de février passées. L’époque des moniteurs dédiés uniquement à leur école est aussi révolue. «Les jeunes générations de moniteurs fonctionnent différemment. Ce n’est ni bien, ni mal. C’est ainsi!», constate Oliver. Le réchauffement climatique, le pire ennemi de leur passion, le couple le craint, mais espère pouvoir ne pas en subir trop les conséquences professionnelles à l’avenir. Car leur profession est fragile, ils le savent. C’est d’ailleurs pour cela, et à la suite de la crise sanitaire, qu’ils ont repris une autre activité professionnelle. Sandrine est comptable et RH dans un hôtel de Rougemont et Oliver a lancé le Café Horizonte de Leysin.
Ils se sont tous deux «fait un genou» en 2011 et c’est lors de cette même année, alors qu’ils vivaient tous deux séparés, qu’ils se sont mis ensemble. Leur complicité fait plaisir à voir. «On aurait pu se détester à passer tant de temps ensemble dans le cadre du boulot, mais non!», s’amuse Sandrine. Le couple est impliqué dans la vie locale. C’est lui par exemple qui organise l’iconique trail Aigle-Aï-Leysin depuis 20 ans.
