Bougies interdites, fréquentation amputée : le Guillon se fait recadrer

Le Gouverneur Eric Loup – ici lors de l’intronisation d’Elisabeth Baume-Schneider en avril dernier – n’exclut pas de devoir chercher un autre endroit pour organiser les ressats du Guillon.  | Déclic Photographies

Veytaux
Fidèle locataire du Château de Chillon depuis 70 ans, la confrérie s’est vu imposer de nouvelles mesures de sécurité incendie. Elles auront un impact sur son organisation et ses finances.

Des lampes LED à la place des bougies. C’est vrai que le charme n’est pas le même. Et encore moins au sein d’un édifice millénaire. Tel est pourtant le nouveau régime auquel doit se soumettre la Confrérie du Guillon, qui tient ses fameux «ressats» 14 fois par année au Château de Chillon. La deuxième confrérie bachique mondiale, 4’100 membres au registre, s’est en effet vu imposer de nouvelles normes incendie. Un petit bouleversement pour cette société qui a l’habitude de se réunir dans le monument historique depuis 70 ans. 

La nouvelle est arrivée avec les frimas de l’automne dernier.
«La Fondation de Chillon – à qui nous louons les locaux – m’a annoncé qu’un audit de sécurité devait être réalisé», raconte Eric Loup, Gouverneur du Guillon. Après la visite d’un expert en protection incendie, le verdict tombe: outre le bannissement de ses chandeliers, la confrérie devra réduire le nombre de participants aux soirées. 

Si jusqu’à présent, quelque 250 personnes assistaient aux cérémonies d’intronisation à la Salle du Châtelain, la foule y sera désormais limitée à 160. Et le traditionnel repas qui s’ensuit à l’Aula Magna verra quant à lui sa jauge abaissée de 242 à 217 convives. À cela s’ajoutent d’autres mesures accessoires, comme l’abandon des torches installées en extérieur, l’interdiction de fumer dans la cour du château et l’utilisation de décorations florales ignifugées.

Une perte de 7’000 francs par soirée 

S’il dit «apprécier les défis», Eric Loup ne cache pas sa préoccupation face à cette nouvelle donne. Et son premier souci est d’ordre financier. «La perte de 25 convives à table aura un impact sur nos recettes. Sachant que nous facturons nos repas 275 francs par personne, cela représente une perte de 100’000 francs sur l’année. Et certaines de nos charges fixes, comme la location et le restaurateur, ne vont pas baisser pour autant.» Un coup dur pour le Guillon, qui cherchait déjà à réduire ses dépenses.

Mais ce qui inquiète encore davantage l’ancien patron de la Banque Raiffeisen du Gros-de-Vaud, c’est le changement organisationnel qu’implique la limite de 160 personnes fixée à la Salle du Châtelain. «Qu’allons-nous faire des gens qui ne peuvent pas assister à la cérémonie d’intronisation?» Autrement dit, comment les occuper durant l’heure que dure le rite de passage? C’est un protocole vieux de sept décennies qu’il faut alors revoir et adapter.

Imposées à la suite d’une dénonciation ?  

Au sein de la confrérie, il se murmure que ces changements pourraient être le résultat d’une dénonciation. On raconte qu’une personne invitée à un ressat se serait fendue d’une lettre à l’Établissement Cantonal d’Assurances (ECA). «J’ai aussi entendu cette rumeur, mais personne à l’ECA ou à Chillon ne m’a formellement répondu à ce sujet», s’agace Eric Loup.

Contacté, le porte-parole de l’ECA Rafael Stuker ne nous en dit pas plus. «S’agissant d’une procédure en cours, il ne nous est pas autorisé de vous communiquer des éléments précis relatifs au traitement de ce dossier, et ce pour des motifs liés à la protection des données», nous écrit-il par courriel. Et de nous renvoyer directement à la Fondation de Chillon, qui «fixe le cadre d’utilisation de ses salles en concertation et avec l’accord des autorités compétentes».  

«Cela fait partie de la routine» 

«Nous devons périodiquement modifier les conditions cadres pour accueillir notre public», expose Marta Dos Santos, directrice du Château de Chillon. «Ainsi, nous réalisons régulièrement des audits, cela fait partie de la routine en vue d’améliorer la sécurité. Et la jauge des salles s’inscrit dans ces processus. Parfois, il arrive aussi qu’on nous signale certains risques.» Était-ce le cas pour les ressats de la Confrérie du Guillon? «Il ne m’appartient pas de répondre à cette question», dit la responsable. 

«L’interdiction des bougies n’est pas plus mal à nos yeux, puisque la fumée salit les peintures murales, poursuit-elle. Et lorsqu’il y a beaucoup de monde, c’est aussi une source de chaleur inutile dans une pièce déjà chauffée au sol.»

Parmi les nouvelles mesures figure aussi l’ouverture permanente de la deuxième porte de la Salle du Châtelain. «Cette issue donne sur l’escalier menant à l’administration, explique Marta Dos Santos. Pour pouvoir la garder ouverte lors d’événements privés, nous sommes en train d’installer des serrures à badge aux portes de nos bureaux.» Une nouveauté que salue Eric Loup, lui qui dit craindre les mouvements de panique plus que les incendies.

Nouvelle formule éprouvée à la fin octobre

Reste à savoir si tous ces changements seront bien accueillis par les compagnons et invités du Guillon lors du premier ressat de cet automne. «La nouvelle formule sera testée le 25 octobre, précise son Gouverneur. Nous verrons si les gens seront contents ou si nous croulerons sous les plaintes. Si vraiment nous ne nous en sortons pas, nous devrons réfléchir à un autre endroit.»  

 

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