« Bun di ! » : le romanche s’invite dans les classes de Corsier

Avec une bonne touche d’humour, l’enseignant grison Linard Martinelli a su captiver son jeune auditoire.  | R. Brousoz

Eaux usées
Le collège a accueilli une délégation grisonne à l’occasion de la semaine internationale dédiée à cette langue. L’occasion pour les élèves de s’y frotter l’oreille.

«Le rouge, on dit <cotschen>, ça vient du latin coccinus. Et le jaune, vous savez comment on dit? <mellen>.» Il a beau paraître obscur à nos oreilles: le romanche ne manque pas de couleurs. Ni de mélodie. Une classe d’élèves de la région a pu s’en rendre compte mercredi dernier.


À l’occasion de la sixième Semaine internationale de la langue romanche – événement créé en 2021 par Ignazio Cassis – le collège de Corsier accueillait une délégation venue tout droit des Grisons. L’occasion de faire découvrir aux élèves d’ici ce petit coin de Suisse et son parler chantant, utilisé comme langue principale par environ 40’000 personnes.


«L’année passée, nous étions dans des classes zurichoises», expose le conseiller d’État grison Jon Domenic Parolini, présent pour l’occasion. «Et cette année, c’est la première fois que nous venons en Suisse romande. En plus de faire connaître cette langue, le but est aussi de sensibiliser les jeunes au plurilinguisme.»


Pour cette grande première en terres vaudoises, c’est donc l’établissement corsiéran qui a eu l’honneur de se mettre à l’heure rhétique. Pourquoi celui-ci en particulier? «Nous avons été sollicités par l’État de Vaud», répond sa directrice Valérie Boden, qui évoque une dynamique pour les échanges linguistiques déjà bien présente au sein de son école. Elle préside d’ailleurs l’association ELEV (échanges linguistiques des écoles vaudoises).


Pas si germanique
Retour en classe. Linard Martinelli, un des enseignants du jour, décline les rudiments de la quatrième langue nationale devant une grappe d’élèves de 12 à 13 ans. Pas un bruit, l’ambiance est des plus studieuses. Le romanche a des vertus apaisantes. Ou alors, c’est la dizaine de journalistes présents dans la salle – micros et caméras déployés – qui fait son effet. «Bun di, co has ti num?», lance le prof aux élèves. «Vous avez tout compris? Ça veut dire <Bonjour, quel est ton nom?>.»


«Le but est de leur faire parler au moins quelques mots», nous explique en aparté le Grison, qui œuvre pour Lia Rumantscha, l’organisation faîtière de toutes les personnes et organisations de langue romanche. «On entend souvent dire que c’est un mélange d’allemand et d’italien, poursuit-il. Mais en vérité il y a peu d’allemand, c’est même parfois assez proche du français.»


Après la théorie, place à la pratique. Deux par deux, les élèves s’entraînent à se présenter. On en profite pour recueillir les impressions d’un de ces duos. «Ce n’est pas simple», disent Émilie Volper, de Jongny et Valentina Scarcerieau, du Mont-Pèlerin. «Il y a des mots différents pour dire la même chose», remarquent-elles. «Je parle espagnol et ça s’en rapproche un peu», relève encore Valentina. «Pareil pour l’italien», dit Émilie.


Le niveau monte d’un cran quand il est question des chiffres. «Set e set e trais deschet, e trais ed in quai fa ventgin», déclame Linard Martinelli. Vous l’avez? Allez, on vous éclaire: «Sept et sept et trois, dix-sept, et trois et un qui font vingt-et-un.» Même en français, ça nous fait un peu mal à la tête. Mais ça, c’est un autre problème…

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