« Ce gâchis est dû à des négligences »

Ancien syndic de Noville, Ferdinand Barmettler se souvient des nombreux camions qui venaient vider leurs bennes sur ce terrain au début des années 1990.  | R. Brousoz

Pollution
À Noville, la parcelle prévue pour accueillir la future STEP régionale doit être dépolluée. Une opération estimée à 74 millions de francs. Pour l’ancien syndic Ferdinand Barmettler, cette contamination est due au «laxisme» de l’époque.

«C’est par là-bas qu’entraient les camions», indique Ferdinand Barmettler en désignant l’autre bout de ce qui semble être un pré inoffensif. «Vu la taille du terrain, il y a certainement eu des milliers de bennes déversées!» 

Nous sommes à Noville, au Pré-des-Fourches. C’est cette vaste surface qui doit accueillir la future station d’épuration régionale, attendue pour 2034. Chapeautée par le Service intercommunal de gestion (SIGE), l’infrastructure devrait traiter les eaux usées de la Riviera, du Haut-Lac, d’une partie de Lavaux et de Châtel-Saint-Denis. Le crédit de 500 millions de francs nécessaires à sa réalisation a été accepté en février dernier (voir édition 241, 18 février).

Particularité: ce terrain de 11 hectares – propriété de la Commune de Montreux – est aujourd’hui considéré comme particulièrement contaminé. La réalisation de la STEP devra d’abord passer par une dépollution «complexe» estimée à 74 millions de francs. 

Une barrière à l’entrée

Comment en est-on arrivé là? Pour le comprendre en partie, il faut se replonger au début des années 1990. «Je venais d’être élu syndic de Noville», raconte Ferdinand Barmettler. C’est son équipe municipale qui a donné le feu vert à l’ouverture d’une décharge sur ce terrain. «Il devait uniquement s’agir de déchets terreux», souligne-t-il. Et donc, sans impact sur l’environnement. Pendant plusieurs années, des camions venus de divers chantiers de construction de la région y ont ainsi déposé leurs chargements. «Sur toute la surface, ce remblai atteint 1m50 de haut», précise l’ancien édile. 

«À l’entrée, il y avait une barrière et un vigile. Mais dans quelle mesure cette surveillance était-elle sérieuse? Il y a eu des négligences – sans savoir à qui les imputer – et ce sont elles qui amènent ce surcoût de 74 millions aujourd’hui, déplore-t-il. Quel gâchis!» Et de s’interroger: «Aurions-nous dû contrôler nous-mêmes? Non, ce n’était pas le rôle de notre Commune.»

Surtout de l’ammonium

Interpellée, la Ville de Montreux répond par la voix de son municipal Florian Chiaradia. Selon ce dernier, la décharge des Fourches a été exploitée par la Commune de 1972 à 1998. Quelles ont été les phases et les zones successivement remblayées? «Nous n’avons pas pu établir d’historique plus précis dans le délai imparti pour cet article», répond l’élu écologiste chargé des équipements publics. 

«Le premier rapport que nous avons date de 1996 et évoque une décharge de classe II. Elle est surtout constituée de déchets ménagers. Un des principaux polluants est l’ammonium.» S’agit-il ici d’une décharge antérieure à celle des années 1990 qu’évoque Ferdinand Barmettler? Impossible d’y répondre à ce stade. 

Quant à savoir s’il y a eu des négligences: «On ne peut pas nier qu’il y a un demi-siècle, les dispositions en matière de protection de l’environnement étaient malheureusement moindres, dit Florian Chiaradia. Toutefois, nous ne disposons d’aucun document qui permet d’affirmer que les choses n’aient pas été faites selon les règles de l’époque.»

« Montreux n’a jamais cherché à se débarrasser de cette parcelle »

Propriétaire, la Ville de Montreux envisage de céder cette parcelle polluée pour un franc symbolique au SIGE. En contrepartie, ce dernier prendra en charge l’assainissement. Sur la Riviera, cet arrangement fait un peu tiquer. Certains voient là une opportunité pour la Ville de se débarrasser d’un encombrant terrain contaminé. Président du SIGE – mais aussi municipal montreusien – Caleb Walther réagit: «Cette parcelle est la dernière disponible pour le projet de STEP, selon une étude objective et neutre qui s’est portée tant sur la Riviera que le Haut-Lac.» D’après lui, au moment où la Municipalité de Montreux s’est montrée favorable à la mise à disposition du terrain, le niveau de pollution était considéré comme «négligeable». «C’est seulement lorsque les discussions étaient suffisamment avancées que de nouvelles analyses ont montré un niveau de contamination supérieur. Cette chronologie montre qu’à aucun moment, Montreux n’a cherché à se débarrasser de cette parcelle.» Quant à sa double casquette d’édile montreusien et de président du SIGE, n’y a-t-il pas un conflit d’intérêt? «Le SIGE étant une association de communes, les membres de son comité de direction doivent être des municipaux. Il y a nécessairement une telle double casquette. Cette question a été abordée au Conseil intercommunal (ndlr: l’organe délibérant du SIGE). La réponse apportée a convaincu de l’absence de conflit d’intérêt.»